Immigration : le malaise

Publié le 27 février 2008 - par
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Libération du vendredi 15/2/2008, p16 : la photo montre les cuisiniers clandestins (Maliens et Ivoiriens ) en habit de travail, assis ou allongés sur la banquette de velours rouge du restaurant « la Grande armée » (près de l’Arc de Triomphe à Paris). Ils sont en grève, ils veulent être régularisés. Ils ont tous été embauchés avec de faux papiers, achetés très cher. L’un dit même avoir changé d’identité à la demande du « patron ». La Sécurité sociale doit refuser l’immatriculation à un salarié en situation irrégulière. Alors ?

Alors en prenant l’identité du frère ou du cousin (et le « patron »aurait encouragé, ou fermé les yeux sur ce trafic) on obtient travail en CDD ou CDI, sécurité sociale etc. Combien d’employeurs , en France, emploient des sans-papiers ?

Ces travailleurs ont été exploités pendant 9 ans. L’un disait (radio ) :  » Nous avons fait 9h par jour, puis 8 heures, puis 7 h et cela tous les jours
Le responsable CGT dénonce « cet esclavage des temps modernes « . Les Frères Costes, propriétaires du restaurant super chic « sont bourrés de thunes « . Taillables et corvéables à merci, les immigrés sans-papiers sont obligés de subir la loi de l’employeur :  » Travaille et tais-toi ! Ne réclame rien, travaille toujours plus pour que moi, l’employeur , je gagne plus !  »

Le dernier film de Ken Loach montre cette exploitation des immigrés en Angleterre, la petite salariée anglaise « virée » par ces exploiteurs devient à son tour exploiteuse de ces immigrés pour se faire enfin du fric en méprisant toutes les lois de son pays.

C’est la concurrence entre les travailleurs, salariés légaux et illégaux, européens ou non européens !

Il faut donc se poser la question au sujet de ce que demandent certains militants de gauche, mais surtout d’extrême gauche : la régularisation de tous les sans-papiers, avec le réseau RSF (Réseau sans frontières ).
Ce sont souvent les mêmes qui ont voté NON au TCE, qui vous haranguent ;  » Il faut régulariser tous les sans-papiers, lutter contre les expulsions » comparant les arrestations aux « rafles » des juifs pendant la 2e guerre mondiale ! Comparaison qui heurte ceux-là mêmes qui savent, eux, ce que furent les rafles, les juifs étaient raflés pour… être livrés aux chambres à gaz !

Dans notre combat contre l’Europe, nous refusions les délocalisations, la mise en concurrence des travailleurs occasionnant la baisse des salaires, le code du travail bafoué, les licenciements etc.

Et là, il s’agit bien de l’exploitation de travailleurs sans- papiers, et il y en a beaucoup ! Et beaucoup de clandestins travaillant au noir, ou n’ayant aucun travail, ni couverture sociale, vivant, mal, de quelques aides d’associations (je sais de quoi je parle, ayant milité au Secours populaire), qui finissent souvent par se laisser entraîner vers les trafics de toutes sortes et la délinquance.
Dans le même Libération du 15-2-2008, un court article sur l’arrestation d’une centaine de sans-papiers dans un foyer de travailleurs, qui abritait des clandestins parmi lesquels 9 hommes soupçonnés « d’aide au séjour illégal, de faux et usage de faux, d’hébergement de personnes dans des conditions indignes »

La corde sensible, ou la compassion

Le capital sait très bien jouer sur la corde sensible :
 » Mais nous sommes bons ! et généreux! Nous délocalisons, nous utilisons des sans-papiers, certes, mais c’est pour donner du travail à ces pauvres, à l’est, au sud , nous les sauvons de la misère ! » (sortez vos mouchoirs, remarquez que j’ai entendu le même discours ou presque de la part des tenants du OUI au TCE.)

– Mais les employeurs au bon coeur accordent des salaires deux fois moins élevés dans les pays où ils délocalisent

– mais ces employeurs embauchent les immigrés sans-papiers parce que les salaires et les conditions de travail leur sont favorables, à eux, ces employeurs malhonnêtes !

Ôter l’emploi aux travailleurs en situation régulière, en France, (quelle que soit leur origine) pour employer des immigrés sans-papiers ici , ou employer des travailleurs d’autres pays, à bas coûts, en délocalisant ?

 » C’est déshabiller Pierre pour habiller Paul « 

Cette expression est employée par les syndicats quand on enlève les moyens là pour les donner ailleurs.
Si Paul est un peu mieux habillé, Pierre se retrouve tout nu ou presque !
Et cette opération ne rapporte qu’au Capital qui se « fait » plein de fric avec ce déshabillage.

Le Réseau RSF ferait bien d’y réfléchir. Les licenciements pleuvent dans notre pays, partout, Michelin à Toul, l’usine Kléber (Meurthe et Moselle), 2000 emplois menacés aux A.G.F, 600 emplois supprimés à Gandrange etc. Il n’y a guère que l’Humanité qui suit et soutient les syndicats en lutte. Et la lutte des salariés si peu payés des grandes surfaces ? A 1000 € par mois, en travail partiel subi ?

Le réseau RSF ? Pourquoi ne pas soutenir les licenciés, les futurs délocalisés , les jeunes sans emplois ?

Un réseau RSC (Réseau sans Chômage ) ? (ce qui n’empêcherait pas de soutenir certaines régularisations).

Dans  » Le Sarkophage » , il y a un excellent article de Denis Collin qui analyse les 2 NON de la Gauche :

-Le NON des ouvriers, des employés, de la gauche POPULAIRE (ceux qui souffrent le plus du chômage).

– et le NON des trotskystes, alters, bobos qui veulent de l’Europe à condition qu’elle soit plus sociale et FEDERALE. Ce sentiment du NON populaire, la gauche a été incapable de le comprendre, de l’analyser. Parce qu’elle a refoulé la question de la NATION.

Je cite Denis Collin, qui dit exactement ce que je pense :

 » Le clivage passera de plus en plus entre une gauche républicaine, attachée à la souveraineté populaire et au véritable internationalisme et une pseudo-gauche, centriste et européiste qui ne vante la mondialisation et l’abolition des frontières que pour mieux abolir les obstacles à la domination illimitée du Capital.  »
Voilà une analyse dure, mais juste.

Dois-je préciser que je me situe très nettement dans la gauche républicaine ?

Mireille Popelin

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