Islam, islamisme et islamophobie au conseil de l’Europe

Publié le 12 juillet 2010 - par - 365 vues
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L’assemblée parlementaire du Conseil de l’Europe vient de prendre une résolution intitulée : L’islam, l’islamisme et l’islamophobie en Europe.

Nous préciserons tout d’abord que cet assemblée, composée de parlementaires de différents pays, n’a pas été élue en tant que telle et ne possède ni le pouvoir législatif, ni la légitimité pour l’exercer. En bonne démocratie, sa résolution devrait être considérée comme une simple contribution au débat, et il est à souhaiter que nul ne vienne à lui donner une autorité supérieure.

Ce texte présente à la fois des idées interessantes, mais exprimées sous une forme qui les rend platoniques, et des idées choquantes, en particulier la légitimation de la notion d’islamophobie et la pose de jalons vers l’imposition d’une pensée officielle sur les religions que les Etats sont invités à promouvoir.

DES IDEES INTERESSANTES MAIS PLATONIQUES

Certaines des idées exposées dont des plus interessantes, et l’on ne peut que les reprendre à son compte. Par exemple :

« L’Assemblée rappelle que l’islamisme est une façon de concevoir l’islam non seulement comme une religion mais aussi comme un code de conduite social, juridique et politique. L’islamisme peut être violent ou pacifique et modéré, mais en aucun cas il ne reconnaît la séparation de la religion et de l’Etat, grand principe des sociétés démocratiques et pluralistes. »

Parfait.

« L’article 9 de la Convention européenne des droits de l’hommegarantit la liberté de pensée, de conscience et de religion, y compris le droit de manifester sa religion ou ses convictions, individuellement ou collectivement, en public ou en privé, par le culte, l’enseignement, les pratiques et l’observance des rites. L’article 10 de la Convention consacre la liberté d’expression, y compris le droit d’exprimer des opinions religieuses ou philosophiques ou de s’y opposer et de les critiquer. Ces deux libertés sont une condition indispensable à l’existence d’une société démocratique. Elles ne sont toutefois pas absolues et peuvent faire l’objet de limitations strictement encadrées. En outre, conformément à l’article 17 de la Convention, elles ne doivent pas être exercées de manière abusive pour supprimer ou restreindre excessivement l’un des droits et libertés énoncés par la Convention. »

D’accord. On aimerait toutefois que les conséquences de cette déclaration soient tirées. C’est bien beau d’écrire que la liberté religieuse et la liberté d’expression ne sont pas absolues et  » ne doivent pas être exercées de manière abusive pour supprimer ou restreindre excessivement l’un des droits et libertés énoncés par la Convention. » Mais, partant de là, on s’étonne du soutien qu’apporte le même texte aux porteuses de burqa, dont la liberté d’expression devrait être limitée par le droit des autres femmes de ne pas se voir ainsi renvoyées à un statut inférieur. Poursuivons cependant notre lecture :

L’assemblée « condamne fermement les menaces de mort et les décrets de condamnation à mort prononcés à l’encontre des personnes qui critiquent l’islam ou les opinions politiques liées à l’islam. Elle déplore toutefois les initiatives prises par un certain nombre d’États membres des Nations Unies qui ont abouti à l’adoption par le Conseil des droits de l’homme de résolutions portant sur la lutte contre la diffamation des religions, et notamment de l’islam, dans la mesure où cette orientation constitue une menace pour la liberté d’expression »

Nous aussi.

« L’Assemblée constate, cependant, avec préoccupation que certaines organisations islamiques, qui exercent leurs activités dans les États membres, ont été lancées par des gouvernements étrangers qui leur dispensent une aide financière et des directives politiques. Les objectifs de ces organisations ne sont par conséquent pas religieux. Il importe de mettre en lumière cette expansion politique nationale vers d’autres États sous couvert de l’islam. De manière compatible avec l’article 11 de la Convention européenne des droits de l’homme, les Etats membres peuvent limiter les activités de ces organisations, sous réserve que ces limitations remplissent les conditions imposées par le paragraphe 2 de l’article 11. Il convient, par conséquent, que les États membres imposent aux associations islamiques et aux autres associations religieuses de faire preuve de transparence et de rendre des comptes, par exemple en exigeant la transparence de leurs objectifs statutaires, de leurs dirigeants, de leurs membres et de leurs ressources financières. »

Bravo.

