Ils osent siffler la Marseillaise !

Publié le 24 novembre 2007 - par - 232 vues
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Et allons-y ! Compissons la France, les Français et la République ! C’est le nouveau jeu à la mode dans les stades. 2001, match France-Algérie ; 2002, match Bastia-Lorient ; 2007, match France-Maroc. A chaque fois des Français se permettent de siffler l’hymne national, ravis de cette occasion de montrer à la mère patrie qu’ils la renient et qu’ils se préfèrent en fils d’immigrés algériens ou marocains ou en Corses… Comment expliquer cette attitude délétère et impardonnable, parce qu’elle a pour but avoué d’agresser et de mépriser les Français de souche, continentaux de surcroît, et leurs valeurs, parce qu’elle s’attaque à ce qui fonde le « vivre ensemble » et représente les luttes et l’aspiration à la liberté de nos ancêtres ? Plus insidieusement, comment comprendre l’omerta des médias, des joueurs et des dirigeants de clubs lors du dernier épisode ?

D’autres que moi ont déjà tout expliqué – ou essayé. On sait les conditions de vie difficiles dans les banlieues et la révolte contre l’Etat qui laisse perdurer les ghettos depuis trente ans, (il faudra trouver autre choses pour les Corses), on sait la perte d’identité et de repères dans un monde qui se standardise à l’heure de la mondialisation. On sait qu’à force de relier nation et nationalisme et d’en faire un épouvantail, sans rien proposer à la place, la gauche a fait le lit d’individus, de groupes et de communautés « primaires » pour qui la notion de patrie, de pays ou de bien commun ne signifie rien.

Rien de tout cela ne me convainc vraiment. Je n’arrive pas à leur trouver des excuses… Est-ce que, sous prétexte que ma mère était femme de ménage et m’élevait seule dans des conditions plus que difficiles j’aurais été fondée à cracher sur l’Etat qui, à moi comme à eux, a prodigué de l’instruction, et, à eux, aides et allocations diverses ? Non. C’est trop facile. Après tout, chacun a ou a eu, à un moment donné, le choix de l’ascenseur social grâce à l’école, et cela, quelles que soient les difficultés financières des parents. Il ne faut pas oublier que l’Etat providence joue pas mal son rôle, ne serait-ce que pour les enfants depuis quelques dizaines d’années. Et se sortir de la mouise en travaillant, en jouant le jeu est possible.

Je considère donc avec Bruno Lebeau (voir Riposte Laïque n° 14) que l’on ne peut pas, à la fois cracher sur les symboles républicains et réclamer les avantages et aides qu’apporte la citoyenneté française. Il y a là lâcheté et outrecuidance, car ce n’est pas le désir de revanche qui les anime, c’est la haine, le repli identitaire, le racisme « anti-Français de souche » comme on l’a vu en 2006, lorsque des hordes arrivaient sur Paris pour « casser du blanc », ou le racisme « anti-métropolitain » pour les Corses, celui qui les conduit à dynamiter systématiquement les maisons des audacieux qui osent s’installer sur une terre qui n’est pas celle de leurs aïeux. J’y vois aussi le résultat d’une politique de la ville ghettoïsante certes mais, surtout, d’une politique du « faut comprendre, fermons les yeux », d’une idéologie pernicieuse qui a conduit à accepter les injures de Mohamed ou de Talamoni tout en fustigeant Madame Michu qui ose réclamer le respect pour elle comme pour les murs de son immeuble et les mêmes lois à Paris et à Bastia. Elles ont permis aux caïds comme aux indépendantistes de faire régner leur loi, d’imposer leurs règles, et elles ont permis aux zones de non droit d’exister. La Corse en fait partie.

