2. Impérialisme linguistique de l’anglais et promotion des langues régionales

Publié le 30 septembre 2008 - par - 1 141 vues
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Lier l’impérialisme linguistique de l’anglais avec la promotion des langues régionales et minoritaires n’est pas, a priori, évident. Pourtant, il n’y a qu’à connecter les actions et projets des tenants de la mondialisation néolibérale pour voir que cette politique linguistique est bien coordonnée. Nous allons le démontrer.

Un avertissement préalable quand même pour le lecteur : la démonstration qui va suivre ne signifie aucunement qu’il ne faut pas apprendre l’anglais pour résister à son impérialisme linguistique ni refuser la défense des langues régionales au nom de la conception républicaine de la nation. Mais cela ne doit aucunement se faire avec comme objectif l’affaiblissement programmée des langues nationales qui sont la composante essentielle des états-nations (non fondés sur des origines ethniques), à la base partout des institutions républicaines démocratiques.

Ce qu’il faut savoir, en effet, c’est que depuis les années 50, des subventions conséquentes sont versées par les gouvernements étasuniens successifs et des fondations privées (comme la Fondation Ford) pour imposer l’anglais dans le monde entier avec 2 pôles de préférence, l’Europe et les pays en voie de développement. Le bras armé de cette politique est le British Council à Londres, financé lui aussi par les gouvernements britanniques successifs.

Deux conférences, faites sous son égide et avec la participation de délégués du gouvernement étasunien,en 1955 à Oxford et en 1961 à Cambridge, appelées donc « Anglo-Américan Conferences ». Leurs rapports furent tenus secrets pendant des années, avant d’être dévoilés, au moins en partie par le Pr Philipson qui y participait (nous reparlerons de lui plus tard). Ils disaient ceci : l’enseignement de l’anglais à des non natifs peut transformer de façon permanente toute la perception du monde de ceux qui l’étudient. Un esprit national (ou nationaliste) pourrait nuire à tout espoir de l’anglais [pour s’imposer] ; Nous devons passer outre.

L’anglais est devenu non seulement le représentant de la pensée et des sentiments pour les anglo saxons, mais un vecteur de toute la tradition humaine en voie de développement.

L’anglais doit devenir la langue dominante. La langue maternelle sera étudiée chronologiquement la première, mais ensuite l’anglais, par la vertu de son usage et de ses fonctions, deviendra la langue primordiale. Donc, sous-entendu, si la langue maternelle est une langue régionale ou minoritaire, la langue nationale sera vite occultée, et abandonnée au bout de 3 ou 4 générations. Le tour sera joué en faveur de la domination de l’anglais.

En clair cela veut dire que la langue anglaise imposée dans le monde entier comme langue primordiale doit être le vecteur de la modification des mentalités en faveur de la mondialisation néolibérale portée par les groupes financiers anglosaxons.

De plus, en 1997, dans un article intitulé « In Praise of Cultural Imperialism » (Eloge de l’Imperialisme Culturel), David Rothkopf, directeur général du cabinet de consultants « Kissinger Associates » fait une longue digression sur la manière de traiter l’influence culturelle du monde anglosaxon dans les autres pays. Il insiste sur le fait de « laisser favoriser les diversités culturelles au nom de la tolérance », donc traduire pour « toutes les diversités linguistiques des langues régionales et minoritaires» pour aboutir, grâce aux technologies de l’information à une « culture globalisée, véhiculée par la langue anglaise, pour exporter « le modèle américain ». Il y va
e l’intérêt économique des Etats-Unis de veiller à ce que si le monde adopte une langue commune, ce soit l’anglais ».

Et pour couronner le tout, en l’an 2000, lors d’un discours prononcé aux Etats-Unis, Margaret Thatcher attaqua violemment la France en raison de la résistance de son modèle républicain à la globalisation économique et linguistique anglosaxonne : « Au 21 ème siècle, le pouvoir dominant est l’Amérique, le langage dominant est l’anglais, le modèle dominant est le capitalisme anglosaxon »

Il n’y a effectivement plus rien à ajouter sur la volonté hégémonique des forces financières mondiales à base anglosaxonne et au moyen de la domination de l’anglais pour arriver à leur fin.

Nous savons que ce processus est déjà bien entamé pour l’Europe. Citons 2 faits significatifs.

