Intervention au GODF : « Ne touchons pas à la loi de 1905 »

Publié le 22 avril 2008 - par
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« Ne touchons pas à la loi de 1905 ». Il est grand temps! Depuis plusieurs années RdF dénonce les accommodements déraisonnables, tolérés par des compassionnels qui ne reconnaissent pas aux personnes de confession ou de filiation musulmanes les droits fondamentaux universels de la personne et n’hésitent pas à abandonner nos compatriotes, à commencer par les femmes, à la merci d’intégristes religieux dont le principal ennemi est la laïcité.

Le travail de sape de la laïcité fonctionne. Ce serait tendance aujourd’hui de « toiletter » la laïcité, sous entendant qu’elle serait sale, de lui ajouter des qualificatifs pour la disqualifier.
Laïcité « ouverte » à ceux qui la combattent ? « moderne » ? sous-entendant que serait moderne, le patriarcat théocratique, « les transcendances « divine » ou « civile » érigées en absolu et échappant à toute critique de l’esprit humain », selon l’expression de Georges Corm, essentialiser toute différence entre citoyens, nous faire régresser en 1880, avec un retour aux 2 jeunesses de France d’avant les lois Ferry, d’avant les lois sur la déconfessionalisation des cimetières, des hôpitaux, des tribunaux, etc. qui ont préparé la grande loi de 1905, loi de séparation et de confiscation des biens du clergé.

Utilisation volontairement floue, inappropriée, ou falsifiée des mots qui désignent les principes républicains qui permettent de vivre ensemble par delà les différences. La confusion entre le racisme qui concerne les personnes et le délit de blasphème qui concerne les idées et les fantasmes procède de cette arnaque.

Complexe néocolonialiste et relativisme culturel, formes « modernes » de racisme, font les beaux jours des dictateurs pour opprimer tranquillement leur population et exiger insolemment à l’ONU que le délit de blasphème soit reconnu c’est-à-dire que la liberté de penser soit interdite, attaquant ainsi la liberté d’expression, stigmatisant les démocraties parce qu’Occidentales et légitimant l’oppression des femmes. Le slogan du conseil des droits de l’Homme « Machocrates de tous les pays, unissez-vous ! ».

Ils savent, comme Jules Ferry que « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’Eglise veut retenir la femme, et c’est aussi pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ». Leur but est inverse : « La femme musulmane est une force irremplaçable sur le plan psychologique, social et culturel. Il s’agit de savoir canaliser cette force et employer ses potentialités de la manière la plus judicieuse dans le cadre de la stratégie de développement de notre civilisation. »
Les Etats multiculturalistes qui n’ont pas notre outil de la laïcité, laquelle connaît toutes les religions, mais n’en reconnaît aucune, sont désarmés pour arbitrer au nom de l’intérêt général, en cas de conflits entre les groupes ou atteintes au droit des femmes.

Le multiculturalisme exacerbe l’ethnicisation des rapports sociaux et provoque l’enfermement « identitaire » qui dresse des murs au lieu de favoriser lien social et projet politique commun. La tolérance, le fait du prince, a des limites. La tolérance s’arrête où commence l’intolérance de l’autre.

Confusion également entre liberté de penser, sans limites, et le principe politique de liberté associé à l’égalité et à la fraternité républicaine, avec les limites imposées par les droits de l’autre et le défi d’être libres ensembles.

La République n’est pas une juxtaposition d’individus. Le lien civique, le ciment de la laïcité, la loi républicaine commune sont prioritaires par rapport aux particularismes historiques ou religieux, aux solidarités domestiques ou claniques.

Unique moyen de faire coexister des individus qui ne partagent pas forcément les mêmes convictions, l’exigence laïque demande à chacun et chacune un effort sur soi.

La laïcité organise l’espace politique qui repose sur la liberté de penser et d’expression, sur l’égalité en droit et en dignité des options philosophiques ou croyances religieuses et sur la neutralité de l’action publique. Respecter les trois objectifs en même temps n’est ni naturel ni inné, mais construit et acquis.

La laïcité considère les citoyens aptes à juger et capables de vouloir. Cela suppose des consciences autonomes et libres. C’est le rôle affecté à l’école de la République : aider à faire éclore le citoyen, afin de le libérer de tout assujettissement, de toute « servitude volontaire ou forcée » (Condorcet).