Surtout, comme le dit l’écrivain italien Michelle Sera, dans « Courrier International » n° 889 où il analyse le foot italien :  » le football est la quatrième région d’Italie sous le contrôle de l’anti-Etat, […] une espèce de sanctuaire mafieux, répandu, étalé jusque dans les coins de ce pays où les règles et les conventions normalement établies et applicables partout ailleurs n’ont plus cours ». Il explique ensuite comment la médiocrité de la culture sportive, la démagogie, la lâcheté et la logique des cliques ont permis, peu à peu, aux « ultras » d’occuper le terrain en oubliant l’intérêt de la collectivité : « Les groupes ultras ne sont pas tous de même nature, ni de mêmes compositions ( ils vont des formations paramilitaires aux mafias d’affaires et au purs rassemblements d’excités), mais ils sont solidement liés entre eux par une profonde culture hostile à l’Etat et à la légalité. »

Bref, cet amateur fou de football confesse, la mort dans l’âme, que, comme tant d’autres, il ne va plus aux matchs, car il ne s’y sent plus chez lui, c’est un endroit où  » l’on exhibe des croix gammées, on insulte les juifs, où on se moque des Noirs, où l’on souhaite la mort aux supporters du camp adverse… »

L’on me répondra que c’est l’Italie et qu’on n’en est pas arrivés là en France. Voire. L’hooliganisme, les insultes à arbitre, les bagarres, les lazzis et sifflements, ça y ressemble fort ! Quand, dès le 25 octobre, sur des forums de discussion, des habitants du 93 annonçaient que la Marseillaise serait sifflée le 16 novembre ; quand, ce jour-là, les jeunes spectateurs français, venus des banlieues avoisinantes portaient les couleurs marocaines ; quand les seuls joueurs français qui n’ont pas été sifflés ( comme Thuram) mais au contraire ovationnés sont ( paraît-il) deux musulmans, Anelka et Ribery, ce n’était pas le procès de l’Etat français, c’était le déchaînement de la haine de l’autre, le déchaînement du communautarisme, la revanche du groupe, de l »ultra » qui impose sa loi aux autres, une loi brutale, qui fustige et brutalise les hésitants, les tièdes, ceux qui osent dire non, ceux qui respectent l’être humain ; un nouveau totalitarisme règne dans les stades. On l’accepte. Parce qu’on l’accepte, on l’encourage.

Alors, la nausée et le dégoût nous prennent, d’autant plus que la classe politique, les médias et les organisateurs se font les complices de cette monstruosité. On exclura, pour cette fois, Chirac de nos anathèmes, il avait eu, lui, le courage, de quitter un stade qui offensait la Marseillaise, quand Jospin, tétanisé, se taisait. On saluera d’abord le sens de l’euphémisme du « Monde » du 17 novembre : » Dans un Stade de France acquis à l’équipe marocaine … » ; on a pu lire ailleurs que le Maroc avait « été porté par la ferveur populaire ». A rapprocher de la soirée de 2001 où les deux commentateurs, J.M. Larqué et T. Roland, chapitrés par le directeur d’antenne de TF1, E. Mougeotte, avaient réussi à commenter le match sans en évoquer les perturbations de toute la soirée !

Et que dire des joueurs, entraîneurs ou organisateurs qui minimalisent les faits, comme l’international marocain de l’AS Nancy Lorraine, Youssouf Hadji « Ce n’est pas normal de voir ça, mais bon, c’est juste le début qui a été sifflé, après tout monde a entendu les paroles », ou le capitaine Thuram : « Les sifflets, ça ne me choque pas plus que ça, il faut se poser la question, pourquoi ? Ce serait trop long à expliquer aujourd’hui. Ce sont des raisons d’ordre historique, il y a un mal-être dans la société ». Il est intéressant d’entendre cet anti-sarkozyste utiliser les arguments de la gauche bobo en justifiant les sifflets. Belle recrue à venir pour la gauche ! Quant au secrétaire d’Etat, Laporte, il fait l’autruche ; il « n’a rien vu » ( même les lazzis destinés aux joueurs français à chaque fois qu’ils touchaient le ballon ) car arrivé en retard !!!