« Il est nécessaire que les personnes appartenant à une culture minoritaire dans leur pays ne s’isolent pas et ne cherchent pas à mettre en place une société parallèle. »

J’allais le dire !

« Rappelant sa Résolution 1464 (2005) sur les femmes et la religion en Europe, l’Assemblée invite l’ensemble des communautés musulmanes à abandonner toute interprétation traditionnelle de l’islam qui nie l’égalité entre hommes et femmes et restreint les droits des femmes, à la fois au sein de la famille et dans la vie publique. Cette interprétation n’est pas compatible avec la dignité humaine et les normes démocratiques; les femmes sont égales en tout aux hommes et doivent être traitées en conséquence, sans exception. La discrimination des femmes, qu’elle soit fondée sur des traditions religieuses ou non, est contraire aux articles 8, 9 et 14 de la Convention européenne des droits de l’homme, à l’article 5 de son Protocole n° 7, ainsi qu’à son Protocole n° 12. Aucun relativisme religieux ou culturel ne saurait être invoqué pour justifier des violations de la personne humaine. L’Assemblée parlementaire exhorte donc les Etats membres à prendre toutes les mesures nécessaires pour éradiquer l’islamisme radical et l’islamophobie, dont les femmes sont les premières victimes. »

Très bien à un détail près … Ah ! ces valises à double fond … Les Etats-membres sont invités, au nom de la défense des droits de la femme, à éradiquer l’islamisme (bien, bien) et « l’islamophobie » (je ne vois pas le rapport). Tout à la fin d’une belle tirade qui nous convainc et nous émeut, on nous glisse en loucedé la notion d’islamophobie.

Après ces belles déclarations de principe, on s’étonne de voir cette assemblée parlementaire condamner le vote suisse contre les minarets et les projets de législations contre la burqa.

Paroles, paroles …

UNE DANGEREUSE LEGITIMATION DE LA NOTION D’ISLAMOPHOBIE

Il est extrèmement choquant de constater que, dès son intitulé, le texte valide la notion d’islamophobie, terme créé à l’origine par Khomeiny pour discréditer les femmes qui résistaient à sa politique de voilement obligatoire. Ce terme est ambigu. Il est utilisé par des activistes pour tenter d’insinuer que toute critique de l’islam est une sorte de racisme et doit être condamnée judiciairement à ce titre. Le but est de réussir à re-créer sournoisement (par extension des législations anti-racistes) l’équivalent d’un délit de blasphème.

Or, si les personnes soivent être protégées, les idées doivent rester soumises à la critique. S’il me plait d’être allergique à l’islam, c’est mon droit. Dans ce texte, à plusieurs reprises, l’assemblée parlementaire passe sournoisement de la défense des musulmans comme individus (légitime) à la défense de l’islam (inadmissible). Et, comme nous l’avons vu plus haut, elle entend éradiquer (le terme est d’elle et il ne promet pas une action non-violente) ce qu’elle appelle l’islamophobie.

Continuons d’analyser le texte :

 » … il est essentiel de lutter contre l’islamophobie, qui vient essentiellement de l’ignorance et d’une image négative résultant d’un amalgame entre islam et violence …

A quel titre cette assemblée se plaint-elle d’une « image négative de l’islam » ? La critique des idéologies, religieuses ou pas, est libre. Il y a des tas d’idéologies dont j’ai une image négative ; c’est mon droit et ça ne la regarde pas.

 » Les clichés, les idées reçues et les peurs que suscite l’islam sont les symptômes typiques d’une large méconnaissance de ce sujet par les non-musulmans en Europe. »

A quel titre nos doctes parlementaires décident-ils du vrai et du faux, de la vérité et de l’erreur ? Messieurs les Parlementaires non élus se croient-ils à Rome à la Congrégation pour la doctrine de la foi ?

