Je ne vois pas d’autre qualicatif à la situation intérieure que celui d’état de guerre…

Publié le 31 janvier 2011 - par
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Choc ou guerre des civilisations ? Simple et traditionnel banditisme ?

La situation à la Villeneuve de Grenoble – consécutive aux nuits d’émeutes de juillet passé, qui ont suivi les affrontements déclenchés à la suite du braquage à l’arme de guerre du casino d’Uriage et les tirs contre la police destinés à couvrir la fuite des voyous (dans lesquels un des deux braqueurs à trouvé la mort) -, détermine la police municipale à ne plus y pénétrer. Dans cette ville nouvelle, qui n’a rien d’un grand ensemble sinistré, il n’y a pas que la police municipale qui est devenue persona non grata. La population « souchienne » (comme l’appelle péjorativement les « Indigènes de la République ») doit y vivre au quotidien en subissant un pénible climat d’intimidation, pour ne pas dire plus.

Grenoble résume des tendances françaises lourdes qui viennent de trouver leur symétrique en Suède la semaine passée. Pour résumer, une petite fraction de la population se dresse contre la majorité qu’elle voue aux gémonies et mène contre elle une sorte de guérilla, cherchant délibérément à en découdre avec la police, faisant comprendre à ceux qui l’ont accueillie qu’ils ne sont plus réellement chez eux et n’y font plus la loi.

Les observateurs sérieux, pas les sociologues de salons ni les comparses par complaisance cherchant des excuses aux truands, ne peuvent que constater la corrélation entre ce divorce violent, de plus en plus violent, et l’activité militante des réseaux « religieux » pro-djihad.

J’entends déjà d’ici les objections : mais voyons, comment est-ce possible qu’éclate une guerre entre deux parties de la population, rien que pour des questions d’idées ou de croyances et de nuances épidermiques ?

C’est impossible, c’est forcer le trait des affrontements grenoblois, c’est donner une portée générale aux quatre nuits d’émeutes de Malmö qui ont fait deux cents blessés parmi les policiers…
J’entends encore mes contradicteurs : voyons l’ami, les guerres, ce sont toujours des conflits matériels. Les guerres poursuivent l’action politique par d’autres moyens, et la politique, c’est un concentré de l’économie.

Comment le pays pourrait-il s’embraser, sans un support « économique » nourrissant le conflit ?

Comment une guerre pourrait-elle avoir un support principalement « religieux » ?

Il convient de s’entendre sur le contenu du mot « religieux ».
Lorsque « la parole incréée » s’est adressée aux tribus arabes – les dernières à s’être ralliées en se soumettant – elle les a invitées à plier leurs tentes et à quitter leur désert, pour s’en aller porter le message, à la pointe de leurs sabres, aux autres sociétés humaines. En contrepartie de cet effort guerrier, en échange de ce « petit djihad », les prédicateurs armés recevront, leur dira-t-on, les dépouilles des vaincus. Et les dépouilles, cela veut dire ce que cela veut dire : les tribus engagées dans le djihadisme, en vainquant, se retrouveront à prendre la place des anciennes classes dirigeantes des territoires soumis, avec tout ce que cela comporte de sonnant, de trébuchant et de clinquant.

En d’autres termes, la parole incréée n’ignore pas l’aspiration humaine naturelle à plus d’aisance. Elle accorde à celle-ci sa place, pour stimuler la volonté de châtier l’impie. Elle montre au djihadiste qu’il y aura au bout des conquêtes réalisées par son sabre – bien mérité – le repos du guerrier, avec les vierges d’Allah, les « houris », ou avec les captives moins hypothétiques prises parmi les filles ou les épouses des vaincus.

L’histoire le montre : le triomphe de l’islam signifie un changement de maître

Il signifie la venue d’un nouveau maître, d’un nouveau possédant à la main lourde, plus lourde, beaucoup plus lourde… Les peuples subjugués, conquis et convertis, perdront leurs vieilles classes dirigeantes autochtones. Une nouvelle classe exploiteuse s’installera, gouvernant au nom du message direct et intangible de la divinité unique -dont on ne saurait rien de la nature et des buts, hormis que le prédicateur médino-mecquois serait son dernier envoyé auprès des hommes.

Ces guerres sont idéologiques, mais elles sont aussi tout à fait matérielles. Elles sont vectrices de buts tangibles, palpables, en ce sens que les résultats se traduiront partout en termes d’alourdissement de l’exploitation du travail humain favorisé par le renoncement à l’idée de progrès social produit par l’action volontaire des hommes et des femmes.

Pour les populations conquises, privées de leur liberté morale et politique mais refusant de se dissoudre dans la Oumma, la loi de la lutte des classe, prétendument chassée, revient au triple galop des coursiers et des méharis : La « djiziya », l’impôt des mécréants tolérés, payée en étant accompagnée d’un rituel humiliant, est d’abord une forme de la rente féodale face à laquelle aucune « grande charte », donnant des droits légaux, n’est possible.

