Interview d’Aldo-Michel Mungo, militant laïque belge

Publié le 16 mars 2009 - par - 1 304 vues

Riposte Laïque : Peux-tu nous parler de la situation belge, de l’offensive du religieux, de la place qu’y occupe l’islam, et des associations laïques de ton pays ?

Aldo-Michel Mungo : La situation en Belgique est différente qu’en France car le pays n’est pas une république laïque. La journée de la Fête Nationale, le 21 juillet, commence par un Te Deum à la Cathédrale de Bruxelles. Tous les corps constitués se retrouvent autour de la famille royale. Il n’y a aucune loi sur la laïcité. La laïcité est le fruit de combats et de compromis négociés au cours des 150 dernières années.

Traditionnellement, en Belgique tout est fait pour trouver un compromis acceptable par chacun en toute chose et notamment en matière d’opinion philosophique. Historiquement, au 19ème siècle les Libéraux (francs maçons) et les Catholiques se sont unis pour obtenir l’indépendance du pays et ont appris à se partager les pouvoirs. C’est ainsi que la magistrature, les pouvoirs locaux ont été longtemps la chasse gardée dans certaines villes pour l’un ou l’autre. L’Eglise a longtemps gardé une influence importante sur le travail législatif au travers du Parti Catholique et ensuite Social-chrétien ; plus en Flandres qu’en Wallonie, région socialiste depuis la création du Parti Ouvrier (puis Parti socialiste). Bruxelles étant traditionnellement libérale. Ce n’est que ces 20 dernières années que cette influence de l’Eglise a régressée.

Mais encore aujourd’hui, il n’est pas rare de rencontrer un crucifix dans une salle d’audience d’un Palais de Justice. Même si depuis 2 ans il a été décidé de retirer les symboles religieux chrétiens sous la pression des musulmans. 150 années de combat des libre-penseurs n’ont jamais aboutis à ce résultat. Ceci pour dire que la pression de l’Islam sur les mœurs et habitudes est journalière en Belgique. Le nouveau cléricalisme est musulman. La Gauche qui devrait être à la pointe du combat pour la laïcité adopte bien souvent une attitude de complaisance pour des raisons bassement électoralistes. Le débat est entièrement biaisé par le victimisme constant des interlocuteurs musulmans qui refusent d’envisager que les dogmes religieux ne peuvent être la norme de la société.

Riposte Laïque : Comment réagissent les Belges, face à la montée de l’islam, et à la communautarisation de quartiers comme Molenbeck ?

Aldo-Michel Mungo : C’est très partagé. Le Belge par tradition déteste les conflits. C’est un aficionado de la table de négociation. Un stakhanoviste viscéral du compromis. Il n’y a qu’à regarder le spectacle des disputes linguistico-communautaires. Cela fait près de 100 ans que francophones et flamands cherchent le point d’équilibre du pays par la négociation permanente. Le personnel politique n’est pas animé d’un grand courage face aux problèmes suscités par la percée du cléricalisme musulman.

Exemple, le problème du foulard. Le politique s’est complètement délesté de ses responsabilités. Il n’a pris aucune mesure législative, laissant les directeurs d’écoles se débrouiller. Résultat, beaucoup de conflits, beaucoup de procédures et finalement dans une ville comme Bruxelles qui compte une population musulmane qui atteint près de 40% de la population, des écoles qui ont pris l’une après l’autre des règlements d’ordre intérieur pour interdire les couvre-chefs ; adieu foulards et casquettes. Il reste 4 établissements qui acceptent encore le foulard à Bruxelles. Mais les situations sont très différentes suivant les régions et sous-régions.

Molenbeek est un cas d’école. Le Bourgmestre (Maire), Philippe Moureaux est une forte personnalité politique. Je l’ai connu jeune puisqu’il a été mon professeur de critique historique à l’université. A l’origine, politiquement c’était un marxiste pur et dur, tendance stalinien. Tout le monde sait que son combat fut la destruction de la société bourgeoise libérale. C’est un des théoriciens de cette destruction par l’immigration ; mais comme tous les apprentis sorciers, il a ouvert une boîte de pandore qu’il ne maîtrise plus.