1/ Le nationalisme provincial catalan par sa politique de favoriser à outrance la langue catalane au détriment de la langue espagnole de l’état-nation Espagne, fait pression pour ne faire diffuser que des films en langue catalane et non en langue espagnole. Le refus des producteurs de faire souvent des versions en catalan, pas assez rentables à leur gré, provoque la diffusion de plus en plus des film en version anglaise (orihale ou pas), ce qui accentue et accélère l’anglicisation linguistique de la province.

2/ Les autorités suédoises et les autorités norvégiennes se posent actuellement très officiellement la question de l’anglicisation linguistique de leurs états par son utilisation pratiquement exclusive dans l’enseignement supérieur et de plus en plus dans la vie sociale et les communications des affaires économiques. Quand on sait, justement, que la langue norvégienne a été construite il y a seulement à peine plus d’un siècle à partir de 3 dialectes pour avoir une langue nationale qui soude les citoyens de l’Etat-nation, on peut effectivement se demander quel sera son avenir.

Ceci est à relier aux connaissances habituellement reconnues de la majorité des linguistes qui constatent que l’utilisation simultanée de deux langues dans un pays (sans frontières géographiques linguistiques) aboutit la plupart du temps au bout de trois ou quatre générations par la supplantation d’une langue sur l’autre, et son utilisation prédominante. Cela peut aller jusqu-à la disparition de l’autre en tant que langue parlée ou utilisée, à l’exception notable des situations suivantes : celle d’ une la langue minoritaire traduisant un lien fort communautaire (cas du yiddish et du rom dans l’Europe pendant des siècles), ou la volonté farouche d’une communauté de vouloir dans l’avenir se constituer en état-nation avec le refus global de cette communauté de se fondre dans celle de la nation occupante (exemple de la langue tchèque qui supporta pendant des siècles une volonté nationale face à l’assimilation germanique).

Pour l’Europe, le dilemme est donc celui-ci : ou on favorise l’utilisation de l’anglais pour accepter le modèle économique anglosaxon, ou on favorise celui des langues nationales pour s’opposer au modèle économique et culturel anglosaxon par le choix de la prééminence politique des états-nations sur les règles imposées par les forces financières. Mais alors une question cruciale va se poser : quelle langue faut-il utiliser pour communiquer facilement, en sachant que la politique de l’apprentissage dit de multilangues a ses limites ? C’est une question que nous débatterons plus tard. Sachons pourtant dès maintenant que le professeur de linguistique Philipson, qui a dénoncé la politique d’impérialisme politique de l’anglais, coupable selon lui, de dénaturer la richesse de la langue anglaise par la création de langages globish, pidgin et autres utilisés sur toute la surface du globe pour une communication au rabais, a fait le choix de promouvoir l’Espéranto comme langue commune de communication. Il explique ce choix par sa facilité d’apprentissage et de par sa structure sa possibilité d’exprimer les plus grandes richesse et détails de la pensée. Il a fait adhérer à ses thèses et propositions un grand nombre d’universitaires anglais, ce qui est quand même inattendu.

Pour la France, le dilemme principal est celui-ci : va-t-on accepter les dispositions de la charte des langues régionales et minoritaires qui en imposant l’enseignement des langues régionales dans des aires géographiques délimitées par des considérations ethniques et leur utilisation dans les communications et actes officielles à la demande de quelques courants anti-républicains et anti-laiques qui veulent se servir de ces dispositions pour anéantir justement ce caractère républicain laïque de notre état-nation autour de sa langue nationale ?

N’oublions pas l’espoir qu’a suscité l’enseignement du français et sa promotion sur tout le territoire chez tous les républicains de 1789 à nos jours, alors que les tenants du féodalisme et de l’obscurantisme n’ont eu de cesse d’utiliser le combat en faveur des langues régionales pour assouvir leur haine de la République allant, pendant les années noires de l’occupation entre 1940 et 1945, pour nombre d’autonomistes bretons et alsaciens, jusqu’à collaborer avec le régime de Vichy et les nazis.

Ce sera le sujet des prochains articles, en commençant par une analyse de l’état des lieux. Nous évoquerons l’utilisation des langues régionales en France, mais aussi des langues communautaires, afin de définir ultérieurement une politique républicaine globale des langues utilisées, dans la vie publique et dans l’enseignement.

Valentin Boudras-Chapon

http://laicite.republique.free.fr/nation.php

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