J’ai 27 ans, j’habite près de la rue Myrha, et je remercie RL d’exister

Publié le 28 décembre 2009 - par - 1 209 vues
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Merci Riposte Laïque, d’exister, merci, merci.
Je vais faire long et je m’en excuse, mais je crois que j’en ai besoin.

J’ai 27 ans, et je suis ce que certains appellent une « Française de souche », même si je n’adhère pas complètement à la formule, je n’ai pas autre chose qui me vient à l’esprit.

Je suis fille, petite-fille, sœur, nièce de paysans d’un coté, et d’ouvriers, maçons, menuisiers, cheminots de l’autre, il n’y a pas, pour le peu que j’en sache, d’étrangers sur l’arbre généalogique sur les quatre dernières générations. Je n’en tire aucune fierté ni gloire particulière, c’est juste ainsi. Pour autant je ne complexe pas non plus, je n’en ai pas honte.

J’ai grandi dans une famille plutôt ancrée a gauche, majoritairement socialiste, parfois centriste chrétien-démocrate. Sarkozy ? Mon papy de 80 ans en rigole franchement. Le Pen le fais moins rire, mais c’est peut-être parce deux de ses cousins, résistants, ont été fusillés pendant la guerre par les allemands, sur la dénonciation probable d’un « bon Français » du village. Depuis il se méfie de ceux qui se revendiquent un peu trop fort et je crois qu’on a ça en commun. J’ai été élevée dans le respect de tous, des différences et dans le mépris du racisme de la xénophobie et de la misogynie.

Je suis baptisée, mais sans doute plus par convenance que par conviction et il y a bien quinze ans maintenant que je suis athée. A l’université, j’ai fréquenté des groupes de réflexion féministes, libertaires, écolos. J’ai voté extrême-gauche pour ma première élection, j’avais 18 ans, et j’ai marché dans les rues contre Le Pen au deuxième tour. En 2007, je crois que j’ai un peu pleuré quand Sarkozy est passé.

Je ne cherche pas à me justifier, ou a atténuer ce qui va suivre, c’est juste mon histoire banale, pas de « terreau fascisant » pour moi, bien au contraire. Je n’ai pas d’excuses.

Depuis six ans, j’habite à Paris, dans le nord, la ou les loyers sont les moins chers, à deux pas de la rue Myrha.

Le premier choc, c’est en 2003, je viens d’arriver sur Paris, et un barbu en djellaba assis en face de moi m’agresse dans le métro, à la station Barbès, me traite de pute et de chienne, simplement parce que j’ai l’audace d’enlever ma veste et mon foulard qui couvre ma gorge, en dévoilant un léger (très léger) décolleté. Il me hurle dessus, exige que je me rhabille, c’est très violent. Je baisse les yeux, je remet mon foulard, et je constate sidérée que non seulement personne n’intervient pour me défendre mais qu’il est soutenu, lui, par des hochements de tête par d’autres barbus dans la rame, certains même parlent en arabe en me montrant du doigt et en riant. C’est une humiliation comme je n’en ai jamais connu auparavant et qui me poursuit encore aujourd’hui. J’y repense souvent.

Puis c’est la vie dans le quartier… Je découvre stupéfaite des comportements que je n’avais pas soupçonnes en France et que je croyais réservés au pays du Moyen-Orient… Les femmes voilées qui marchent un mètre derrière leur maris, les gamines de huit ans à peine et déjà voilées, les femmes en burqa, le barbu qui crie « le Coran est ma seule loi » dans une manif en dessous de ma fenêtre, les regards haineux qui pèsent sur moi quand je sors en mini-jupe ou en robe courte, parfois même les insultes… Et puis ce sont les prières collectives en pleine rue, les barrières, et les quasi-systématiques « dégage » dès qu’on s’approche de trop près… Mon compagnon, décidé a passer malgré tout un jour d’urgence a même été repoussé violemment contre le mur et menacé physiquement.

C’est un sacré coup porté a mes valeurs.

