J’avoue ma perplexité sur le ton de certains de vos articles récents

Publié le 19 février 2010 - par

Avant de vous préciser cette perplexité ressentie à la lecture de quelques contributions de ces deux deniers mois, permettez que j’évoque les raisons principales qui font que je suis un lecteur très assidu de Riposte Laïque, et qui me donnent l’envie de mieux vous faire connaître et même de militer à vos côtés. Comme pour tant d’autres lecteurs, vous représentez actuellement le meilleur outil pour lutter contre l’offensive islamiste consistant à imposer la présence religieuse musulmane sur la voie publique en attendant ultérieurement de s’imposer à nos institutions étatiques. Ce qui permettrait alors la possibilité d’un réveil pour une contre-offensive catholique. Il n’est donc pas question de se retrouver dans une trentaine d’années dans une France libanisée ou balkanisée.

Vous comprenez donc quel énorme espoir, vous représentez pour les tenants de la laïcité républicaine. Jusqu’à environ ces deux derniers mois, j’étais confiant dans l’efficacité de votre démarche, observant votre dynamisme et la qualité de vos arguments, constatant le nombre croissant de vos lecteurs et la plus grande (quoiqu’encore insuffisante) prise en considération de nos préoccupations par les media nationaux, comme en témoignent les écrits de Anne Zélensky et Annie Sugier dans le Monde et Libération.

Je ne doute pas de l’attachement de nos rédacteurs aux idéaux de la république et de la démocratie ; j’ai eu le plaisir de rencontrer à Epinal, Pierre Cassen et Hubert Sage, et ce fut un enchantement pour moi de constater que notre mouvement est entre de bonnes mains, encadré par des personnes d’une si grande valeur, d’authentiques humanistes, que l’on a donc envie de suivre et d’épauler. Pourtant la lecture récente de quelques articles, heureusement très peu nombreux, rédigés par d’autres membres ou lecteurs de RL, fait apparaître une sensibilité vindicative, qui pourrait faire douter certains de l’attachement à cet humanisme ; ce qui me conduit à m’interroger sérieusement pour savoir si RL est bien le mouvement que nous attendons.

J’ai, dans un premier temps, par discipline collective, gardé ce doute pour moi-même, espérant que ce n’était qu’un égarement passager ; mais l’édition, les semaines suivantes, d’autres articles de la même veine, et les réactions d’autres lecteurs et contributeurs d’articles, aussi dubitatifs que moi, m’ont indiqué qu’il fallait réagir avant de trop décevoir.

Il ne s’agit pas de faire une recension précise des articles qui me semblent malvenus en considération de notre lutte ; j’ai toujours eu horreur des petits policiers de la pensée. Il ne s’agit pas de désigner des rédacteurs dont les textes me paraissent maladroits ; s’ils se reconnaissent ou croient se reconnaître, qu’ils ne m’en veuillent pas, car pour moi, malgré les divergences que je vais indiquer, ils restent évidemment des camarades de lutte. Mon objectif n’est pas de les vexer, car il n’y aurait rien de pire que de créer un fossé entre nous ; la survie de notre laïcité ne sera obtenue que si nous restons unis, et que le nombre de ses défenseurs devient le plus élevé possible.

Mais malgré tout, ou plus justement, pour être demain les plus nombreux possibles, il est indispensable de relever, ce qui peut nous diviser ou nous empêcher de connaître une croissance du nombre de nos sympathisants, et par là donc nous nuire. L’histoire montre que tout mouvement de fondation récente, appelé à connaître en peu de temps un essor, se retrouve forcément confronté à une crise de croissance. Riposte Laïque n’y échappe pas. Il est normal qu’avec l’augmentation des lecteurs et des rédacteurs d’articles, les premières contradictions au sein de RL apparaissent. Apprenons à y faire face et à les surmonter, afin d’en sortir plus forts.

CENTRONS NOS REFLEXIONS AUTOUR DE LA LAICITE

Réjouissons nous d’ailleurs qu’il puisse y avoir ce débat contradictoire ; ces espaces de libre débat deviennent rares dans nos sociétés ; c’est aussi cette tribune libre que constitue RL qui séduit beaucoup d’entre nous, comme le souligne par exemple, Vincent Maunoury dans le courrier des lecteurs du n° 125 (1). Son intervention, le jour-là, visait à contester plusieurs pensées «musclées» à l’égard d’un certain usage de la langue bretonne, qui avaient été énoncées précédemment dans RL. Ce genre de pensées n’apporte strictement rien à notre cause ; la controverse qui a suivi nous en a apporté la preuve : Eozen, dont j’avais apprécié la qualité de jugement dans lors de plusieurs de ces interventions, nous a indiqué dans le courrier des lecteurs sa profonde déception, évoquant même un «gouffre» qui le sépare de RL. Quel dommage de prendre le risque de se séparer d’un tel élément.