Apprendre aux enfants à devenir des adultes autonomes, à se construire par rapport au savoir et à la culture de l’humanité, par rapport aux autres (famille, amis, enseignants, médias), pour s’émanciper par la raison et apprendre à se passer de maîtres
Pour que l’enfant puisse se construire comme individu lucide en fonction de sa capacité à raisonner, ses aptitudes et goûts, il doit avoir l’esprit libre en entrant à l’école de la République et non être l’agent d’influence des idéologies, religieuses ou politiques, parentales.
Cet espace de liberté doit donc être à l’abri des luttes idéologiques qui peuvent avoir lieu à l’extérieur. Toutes les attitudes qui manifestent une soumission à des impératifs venus d’ailleurs, que ce soit la famille ou la religion, doivent donc être proscrites.

Quel que soit son niveau, école maternelle ou faculté, c’est le lieu où les petits humains réalisés à partir d’une dotation génétique entrent en humanité.

Le partage mutuel des cultures a lieu dans les écoles où tous les enfants, citoyens en devenir, se côtoient, partagent savoirs, jeux et nourriture, apprennent à vivre ensemble. Tout ce qui peut entrainer une séparation des enfants doit être banni.

Ainsi les menus soumis aux exigences religieuses –comme à Lyon- opposent, divisent et organisent les affrontements. Refuser de manger les aliments « souillés » par la viande impure de l’école, impure parce qu’elle n’a pas financé les associations religieuses, n’est pas tolérable. C’est un nouvel angle, insidieux, du travail de sape de la laïcité.

De même, après avoir échoué à imposer que les fillettes soient les porte drapeaux de l’islam politique en venant à l’école enfermées dans un voile, l’attaque se porte aujourd’hui par les mères participant à l’encadrement scolaire qui veulent imposer ce stigmate de discrimination, de séparation, de fantasmes sexuels : les femmes sont la propriété de leur mari et intouchables.

La stratégie patriarcale de prise de contrôle sur le corps des filles par l’obéissance à un code vestimentaire céleste de bonne conduite ne peut être cautionnée par l’école. L’affichage ostensible du marquage archaïque possessionnel et obsessionnel du corps féminin, clame, plus qu’un discours, le contraire de l’égalité femmes-hommes.
En ce 60° anniversaire de la Déclaration universelle des droits humains, signée à Paris, nous devons rappeler que ces droits ne sont pas des données immuables, ils exigent une vigilance perpétuelle. Ce sont le résultat de combats sans cesse recommencés, les défis du présent et de l’avenir.

Gambetta, dans le Discours de Belleville, 23 avril 1875 souhaitait que la France soit la nation laïque par excellence. C’est son histoire, c’est sa tradition, c’est son caractère entre tous les peuples, son rôle national dans le monde. (…). Toutes les fois que l’on a agit autrement, elle a dévié, elle s’est opprimée et affaissée, et toujours de grandes chutes ont correspondu dans notre histoire à ces grandes erreurs.

Une élue apparentée communiste siège voilée au conseil municipal d’Echirolles dans l’Isère, Dounia Bouzar prétend dans tous les médias et jusqu’au Conseil économique et social que s’enfermer dans un voile, être soumise à dieu serait un signe de liberté.
Nous qui avons eu la chance de naitre dans la République Française, laïque, une et indivisible, nous devons résister à toutes les tentatives séparatistes et de fragmentation de la société. Ni par lâcheté insensée, ni par paresse, nous ne pouvons tolérer l’intolérable. Thucydide disait déjà, « Il faut choisir : se reposer ou rester libres ». Restons libres !

Michèle Vianès

Présidente de Regards de Femmes

Intervention au Grand Orient de France, à Paris, le 21 avril 2008, lors d’une réunion publique, avec les interventions de :

Roger CORDIER, Grand Orient de France (introduction)

Marc BLONDEL, Libre Pensée

Yves PRAS, Europe et Laïcité

Mme Christiane MOUSSON, DDEN

Jean-Marie BONNEMAYRE, CNAFAL

Christian BOULMIER, LAÏCITE- LIBERTE

Dominique AUGIRON, Chevalier de La Barre

Alain SEKZIG, LICRA et SOS Racisme

Bernard TEPER, UFAL

Philippe FOUSSIER, CLR

Pierre TOURNEMIRE,

Mme Emmanuelle PERREUX, Présidente du Syndicat de la magistrature

Les obédiences maçonniques présentes : Grande Loge Féminine de France ; Grande Loge Mixte Universelle ; Grande Loge Féminine Memphis-Misraïm ; Droit Humain

Questions du public

Conclusion par Jean-Michel QUILLARDET Grand Maître du Grand Orient De France.

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