Tout est dit. Que ce soit à propos des trafics de drogue, des matchs de foot, de l’enfermement des filles, du refus de l’Education Nationale et de ses règles ou de « l’exception corse » on assiste à une remise en cause de la loi, de l’ordre et du respect, du sentiment d’être Français, avec la bénédiction de la classe politique, gauche-droite confondus, et des medias. Pourquoi ? Pourquoi tant de haine accompagnée de tant de silence ?

Nos sociétés occidentales payent un lourd tribut, à la mondialisation libérale d’abord, à la culpabilité de rigueur actuellement ensuite, au culte de l’enfant-roi enfin.

Si chacun porte un jean, mange des hamburgers et donne à ses enfants le prénom de ses héros de feuilletons télé ; derrière le sentiment réconfortant de faire partie d’un groupe se cache le besoin d’être « à part », reconnu comme « original » et « irremplaçable ». Or, sauf à avoir une forte personnalité, une famille et/ou des appuis importants, l’individu a du mal à sortir du lot, il compense cette difficulté en s’amalgamant au groupe, communauté d’origine, club de sport, groupe régionaliste… tout est bon.

Cela pourrait être anodin, voire folklorique ; hélas, cela a pris une dimension clanique, retour à la barbarie et aux guerres tribales. C’est parce que l’on assène depuis des années la culpabilisation de la colonisation, effectuée en d’autres temps, par d’autres Français que chaque Français devrait se mettre à genoux devant le beur et le Corse qui l’insulte et que les joueurs et le public, ravis en temps ordinaire de « communier » en reprenant la Marseillaise doivent se faire Hara-KIri ??? Assez de ces stupidités. Elles nous mènent droit dans le mur, tout simplement parce que sans barrières et sans interdits une société s’effondre et laisse la loi du plus fort la gangrener et s’imposer à tous.

C’est d’ailleurs, aussi, le résultat de l’éducation actuelle ; chaque individu, élevé dans la conscience d’être exceptionnel et de mériter un traitement à part se comporte sur le stade comme à la maison ou à l’école, en petit animal qui suit ses pulsions, en sale gosse égocentrique persuadé de détenir la vérité et de devoir l’asséner. Violemment de préférence, pour se sentir exister.

Evidemment, j’ai une solution qui plairait bien à la non sportive que je suis ;-) : finissons-en avec les matchs de foot de championnat, ne tolérons plus que les amateurs du dimanche, réservons le Stade de France à des manifestations pacifiques. Je vais me faire injurier par certains, inutilement, car personne ne l’appliquera, il y a trop d’intérêts économiques, trop d’intérêts politiques (le foot, comme la télé, ça empêche de penser et de se révolter). Dommage, je demeure persuadée que la punition, le fait de priver un enfant (ou un supporter calamiteux, c’est la même chose) de sa récréation pourrait aider à la prise de conscience et au redressement de situation…

D’aucuns ricaneront et diront que nous acceptons volontiers le blasphème religieux mais que nous n’admettons pas le sacrilège républicain. L’argument mérite qu’on s’y attarde.

Il y a une belle différence entre l’œuvre humoristique, parodique ou caricaturale d’un individu qui affirme ses doutes, ses croyances ou incroyances, qui se permettra par exemple une belle caricature de Marianne, un texte ou un film ironiques sur la République et ses pompes, la religion et ses interdits … et les réactions épidermiques, guidées par l’instinct de détruire, de faire souffrir et d’exclure d’un groupe, d’une foule qu’on n’appellera pas « imbécile » mais qui le mérite. D’un côté quelqu’un qui réfléchit, qui veut faire passer un message, pointer des excès, des dangers, critiquer ou simplement s’amuser ; de l’autre un groupe qui ne se contente pas de se moquer mais qui veut imposer sa loi, au mépris de LA loi, au mépris de ce qui a été choisi, voté et reconnu par LE PEUPLE français. Cela n’a rien de comparable. Cela n’est pas défendable.

Christine Tasin

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