En fait, je ne vois pas l’intérêt de ce genre d’article qui ne permet nullement à la cause de la laïcité d’avancer. Les opinions très tranchées, pour ne pas dire plus, sur une question qui, en outre, ne relève plus de l’actualité la plus importante, sont totalement improductives, puisqu’elles nous divisent. J’ai mon opinion sur la question des langues régionales, mais je me dispenserai bien de la donner dans le contexte de notre journal. Dans la même veine, nous avons pu voir s’exprimer toujours avec une véhémence répréhensible, des avis sur le pédagogisme de certains enseignants, qui n’ont pas manqué de blesser des lecteurs sensibles aux nouvelles pédagogies de ces 30 dernières années. Et boum, peut-être encore quelques militants potentiels perdus, sans compter les opinions négatives à notre égard, qu’ils ne manqueront pas de déverser. Tout ce qui est à même de nous diviser est contre-productif.

Et il en est de même pour toute une série de sujets qui ne relèvent pas directement de la laïcité, qui furent évoqués antérieurement et que je ne détaillerai pas là. Loin de moi l’idée de nous empêcher de débattre, puisque comme je vous l’ai dit, c’est justement un des attraits de Riposte Laïque. Mais évitons les avis blessants susceptibles de nous amener à une scission. Et que le débat s’effectue sur un ton calme, paisible, à l’image de la sérénité exprimée par Pierre Cassen ou Pascal Hilout lors des émissions, conférences ou auditions auxquelles ils ont participé, et que nous pouvons tous consulter grâce aux vidéos. Il me paraîtrait pourtant plus judicieux de s’en cantonner à nos réflexions sur la laïcité, ou tout au plus à des sujets de société, s’ils permettent par quelque lien, d’expliquer les atermoiements de certains pour défendre la laïcité (tiers-mondisme, culpabilisation liée à la colonisation, utopie multiculturelle …).

DE LA MESURE

La sérénité de notre argumentation doit se généraliser ; le refus de tout propos vindicatif doit devenir un souci de tout contributeur. Je ressens les mêmes émotions que beaucoup d’entre nous, face aux attaques contre nos valeurs laïques, je comprends que vous soyez scandalisés par les attaques diffamatoires dont vous êtes victimes, je perçois combien il est dur, alors que l’on est un humaniste, d’être traité de raciste par d’agressifs opposants, ou pire soupçonné de l’être par des personnes que l’on estime. D’où la difficulté peut-être pour certains de réfréner une colère impulsive. Mais si l’on s’engage à réfléchir et écrire pour Riposte Laïque, il faut savoir sublimer ses colères, ses déceptions. C’est justement l’avantage de l’écrit que de mesurer ses propos.

Aussi, quoique conscient de répliquer fermement aux attaques et calomnies de Fourest, Sifaoui et consorts, je ne pense pas que la méthode utilisée contre eux était la bonne. En effet, votre réplique fut du même acabit que leur attaque. Pour défendre nos idées, le mieux reste la solidité et la rationalité de nos arguments ; et à partir de là, l’adoption d’un ton tranquille, courtois sera même un avantage. Pensez-vous avoir convaincu de la justesse de nos idées, ce lecteur de Respublica (ou d’autres qui pensent comme lui), qui, dans le n° 124, propose de lancer un débat. La réponse de RL fut d’une trop grande sécheresse, cela même si j’en partageais la plupart des arguments. L’article de RL se clôturait ainsi : «A l’avenir, Monsieur, essayez donc de ne pas vous situer dans une posture exclusivement négative. Tout au contraire, proposez un débat ouvert qui conduirait à réunir les laïcs plutôt que de les diviser en montrant du doigt ceux qui ne pensent pas exactement comme vous.» Le problème, c’est que ce monsieur a été montré du doigt à l’image de ce que vous lui reprochez.

N’oublions pas que ces personnes qui se présentent comme nos adversaires restent tout de même des adeptes de la laïcité ; et même s’ils sont trop timorés, inhibés ou dans la confusion, ils restent attachés tout de même à la laïcité. Il s’agit donc de les convaincre et non pas de les rejeter dans leurs errements. Ne commettons pas les erreurs des démocrates allemands si divisés dans les années 30 face aux nazis.