Le summum de l’humiliation pour moi est atteint lors d’un débat de quartier :

Alors que je tente difficilement dans une réprobation générale d’expliquer sans agressivité que oui l’islam m’inquiète, parce que j’ai le sentiment qu’il tente de passer en force la ou il devrait s’incliner devant les lois de la République. Que je suis un peu écœuré de constater qu’on ouvre grand la porte a l’islam, alors qu’on avait déjà du mal a empêcher les cathos de rentrer par la fenêtre… On me rétorque que « les gens comme moi » stigmatisent sans connaitre, généralisent. Puis on croit m’analyser en ces termes : petite blanche de classe moyenne, je ne reconnais plus mon pays en mutation, je suis victime du chômage, je subis la crise de plein fouet et je me cherche des boucs émissaires. Puis c’est le niveau supérieur, je suis gouvernée par mes peurs, je suis sous influence d’une idéologie nauséabonde, je suis le douloureux visage d’une islamophobie rampante. Il faut d’urgence me rééduquer. Je suis un danger, même et surtout quand je m’exprime démocratiquement. La salle acquiesce.

Pour me blâmer, on aura convoqué en vrac, Le Pen, les nazis, évoqué la Shoah, les heures sombres, la bête immonde… Moi j’ai du mal à suivre, ca me dépasse. Dur de se défendre quand on est accusé du pire, de l’ignoble. Je ne parvient pas à me défendre, à m’expliquer, je m’embrouille, je me fais bouffer.

Du coup j’ai aussi renoncé à expliquer que la burqa pour moi ne devrait même pas faire débat, que c’est une atteinte aux Droits de l’Homme (qui sont aussi ceux de la Femme). Que le voile est est un aveu insupportable de soumission qui me retourne les trippes. Et c’est en passant un bien drôle aveu d’échec pour les hommes qui l’exigent, car faut-il qu’ils n’aient que peu de foi dans leur capacité a résister à une femme non voilée, (ou a un décolleté sans foulard ! ), je les plains sincèrement…

Et puis au fil du débat, le mot fatal est lâché, racisme, par un intervenant, et tout le monde à l’air de considérer qu’il est naturel de relier racisme et critique d’une religion. Je suis larguée, je comprend pas le rapport. Et pourquoi autant de procès d’intention en islamophobie, alors que c’est un droit, parfaitement légal, au même titre que la cathophobie, la judeophobie ou la religiophobie dans un sens plus large ? On me répond, parce que et c’est peu près tout. Ca fais drôlement froid dans le dos. On m’enfume vaguement sur l’intolérance et le droit a la différence, ce qui ne répond pas a ma question. Fin du débat. En sortant de la salle, une femme voilée me traite de facho.

Facho moi ? Je tombe des nues, pour tout dire, l’idée ne m’avait même jamais effleuré. J’en sors humiliée, larguée, une vraie boule dans le ventre.

Rebelote dans les médias, ces jours-ci, avec le vote suisse et le débat sur l’identité nationale. Dans les deux cas, qu’il s’agisse de contester le vote suisse, ou de demander au président français de clore le débat, on remet en cause la légitimité d’un peuple a s’exprimer au motif que le résultat n’irait dans le sens escompté. Hallucinant de voir jusqu’ou peut mener la peur de mal dire, de mal faire, face a une religion qui tétanise tout le monde.

Il me reste quoi ? Fdesouche, bulletin FN et la boucle est bouclée ? Je ne m’y résous pas.

Et puis j’ai découvert Riposte Laïque par hasard… Je me sens d’un coup moins seule, c’est un soulagement immense… J’y lis exactement ce que je ressens, sans la haine, l’agressivité ou le racisme primaire des sites d’extrême-droite. Sans concession ni langue de bois, les choses qui doivent être dites sont dites, c’est un vrai bol d’air.

Je lis ici et la qu’on vous accuse déjà ici et la de focaliser de manière systématique sur l’islam, je vous souhaites bien du courage contre les attaques dont vous devez faire l’objet. Il y a vrai tabou sur l’islam qu’il faut combattre. Il n’a rien de plus évident que de focaliser sur ceux qui font le plus de bruit.

Merci, merci, de votre vigilance.

Emilie Gentilhomme

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