Islam de France et imams d’Algérie

Publié le 21 février 2008 - par

Nicolas Sarkozy nous avait expliqué que son CFCM servait à définir un « islam DE France », bien de chez nous, et à contrecarrer les influences étrangères qui voudraient nous imposer un « islam EN France ». Il nous avait même dit qu’il fallait « franciser » l’islam « pour le rendre compatible avec les valeurs de la République », ce qui laissait entendre qu’il ne l’est pas encore.

Nicolas Sarkozy a toujours vanté le caractère républicain et intégré de la Mosquée de Paris, et de son recteur Dalil Boubakeur président du CFCM.

Or près d’un an après toutes ces belles déclarations de campagne électorale, la presse algérienne et française nous apprend que « Près de 29 imams et deux mourchidates se dirigeront aujourd’hui vers la France » et que « Cette initiative entre dans le cadre de la mise en œuvre de l’accord signé entre le ministère des Affaires religieuses et des Wakfs et l’Association de la mosquée de Paris, portant désignation d’imams pour l’encadrement des mosquées en France. »

http://www.lexpressiondz.com/article/2/2008-02-17/50007.html

(Une mourchidate est une sorte d’imam au féminin.)

Et les dépêches d’agence nous signalent que Bouabdellah Ghlamallah, ministre algérien des « Affaires religieuses et des Wakfs » a bien sermonné les futurs ambassadeurs de l’islam d’Algérie (ou de l’islam en Algérie), en leur recommandant en particulier : « Vous êtes chargés de la prédication et non de mener une guerre. »

On peut s’étonner qu’il soit encore nécessaire de leur préciser.

Un point (discriminatoirement) positif tout de même : ce même ministre algérien applique à la lettre les recommandations sarkozystes de remplacer les instituteurs (dont la « morale laïque » est insuffisante à ses yeux) et les policiers par des religieux dans les banlieues françaises, puisqu’il a appelé ces imams à « inculquer » aux « enfants des immigrés » « le sens de la citoyenneté et de la loyauté envers la patrie. Dans cette optique, le ministre a souligné que le patriotisme et l’Islam « sont indissociables et qu’un bon musulman doit être loyal à sa patrie ». »

On peut penser que ces imams suppléeront non seulement aux instituteurs et aux policiers, mais aussi aux assistantes sociales puisque « M. Ghlamallah a exhorté les imams à intensifier leurs activités religieuses et sociales à l’intérieur et à l’extérieur de la mosquée, pour être au service de la communauté musulmane en France. »

Des imams au service exclusif de la « communauté musulmane » dans les cités permettront-ils de favoriser le vivre ensemble ? On peut en douter, mais nous sommes partiellement rassurés : voilà que des religieux algériens vont enseigner le patriotisme aux petits Français de nos cités. Quant à « la citoyenneté et de la loyauté », les imams algériens de l’« islam de France » devront accorder leur catéchisme avec celui leurs confrères marocains de l’UOIF au CFCM, dont le président déclarait que « notre Constitution, c’est le Coran ». En plein accord d’ailleurs avec les slogans de sa maison mère des Frères Musulmans.

Il aurait donc été judicieux que le ministre algérien des « Affaires religieuses et des Wakfs » précise de quelle patrie il parlait. Un élément de réponse, toujours dans les mêmes dépêches : « Désignés pour une durée de quatre ans, ces imams devront prêcher « les valeurs de l’Islam et la cohabitation avec l’Autre » en direction de la communauté algérienne établie en France, notamment les jeunes qui ont besoin plus que les autres de rester « attachés » à leur religion et à leur patrie, a souligné M. Bouabdellah. »

Roger Heurtebise

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