Dans le même registre, très récemment, vous vous êtes insurgés contre l’insulte effectivement grossière faite à Riposte Laïque par Ernest Chenière. Mais, alors qu’un des plaidoyers était très pertinent, était-il utile de recourir aux mêmes procédés que lui, en le traitant d’ « idiot utile », même si effectivement il agissait comme tous ces gens que l’on assimile à juste raison à des idiots utiles. Lorsqu’on débat avec quelqu’un qu’on estime con, est-il efficace pour les besoins de notre démonstration de le traiter de con. N’oublions pas que nous sommes suivis par des lecteurs que nous devons convaincre ; il ne s’agit pas d’assouvir une petite vengeance ! Ne nous comportons pas de la même façon que nos adversaires, et ne prêtons pas le flanc à l’élaboration de critiques à notre égard, de la part, si ce n’est de nos adversaires, à plus forte raison de personnes encore indécises. Se traiter mutuellement de stalinien ne fait pas avancer le débat, mais ne sert qu’à se faire qualifier d’extrémiste excité.

Personnellement, d’importants efforts me sont nécessaires, pour que mes interlocuteurs, qui sont parfois aussi des amis, fassent l’effort d’accéder à notre site et à nos écrits ; je n’ai pas envie que tout ce temps consacré soit réduit à néant par quelques maladresses qui ne permettent pas à notre cause de progresser. Je n’ai pas envie de constater, que si ces lecteurs ont pris la peine de nous lire, et qu’ils sont donc intéressés, tout soit gâché par des excès facilement évitables. Je veux être identifié à la défense de la laïcité et pas à ce que je vous ai reproché dans cet article.

De la même façon, je ne saisis pas les récentes et récurrentes réflexions sur Marine Le Pen ; il est bien regrettable qu’effectivement, elle soit un des rares politiciens à prendre conscience du danger actuel pour la laïcité, et à l’évoquer sur la scène politique ; mais comme l’écrasante majorité l’affirme à Riposte Laïque, la solution ne viendra jamais du FN. Donc point barre sur ce parti, à moins encore une fois que vous vouliez faire fuir des lecteurs ; de façon plus générale, ne mettons pas en avant les choix politiques des uns ou des autres au sein de RL. Il sera temps plus tard de soumettre une plate-forme laïque aux différents partis politiques ; mais c’est sans doute prématuré pour cette année.

VISONS L’EFFICACITE

L’efficacité, dont vous avez toujours fait preuve dans la très grande majorité de vos textes, réside dans les articles, qui nous informent de faits précis omis par les media, qui décryptent les paroles ou agissements de certains politiciens, magistrats ou journalistes, qui argumentent rationnellement, qui nous révèlent des actes qui sont souvent effectivement indignes de notre république laïque. Révélons notre indignation, mais en gardant un ton posé. Ainsi le n° 127 atteint cette efficacité : dénonciation précise des aberrations de la Halde, atteinte à la laïcité à l’hôpital public de Créteil, présence d’islamistes sur des listes aux régionales, atteinte à la liberté de la presse avec la condamnation du Nouvel Obs, incursions islamistes en milieu universitaire, et toujours le courage de Maxime Lépante, etc. Dans le n° 125, très intéressante l’intervention de Michael Mathiez qui suggère de renforcer la loi de 1905, effectivement insuffisante.
N’oublions pas une arme que nous n’utilisons pas assez, l’humour, et qui, cependant, peut-être décisive, quand je me remémore mes lectures de Charlie Hebdo avec mes copains de l’adolescence : ainsi précieuse était l’expression ironique de Loïck dans le même n° 125.

Pour remporter ce combat culturel qui consiste à imposer une laïcité rigoureuse en France, nous nous devons d’avoir une conduite efficace, la voie nous menant à la réalisation de notre objectif étant encore très longue et accidentée. Car contrairement à ce qu’énonce l’édito de Cyrano du n° 126 (2), la colère des Français n’est pas encore prête à exploser. La colère d’un Français n’est pas encore la colère des Français. Espérant ne pas vous avoir agacé, sachant tout l’investissement dont vous faites preuve, je souhaiterais que cet article serve de point de départ à un débat au sein de Riposte Laïque. Débat d’autant plus important qu’il contribuera à ce que des lecteurs, actuels ou potentiels, adhèreront ou au contraire s’éloigneront de notre lutte.

Jean Pavée

(1) https://www.ripostelaique.com/Selection-de-quelques-reactions,3493.html

(2) «”La colère d’un Français”, tombe à pic. Tous les jours, un phénomène d’actualité alimente cette colère, que nous sentons gronder, monter, prête à exploser»

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