« Insoumises »… à l'islam

Le mouvement « Les Insoumises » (1), soutenu par Caroline Fourest et Prochoix, est issu d’une dissidence très minoritaire de Ni Putes Ni Soumises suite au choix de Fadela Amara de rentrer dans le gouvernement de Nicolas Sarkozy. Le 8 mars 2008, on célébrait la Journée de la Femme. Les Insoumises ont voulu marquer l’événement en organisant un débat sur le thème « Féminisme : stigmatisation ou émancipation ». La table ronde était diffusée en direct sur les ondes de la web-radio du « Ministère de la Crise du Logement » (2) qui squatte des locaux rue de la Bourse à Paris. L’émission est également disponible en téléchargement sur le site des Insoumises (3) et sur celui du pseudo-ministère (4).

Franchises médicales et néo-pentecôtistes

Bernard Teper, le président de l’Union des Familles Laïques (UFAL) participe au débat. Oubliant de rappeler le long combat de l’UFAL contre le voile islamiste à l’école, il nous redit que la lutte pour l’émancipation des femmes ne saurait être isolée de tous les combats sociaux contre les forces du grand capital. On pourrait lui objecter qu’à force de vouloir mélanger toutes les causes, on n’en défend aucune, et que les femmes sont autant sinon plus opprimées dans les « quartiers populaires » par leurs coreligionnaires prolétaires que dans les beaux quartiers. Le professionnel de la lutte verbale des classes nous explique très sérieusement que son combat et celui de l’UFAL contre les franchises médicales est la mère de toutes les guerres anticapitalistes pour libérer les peuples opprimés. Comme si les islamistes avaient attendu le gouvernement Fillon pour lancer leur conquête de territoires de la République !
Caroline Fourest reçoit un hommage appuyé de la sociologue Nadia Amiri pour avoir fait connaître l’intégrisme islamique dans les « quartiers » au grand public. Mais la présidente de Prochoix, fidèle à son habitude, s’empresse de disculper l’islam de toute velléité obcurantiste. Pour elle, « l’intégrisme religieux n’est pas le produit de la religion ». Ah bon ? Elle nous répète que les responsables des violences faites aux femmes ou des émeutes de novembre 2005 (rebaptisées « révoltes » en langage gauchiste bien-pensant) n’étaient pas ceux qui ont incendié voitures et bâtiments ou qui imposent l’islam à leurs petites sœurs, mais le manque de transports en commun, la crise du logement, et bien entendu la police. Elle nous révèle un autre scoop : les imams de banlieue ne seraient que le paravent de dangereux « temples évangélistes et néo-pentecôtistes » commandés secrètement par Nicolas Sarkozy lui-même. Si elle le dit, ça doit être vrai, puisque la présidente de Prochoix assure qu’elle a bien étudié ce dont elle parle. Et pour étayer ses propos, Caroline Fourest nous apprend que l’intégrisme chrétien (qui est son « cœur de métier ») sera le sujet de son prochain livre. Nous attendons donc avec impatience ce futur essai d’incroyables croisades modernes, et nous découvrirons peut-être que des milliers de cathos lubriques violentent des Africaines dans les caves de Neuilly, ou que des hordes d’Adventistes du Septième Jour font la chasse aux minijupes dans le lycée Henri IV.

Féminisme de terrain

Heureusement, les autres participants à la table ronde se montrent plus réalistes que Bernard Teper et Caroline Fourest. Olivier Bassuet (journaliste et cofondateur de NPNS) anime le débat avec talent et donne tour à tour la parole à Nadia Amiri (sociologue et chercheuse à l’INEF), Sonia Chikh (animatrice de rue à Pantin) et Yacine Belatar (animateur à Génération 88.2) qui font part de leur expérience de terrain. On peut ne pas partager toutes leurs analyses et toutes leurs solutions, mais on constate que chacune de leurs démarches a le mérite du pragmatisme et de l’honnêteté intellectuelle : états des lieux, conclusions, et… actions !
Malgré les plaidoiries de la présidente de Prochoix en faveur de la religion de Mahomet et les tentatives de « globalisation des combats » du président de l’UFAL, les féministes de terrain désignent l’islam comme principal responsable de la condition déplorable des filles et des femmes des « quartiers populaires ». C’est Nadia Amiri qui remet la première l’église au centre du village :
« Moi je veux bien qu’on se cache derrière notre petit doigt en disant : dans les « quartiers », ça ne se passe pas obligatoirement comme ça. Dans les « quartiers » avec évidemment toujours des guillemets parce qu’on finit par ne plus savoir ce qu’est un quartier. Sauf que, la réalité si je prends des pratiques et ce qui est l’observation dans le système hospitalier… Je parle juste : l’infirmière de base que j’ai été, qui observe ce qui se passe, la conférencière qui va à Trappes, qui va à Mantes La Jolie. Moi je regrette, je ne suis pas là pour faire plaisir à tout le monde, et s’il faut être discourtoise, je le serai. C’est-à-dire qu’il y a dans UNE RELIGION aujourd’hui – et je n’ai pas peur de dire que c’est l’islam -, c’est quand même dans cette religion qu’on voit une addition de pratiques de domination qui sont absolument insoutenables ! Il y a quelques semaines, on a lapidé une enfant de 14 ans dans un pays musulman ! Alors qu’on ne me dise pas : oui mais on va stigmatiser ceci. Quand il faut désigner des cons, il faut dire leurs noms. Eh bien moi je dis. »
Les témoignages de terrain se succèdent. Comme celui de Sonia Chikh qui parle des débats qu’elle anime avec des filles dans sa cité :
« Nous on n’a pas le droit de porter des minijupes. En même temps, si on porte des minijupes, hé bien tout de suite on est la blanche, la pute, et donc on tombe dans les caves. Ca c’est des trucs qu’on a entendus. Et les garçons en face : hé bien oui si elles mettent des minijupes, oui c’est une pute. Et pourquoi c’est une pute ? Parce que la religion dit ça. »
Et Sonia se bat contre « les mecs » qui ne supportent pas son apostasie :
« Moi quand je dis : je ne suis plus musulmane – parce qu’à un moment donné je l’ai été par effet de groupe, mais enfin c’est très compliqué -, mais à partir du moment où j’ai dit : je ne suis plus musulmane, je suis athée, je me suis mise à manger un sandwich avec du jambon dedans, j’ai eu des regards, j’ai eu des réflexions et je n’étais plus acceptée. J’ai dû refaire ma place. A un moment donné, il a fallu que je me batte pour dire : je suis comme ça et tu m’acceptes comme je suis et je t’accepte comme tu es, mais ce n’est pas ta religion qui viendra faire que je changerai. Dans ma cité, je ne connais pas beaucoup de filles qui ont dit à un moment donné : je suis comme ça et je le resterai ce n’est pas ta religion et toi, parce que tu es un mec, qui va faire que je vais changer. Je n’en connais pas. »
Pour ceux qui n’ont pas le temps d’écouter une heure d’un débat hélas entrecoupé de théories surannées et désuètes, voici quelques extraits sonores, véritable florilège de vécu dans les territoires perdus de la République : http://www.youtube.com/watch?v=XHwHalD8Hgw
Roger Heurtebise
(1) http://www.lesinsoumises.org
(2) http://radio-ministere.bellinux.net/
(3) http://www.lesinsoumises.org/dotclear/mp3/radio_insoumises_08032008_1.mp3
(4) http://ministeredelacrisedulogement.org/

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