Le problème de quartiers comme Molenbeek et autres est réglé de manière très simple : le belge n’y met plus les pieds et ne veut pas savoir ce qu’il s’y passe. Il râle dans son coin, envoie une lettre à un ministre qui la rejette d’un battement de main et puis passe à autre chose. Il faut savoir aussi que le belge est très individualiste. Ce n’est que quand il est vraiment concerné qu’il réagit. Vous ne verrez jamais en Belgique des grands mouvements populaires comme en France. Il a fallut l’affaire Dutroux pour que la population descende dans la rue. Des communes comme Molenbeek vivent en quasi autarcie avec leurs propres codes. Les autorités sont complaisantes avec des instructions très précises données à la police locale : pas de conflit. Il ya un véritable traumatisme dans la classe politique dû aux émeutes qui ont surpris tout le monde voici quelques années.

L’enseignement, lui, est fragmenté en divers réseaux suivant les sensibilités philosophiques de chacun et cela du primaire à l’Université, il n’y a pas comme en France de carte scolaire. L’Ecole c’est le choix souverain du chef de famille qui inscrit sa progéniture dans le réseau de ses affinités. Tout cela fonctionnait à merveille jusqu’à l’explosion de la population musulmane qui a bouleversé la donne. L’enseignement de la filière catholique a du s’adapter à l’arrivée massive de jeunes musulmans et la filière laïque également ; pour arriver à des situations ubuesques où certains profs ne peuvent plus enseigner la matière : contestation du cours d’histoire, contestation du cours de sciences, boycott systématique du cours de gymnastique, etc. Officiellement, tout va bien. Mais en réalité c’est la chienlit qui gouverne les établissements scolaires.

Ce sont bien entendu les grandes villes et les anciens bassins industriels qui sont touchés ; des régions où les jeunes musulmans de moins de 20 ans représentent plus de 50% de la population scolaire ; avec des pointes à 75% et 90%. Dans ces établissements, bien souvent, le personnel enseignant est lui-même musulman et on assiste à une modification complète des programmes enseignés : déni du darwinisme et enseignement du créationnisme, enseignement de l’histoire versus « les croisades vues par les arabes », acceptation de tous les certificats médicaux pour éviter la mixité des cours de gymnastique, c’est une véritable filière d’un enseignement parallèle qui s’installe sans que l’autorité de tutelle ne s’émeuve outre mesure ; l’important c’est qu’il n’y ai pas de vagues.

Riposte Laïque : Tu animes un réseau international, appelé les Résistants. Peux-tu nous dire dans quels pays vos informations sont relayés, et le type d’actions que vous menez ?

Aldo-Michel Mungo : C’est très informel. Ce n’est pas un mouvement structuré. Aucune idéologie ni programme ; nous sommes animés par la seule volonté que l’Europe ne bascule pas dans une autre civilisation ! Nous pourrions aussi nous appelés « Les Vigilants ». Nous relayons toutes les informations qui démontrent que par petites actions disséminées, les islamistes transforment nos sociétés et introduisent subrepticement des éléments de la Charia pour qu’un jour ils puissent annoncer que nous vivons en réalité comme des musulmans et que nous sommes donc musulmans. C’est un des grands enseignements d’Ibn Warraq qui il y a déjà 10 ans décrivait la stratégie des islamistes pour conquérir notre continent. Il faut être sot ou lâche pour ne pas admettre que l’Islam est à l’assaut de l’Occident. Ce que nous voulons c’est que l’Europe passe du statut de dar-el-dawaà (terre de prédication) à celui de dar-el-harb (terre des mécréants). Qu’est ce que cela veut dire ? D’abord savoir qu’un musulman ne peut vivre qu’en terre d’islam et exclusivement en terre d’islam sous peine de séjour en enfer.

L’orthodoxie islamique divise donc le monde en deux zones, le dar-el-islam, la demeure de l’islam, les pays où l’islam domine, et dans lesquels les musulmans doivent résider, et le dar-el-harb, c’est-à-dire tous les autres pays gouvernés par des infidèles, selon les principes des infidèles et où les musulmans ne peuvent, sous aucunes conditions, résider. Les Hadiths prévoient cependant une atténuation à cette distinction trop manichéenne du monde ; ils reconnaissent comme dar-el-dawaà (terre de prédication ou de prosélytisme) les pays non-musulmans où les musulmans peuvent néanmoins résider en cas de nécessité, à la condition de pouvoir y prêcher leur doctrine sans que les non-musulmans ne puissent exiger en contrepartie le même droit de prédication en terre musulmane. Tant que nous accepterons que les intégristes puissent prêcher la conversion et exiger des aménagements du cadre de vie pour nous conformer à leurs préceptes, nous serons Dar-el-dawaà, terre où les musulmans peuvent résider. Supprimez cette faculté et nous devenons dar-el-harb et les musulmans orthodoxes devront quitter cette terre sous peine de bruler en enfer. Tariq Ramadan, petit-fils de Hassan-el-Banna, fondateur des Frères Musulmans, ainsi que les différents mouvements fondamentalistes, confirment le caractère licite de la présence musulmane en Europe, mais au titre exclusif du dar-el-dawaà.