Le procès Zemmour a tourné autour de certaines caractéristiques et causes du banditisme dans ce pays, banditisme faisant régner ici et là un climat qu’on ne connut dans ce pays qu’aux temps des grandes compagnies. Signaler ces caractéristiques et ces causes multifactorielles reviendrait à donner un nom à un phénomène qui devrait, obligatoirement, rester discret, absolument anonyme, sous peine d’être assimilable à un appel à la stigmatisation d’un groupe humain particulier en raison de sa religion.

Stigmatisation à cause de l’appartenance à une religion ?
Au fait, si les Thug, ces Indiens au rituel d’étrangleurs, fidèles de la déesse Kali, que les anglais traiteront par la carabine, si les Thugs avaient fait des petits et si ces petits ouvraient des temples à Londres ou à Paris, faudrait-il ne pas dénoncer leur action ? Faudrait-il les laisser libres de développer leur activité « religieuse » criminelle, pour ne pas violer la liberté de religion et ne pas « stigmatiser » ces hommes « en raison de leur religion » ??

Pour revenir à ma question, bien des signes montrent que certains secteurs de ce banditisme lourdement armé et déterminé, -jusqu’à tirer la police à l’arme de guerre, sans plus s’inquiéter que si c’était des lapins de garennes-, sont des hommes frottés et plus ou moins influencés, voire directement motivés, par cette forme du djihad que l’histoire connaît sous le nom de « rezzou ».

Il existe des rezzou d’ampleur et de durée variable. Il a existé des rezzou aux résultats plus ou moins considérables. Ainsi le rezzou soudanais, initié par le « Mahdi » au début des années quatre-vingt du 19ème siècle, a dévasté des parties considérables de l’Ethiopie ; il a notamment couté la vie à deux tiers des Juifs de ce pays.
Variables par l’ampleur et l’intensité, tous les rezzous présentent une même caractéristique morale : ils vont puiser leur légitimité dans les sources mises à leur disposition par la « parole incréée ». Ils se nourrissent en conséquence d’un sentiment de légitimité qui renforce leur détermination pour mener ces actes de guerre privée ou collective.
Ce n’est pas pour eux de la délinquance que de déposséder les impies. Ce n’est pas criminels de tuer les impies et les apostats, c’est même –croient-ils- une vertu majeure pour le « vrai croyant ».

Les rezzous ce serait fini, ou seulement bon pour le Timor oriental, le Darfour et le Nigeria ?

L’histoire passée de l’Europe ne montre nulle part ce que viennent de connaître, pendant les quatre nuits d’émeutes de la semaine passée, les rues de Malmö. Pourtant la Suède a ouvert ses bras, tout grand. Elle a même renoncé à sa nationalité. Elle a mis sur un total pied d’égalité, avec les descendants des Vikings qui ont fait le pays, -qui l’ont défriché et construit, champ par champ, maison par maison, mine de fer par mine de fer-, des populations qui bénéficient, de par leur venue, de tous les droits politiques et sociaux conquis en 120 ans d’action du mouvement ouvrier obtenant plus de justice dans le partage des richesses crées par le travail, alors que d’où ces populations viennent où dont leurs parents sont originaires règnent la misère effroyable, l’injustice et l’arbitraire à chaque instant.

La ville suédoise a vécu quatre nuits d’orgie destructrice. Elle s’est retrouvée dans un état de guerre, sans cause apparente, sans la justification habituelle donnée ici pour justifier l’injustifiable, à savoir : une « bavure policière », une manifestation anti Israël, ou un match de football perdu ou gagné …

L’histoire est entrée dans une phase non pas historique, mais hystérique. Le carburant de cette hystérie n’est pas une volonté légitime de sortir d’une condition sociale difficile, par la mise en œuvre de lois de progrès ou par l’abolition de rapports sociaux exploiteurs. Non, il s’agit de toute autre chose. L’histoire est entrée dans une phase d’hystérie se généralisant, trouvant son alimentation dans une haine inextinguible et dans un mépris sans borne pour tous ceux qui ne partagent pas certains mythes pris pour « paroles incréées » et pour vérités indiscutables.

Je ne vois pas d’autre qualificatif que celui d’état de guerre.
Pas une guerre entre Etats, pas une guerre classique entre classes sociales. Non, une guerre de classe d’un type particulier, celle d’un lumpen prolétariat haïssant le prolétariat et l’ensemble de la société, dans la mesure ou ils ne veulent pas se soumettre à ses croyances, dans la mesure ou ils veulent conserver leur libre arbitre intellectuel et politique, leurs cultures et traditions.

La haine irrationnelle et forcenée dont ce lumpen prolétariat fait preuve n’est pas déconnectée d’un intérêt lourdement et purement matériel.
Faire la guerre à l’entourage qui ne veut pas se prosterner, comme lors de la première expansion hors l’aire désertique originelle, autorise les fidèles à lancer des rezzous, des actions d’appropriation des biens des indécrottables libres penseurs…

Alon Gilad

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