Interview de Fanny Truchelut, juste après le verdict

Publié le 8 octobre 2008 - par - 473 vues
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Riposte Laïque : Il y a quelques heures, tu viens d’avoir le verdict de ton procès en appel. Quelle est ta première réaction ?

Fanny Truchelut : J’avoue que je suis sous le choc. J’avais l’impression, lors du procès de Nancy, que les choses s’étaient mieux passées. Je n’arrive pas à me faire à l’idée que je suis condamnée à de la prison avec sursis, comme une vulgaire délinquante !

En confirmant ma culpabilité, en maintenant de la prison avec sursis, le tribunal veut me contraindre à me taire, le Président m’a bien expliqué que si je bougeais le petit doigt, j’allais directement en prison. Ce verdict est aussi un avertissement pour toutes celles et ceux qui voudraient un jour « la ramener » un peu trop. Les juges ont fait un exemple, nous n’avons plus qu’à bien nous tenir. Je suis partagée entre effondrement, colère, écoeurement, rage, découragement, je passe par tous les états.

Riposte Laïque : Comment expliques-tu ce verdict, par rapport au premier procès où, rappelons le, tu avais été condamnée à 8.490 euros d’amende et de dommages et intérêts, et à 4 mois de prison avec sursis ?

Fanny Truchelut : Si l’idée était de diviser la note par deux, par rapport au premier procès, heureusement que je n’ai pas pris 3 ans de prison, et 45.000 euros, ce qui est le maximum du délit qui m’est reproché, la discrimination religieuse. Même la « note » divisée par deux, je suis dans l’impossibilité financière de payer une telle somme. Encore un moyen efficace de pression. Je suis à cette heure un peu sous le choc de ce verdict.

Riposte Laïque : Avec le recul, comment expliques-tu que tu aies été aussi peu soutenue par les mouvements féministes et laïques, dont certains t’ont même condamnée

Fanny Truchelut : Je trouve cela dommage et que de temps perdu. Cela fait 20 ans que le voile est apparu dans notre paysage, cela fait plus 10 ans que l’on palabre. Du voile, nous sommes passés à la burka et l’on discute toujours de savoir quel sens il a.

J’ai recensé plus de 150 associations ou mouvements philosophiques, j’en ai sans doute oublié. Dès le début de mon affaire, certaines associations m’ont spontanément soutenue, je leur en suis reconnaissante. J’en ai contactée une trentaine d’autres, je n’ai reçu aucune réponse. Mais ces mêmes associations signent des pétitions pour défendre la laïcité où l’on retrouve leurs signatures à côté de celles du MRAP, ou la LDH et la Licra, associations qui se sont portées parties civile contre moi. On y retrouve aussi des associations chrétiennes alors que certains refusaient de me soutenir parce que Maître Alexandre Varaut (proche du MPF) était mon avocat.

J’ai changé d’avocat, Maître Chabert n’a pas d’orientation politique, mais les soutiens ne sont pas venus pour autant.

J’ai contacté tous les Députés, vous avez individuellement pour certains d’entres nous fait de même. J’ai reçu 5 réponses. Pendant ce temps, en face de nous les intégristes ne se posent pas de questions, le rouleau compresseur avance et nous sommes incapables de l’arrêter.

Il y a là des choses qui m’échappent, à moi simple citoyenne.

Pour défendre la laïcité et la république, c’est appliquer la loi de 1905. Je suis pour interdire tous signes d’appartenance à toutes les religions, idéologies ou sectes, ce, partout. Je respecte les croyances de chacun, mais je veux que l’on respecte mon athéisme aussi.

Les signes doivent être réservés dans les lieux de culte et dans la sphère privée. Imaginons un instant que l’on porte tous sur soi, croyants, athées et autres, son appartenance ou non. Qu’arriverait-il ? Sans doute de la violence, mais peut-être aussi des meurtres, car au nom des religions, on tue.

La laïcité, lu d’un internaute, « est un principe de droit politique, elle consiste à affranchir l’ensemble de la sphère publique de toute emprise exercée au nom d’une religion ou d’une idéologie » je suis complètement en accord avec cela et je n’ai pas l’intention d’y renoncer aujourd’hui.

Riposte Laïque : Comment vois-tu la suite de ta vie, après ce verdict ? As-tu l’intention de rester dans les Vosges, ou bien penses-tu changer d’air ? Vas-tu militer ?

Fanny Truchelut : J’écris un livre, j’espère le terminer pour la fin de l’année. J’explique avec mon histoire, ce qui m’a conduit à demander à Horia démiati de retirer son voile.

Ma vision de mon futur a complètement changé, même si je n’ai jamais été une militante active, j’ai toujours gardé un esprit critique sur ce qui m’entourait sur le plan social et politique. Si je n’ai jamais vraiment milité, c’est aussi parce que je n’ai pas trouvé une association dans laquelle je me reconnaissais.

Mais je suis redevable envers celles et ceux qui m’ont soutenue et aidée, pour beaucoup, j’incarne une certaine résistance. Je n’ai rien cherché, j’ai juste été moi-même, une femme qui s’est adressée à une autre femme. Mais parce que l’on m’a traînée devant les tribunaux, je vais vraiment militer.

Je quitterai les Vosges, j’espère très vite, je vais me rapprocher de Paris car finalement c’est là que tout se passe.

Riposte Laïque : Et en attendant, comptes-tu organiser quelque chose, pour marquer la fin de ces deux années de cauchemar, pour toi ?

Fanny Truchelut : J’ai lu sur Riposte Laïque numéro 59 qu’une internaute s’étonnait des portes qui s’étaient fermées devant moi au niveau des associations, elle aurait bien voulu fonder elle-même quelque chose, mais elle dit que pour aller en justice, il faut qu’une association ait une existence d’au moins 5 ans.

Je vois les choses très différemment, pourquoi parler de créer quelque chose pour aller en justice. Aujourd’hui l’urgence est de contraindre nos politiques d’engager des discussions sur le sujet et non de traiter le sujet à leur place.

J’ai décidé d’organiser une première réunion conviviale, à Paris le 12 octobre, autour d’un pot. Je veux le faire avec vous, Riposte Laïque, qui m’avez permis de m’exprimer depuis 2 ans, et tous ceux qui, vivant dans la région parisienne, m’ont aidée dans cette épreuve. Je demande à chacun d’amener de quoi grignoter, je paierai l’apéritif. A cette réunion, je dirai quelques mots, dans le sens que je viens d’indiquer précédemment.

Je vais vraiment entrer en résistance et j’espère que vous serez nombreux à me suivre..

Je vous remercie toutes et tous pour vos soutiens. Bien cordialement.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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