Il faut bien comprendre, même si cela peut paraître irrationnel à un esprit cartésien, qu’un musulman ne peut vivre qu’en terre dominée et dirigée par des musulmans. La présence musulmane en Europe a fait l’objet de diverses fatwas autorisant les musulmans à résider parmi des mécréants et cela uniquement à la condition d’en faire une terre de conversion. Vous ne pouvez rien comprendre aux musulmans si vous n’intégrer pas intellectuellement leur paranoïa sur ce qui est licite et illicite. Je vous invite à consulter le site www.islamweb.net pour intégrer le fait que c’est une religion qui aurait dû faire l’objet des attentions de Freud et Bergson ! Rendons l’Europe illicite à leurs yeux et nous cesserons de perdre notre temps. L’objectif des Résistants est d’attirer l’attention des leaders d’opinion sur la dangerosité d’accepter pas à pas des revendications qui peuvent paraîtres justifiées ou anodines mais qui font en réalité partie d’une stratégie globale visant à détruire notre civilisation. Encore une fois je le répète : faisons en sorte de devenir dar-el-harb et nous devrons rouvrir des chantiers navals pour faire face aux besoins de transport maritime vers les pays islamiques. Mohamed Sifaoui l’a déjà bien expliqué ; rendez le foulard illicite et vous verrez toutes les voilées quitter l’Europe.

Riposte Laïque : Tu viens d’écrire un article, qui circule beaucoup sur internet, intitulé : « Durban 2, le monde politique commence à comprendre l’ampleur du désastre annoncé ». Quelle est l’attitude du gouvernement belge, et que penses-tu de celle du gouvernement français ?

Aldo-Michel Mungo : Pour le moment, et nous sommes le 16 mars, il est clair que nos gouvernements sont encore dans l’optique de participer à ce processus. Même si, il est vrai, ils affirment que des lignes rouges ont été tracées et qu’ils n’accepteront ni la condamnation d’Israël, ni le blasphème des religions, ni l’indemnisation de la traite négrière transatlantique. Mais s’ils n’acceptent rien de tout cela, je ne comprends pas pourquoi ils s’obstinent à vouloir participer puisque c’est le contenu même du projet de résolution qui sera présenté et qui a fait l’objet de toutes les négociations. J’ai ce projet qui m’a été communiqué par un négociateur : il est ahurissant.

L’adoption, par les membres de l’Union Européenne, de la résolution finale de Durban II sera une catastrophe pour les Droits de l’Homme, les valeurs de liberté, de tolérance, d’égalité et de fraternité. Un recul de l’esprit des Lumières. Une incroyable avancée de l’obscurantisme par l’introduction de facto de la Charia islamique comme source de droit international; ce qui induira l’obligation pour nos pays d’introduire cette norme dans les législations nationales des états signataires. Nous devons nous mobiliser pour le boycott de la conférence de Genève d’avril prochain. Donc l’attitude de nos gouvernements est incompréhensible. Il n’y a pas d’autre document sur la table. A quoi bon dès lors aller discuter avec des gens qui affirment que la terre est plate : nous savons qu’elle est ronde !

Pour notre part nous agissons pour que la seule réponse aux revendications de l’Organisation des Pays Islamiques soit le boycott pur et simple. Notre participation est inutile et ne servira qu’à enrichir les hôteliers de Genève. En Belgique en tout cas, comme en France, des personnalités politiques se positionnent en faveur du boycott. Je sais que des résolutions vont être déposées dans les diverses assemblées parlementaires en faveur de ce boycott. Mais pour le moment ce mouvement n’est le fait que de personnalités d’un seul parti, le Mouvement Réformateur (MR, libéral) qui est le premier parti chez les francophones, chez les socialistes, dont on pourrait croire qu’ils sont attachés à la civilisation des Lumières, c’est le Grand Silence ; que leur faudra-t-il pour qu’ils réagissent ? L’avenir, je l’espère, nous offrira peut-être de bonnes surprises. En tout cas, pour nous le combat continuera sur Durban II jusqu’au soir du dernier jour. Ensuite de nouveaux fronts s’ouvriront. Nous sommes déterminés.

Propos recueillis par Pierre Cassen

Pétition : http://www.petition.fm/petitions/durban2/

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