L’analyse du texte va nous montrer une véritable prétention à forger une doctrine officielle et à l’imposer dans l’enseignement. D’après cette doctrine, les trois religions monothéistes seraient très proches (les combats qu’elles se sont livrés sont passés sous silence) ; ce seraient par nature de grandes humanistes (à la trappe l’inquisition, les bûchers de sorcellerie, la condamnation de Galilée, les guerres de l’islam, les marchés aux esclaves des pirates barbaresques) et ce seraient les inspiratrices de l’humanisme européen (oubliés la démocratie athénienne et Voltaire).

« L’Assemblée … rappelle qu’il appartient aux Etats membres de rejeter de tels discours politiques attisant la peur et la haine des musulmans et de l’islam »

Bel amalgame ! Les Etats sont invités à rejeter (menaces judiciaires à la clé, rappelons le) non seulement les discours de dénonciation des musulmans (là, c’est d’accord), mais aussi de l’islam. La critique des idées est-elle toujours libre ?

 » L’islam est une religion qui prône la paix. »

Moi, j’avais pas remarqué.

« L’islam, le judaïsme et le christianisme – les trois religions monothéistes – partagent les mêmes racines historiques et culturelles et reconnaissent les mêmes valeurs fondamentales, notamment l’importance primordiale de la vie et de la dignité humaines, la capacité et la liberté d’exprimer ses pensées, le respect d’autrui et de la propriété d’autrui, l’importance de l’aide sociale. Ces valeurs ont trouvé un écho dans les philosophies européennes et ont été insérées dans la Convention européenne des droits de l’homme (STE n° 5). »

Totalement faux. Nulle part, la Convention européenne des droits de l’homme ne revendique des racines chrétiennes (sans parler d’hypothétiques racines juives et musulmanes), et ce n’est pas faute qu’on ait essayé de les y introduire. Le débat sur les racines chrétiennes de l’Europe a écarté l’idée de s’y référer. Messieurs les Parlementaires réécrivent l’histoire. Je croyais aussi que l’héritage gréco-romain, ainsi que les idées du siècle des Lumières, étaient pour quelque chose dans la démocratie européenne.

Il n’appartient pas, en principe, à une assemblée politique de porter des jugements de valeur, positifs ou négatifs, sur les religions.

« Les Etats membres devraient favoriser l’enseignement des religions, de manière à sensibiliser l’opinion publique à l’origine et aux valeurs communes du judaïsme, du christianisme et de l’islam, ainsi qu’à leur incidence sur l’humanisme européen moderne. Les établissements d’enseignement supérieur et de recherche en Europe devraient faire de l’islam une matière d’enseignement afin de former les universitaires, enseignants et responsables religieux et d’établir une distinction entre islam et islamisme. »

La docte assemblée prétendrait-elle dicter le contenu de l’enseignement et promouvoir une pensée officielle ? On se permettra de lui rappeler qu’il existe de nombreux athées, libre-penseurs et laïques qui n’ont absolument pas perçu l’incidence des religions sur le développement de l’humanisme européen moderne. Il y a même des femmes qui ont eu l’impression que chaque avancée de l’égalité homme/femme en occident a nécessité un combat contre l’Eglise, sans même parler de l’islam.

« L’Assemblée reste également préoccupée par le risque d’une utilisation abusive des votes, initiatives et référendums populaires. Dans ce contexte, l’Assemblée est particulièrement préoccupée par le référendum organisé récemment en Suisse et demande instamment aux autorités suisses d’adopter un moratoire sur l’interdiction générale de la construction des minarets de mosquées et d’abroger dès que possible cette interdiction. »

Hé bien que cela vous plaise ou pas, Messieurs les partisans du despotisme éclairé, le peuple reste souverain et nous continuerons de voter.

Catherine Ségurane

(1) http://assembly.coe.int/Mainf.asp?link=/Documents/AdoptedText/ta10/FRES1743.htm ; Résolution 1743 (2010)

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