Interview de Pierre Cassen : Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire

Publié le 11 janvier 2010 - par

Medias Libres : Le premier édito de l’année 2010 de Riposte Laïque a tourné autour de Trappes, et de ce que vous avez ressenti comme une intimidation de la part du maire de Trappes, Guy Malandain. Pouvez-vous nous dire ce qu’il en est ?

Pierre Cassen : Nous avons en effet été très surpris de recevoir une lettre recommandée le 23 décembre, nous donnant 48 heures pour retirer un article signé Maxime Lépante, intitulé « Voyage au cœur de la France musulmane, première étape, Trappes » (1). Nous sommes étonnés pour plusieurs raisons. D’abord, cet article a été écrit le 24 août 2009, pourquoi réagir si tard ? Ensuite, au-delà de l’intimidation exercée contre notre journal par l’avocat de la ville de Trappes, Maître Thibault du Manoir de Juaye, la demande d’obtenir des renseignements sur Maxime Lépante est incroyable. On se demande comment un avocat a pu formuler une telle exigence.

Médias Libres : Selon vous, quelles sont les motivations de la mairie de Trappes ?

Pierre Cassen : Très honnêtement, nous n’en savons rien. L’article de Maxime est dans le même esprit que le reportage télévisé de France 2, effectué par le grand reporter Frédéric Brunnquell, et diffusé le 12 février 2004 sur Antenne 2. Il s’intitulait « Trappes à l’heure de la prière » (2). Ce reportage avait suscité des réactions fortes. L’inévitable Mrap avait écrit à la chaîne publique pour protester, montrant une curieuse conception de la liberté d’expression d’un journaliste. Le maire lui-même avait fait savoir qu’il désapprouvait ce reportage, qui montrait, selon lui, une image négative de sa ville. L’Humanité, dans un article daté de 2003, intitulé « L’islamisme tisse sa toile », avait lui aussi remarqué l’ampleur de la présence de l’islam dans cette ville (3). D’autres articles , qu’évoquera Jeanne Bourdillon dans le numéro 118, ont également abordé ce sujet (4).

A notre connaissance, aucun média n’a reçu ce genre d’intimidation. On a l’impression qu’il existe une omerta sur la réalité des villes islamisées, comme si la triste réalité décrite était insupportable à lire pour les acteurs locaux. A une époque, il ne fallait pas désespérer Billancourt. L’écrivain Pierre Jourde, dernièrement, avait écrit qu’il ne fallait pas désespérer Montfermeil. Peut-être ne faut-il pas désespérer Trappes non plus. Pourtant, Jaurès disait que « Le courage, c’est de chercher la vérité, et de la dire », et je crois savoir que le maire de Trappes se proclame républicain.

Médias Libres : Pensez-vous qu’on veuille faire taire Riposte Laïque ?

Pierre Cassen : Je me méfie toujours des interprétations paranoïaques, et de la théorie du complot. Mais je constate que nous avons été l’objet d’attaques d’une violence incroyable, pendant tout le mois de septembre, de la part de personnes considérées comme proches des idées que nous défendons. Je n’ai pas oublié que nos détracteurs encourageaient le Mrap à déposer plainte contre nous, rien de moins ! Je pense surtout que la presse Internet, et un média comme RL, sont une donnée nouvelle, qui bouleverse l’hégémonie du politiquement correct dans l’information. Il y a un réflexe de caste, dans certains milieux journalistiques et politiques, pour essayer de museler une parole qui épouse les aspirations populaires. L’exemple du dernier référendum suisse est particulièrement révélateur.

Nous avons assisté à un véritable lynchage de ce vote démocratique, qualifié partout de raciste, de populiste et de xénophobe. Pourtant, majoritairement, les Français l’approuvaient. Sans Internet, sans Riposte Laïque et quelques autres sites, qui donnerait une autre version de ce vote, comme nous l’avons fait ? Qui diffuserait les images saisissantes de prières musulmanes dans les rues de Paris, Marseille, Puteaux ou Clichy (et bientôt d’autres), sans les reportages de Maxime Lépante ? Est-ce cette liberté d’expression qu’on veut faire taire ? Le plus triste est que, contrairement à l’affaire des caricatures, où l’UOIF et Boubakeur avaient dû monter en première ligne, les islamistes n’ont même pas besoin de faire, dans ce cas le sale travail. C’est un maire issu de la mouvance républicaine qui menace de poursuivre un journal défendant la République laïque ! On ne sait s’il faut en rire ou en pleurer.

Médias Libres : Comment voyez-vous cette affaire évoluer ?

Pierre Cassen : Je ne suis pas prophète. Nous sommes prêts à faire face à toutes les hypothèses. Si le maire de Trappes veut répondre à notre article, les colonnes de RL lui sont ouvertes, bien sûr. S’il comprend qu’il a mieux à faire que d’intimider notre journal, nous en serons ravis. S’il souhaite un entretien avec nous, nous sommes disponibles, nous préférons le dialogue aux polémiques inutiles. Nous sommes un journal de bénévoles, sans gros moyens, composé de rédacteurs qui ont la laïcité chevillée au corps. Nous avons vraiment mieux à faire qu’à perdre du temps et de l’énergie sur cette affaire. Mais si le maire veut vraiment aller au tribunal, nous n’irons pas en victimes expiatoires, faites nous confiance.

Cependant, j’espère que la sagesse prévaudra.

http://www.mediaslibres.com/tribune/post/2010/01/11/Pierre-Cassen-repond

(1) https://www.ripostelaique.com/Le-maire-de-Trappes-et-son-avocat.html

(2) http://www.leparisien.fr/yvelines/le-reportage-tele-qui-secoue-trappes-13-02-2004-2004754195.php

(3) http://www.humanite.fr/2003-12-08_Societe_-A-Trappes-l-islamisme-tisse-sa-toile

(4) http://www.atheisme.org/trappes.html

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