Je refuse les amalgames et les anathèmes pour discréditer Fanny

Publié le 26 août 2008 - par - 202 vues
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Faut-il justifier et cautionner le stalinisme et tout son lot d’horreurs au regard des horreurs tsaristes et des Romanov en Russie puis en URSS ? Sur cette même réflexion logique, faut-il justifier et cautionner la dictature castriste au prétexte qu’elle serait moins pire que celle de Batista à Cuba ? Faut-il justifier et cautionner l’invasion colonialiste effectuée par les USA, en l’absence de tout mandat onusien, au regard de l’ignominie que représentait Saddam Hussein ? Faut-il justifier et cautionner la terreur post 1789, avec son lot de têtes coupées pour délit d’opinion, au regard de l’abominable royauté à l’œuvre dans l’ancien régime ? Faut-il justifier et cautionner la colonisation et le « génocide culturel » du peuple tibétain (mais aussi oïgour, entre autres, que l’on a trop tendance à oublier), les répressions pour délit d’opinion, les privations de liberté et le non respect des droits de l’homme en général qu’opère le gouvernement chinois depuis plus de cinquante ans au Tibet, et ailleurs, au prétexte que dans ce pays régnait une théocratie féodale parfaitement critiquable ?

Assurément non !

En effet, y-aurait-il des horreurs, des dictatures et des totalitarismes moins pires que d’autres et qui, par là même, deviendraient plus acceptables ?

Assurément non !

Une horreur reste une horreur d’où qu’elle vienne. Une dictature, qu’elle soit prolétarienne, révolutionnaire, impériale, royale, religieuse, socialiste, fasciste, nationale socialiste, reste une dictature qui doit être condamnée et combattue. Il ne doit y avoir, dans ce domaine là, aucune relativisation, sinon c’est une porte entrouverte à un début de justification de l’injustifiable. La défense des droits de l’homme et de l’éthique de l’altérité doit être universelle, c’est son essence même car « tous les Hommes naissent libres et égaux en droit ». Oui, je me définis, entre autres, comme un « droit de l’hommiste », expression employée péjorativement qui, pour moi, correspond à un compliment, à une fierté.

Rappeler que le Tibet était une théocratie féodale est une nécessité historique, se servir de cela pour ne pas critiquer la politique du gouvernement chinois est une horreur supplémentaire. Combattre les ignominies d’un régime, d’un état, d’un gouvernement, quel qu’il soit, est-il, ipso facto, assimilable au fait d’être raciste envers le peuple qui se trouve sous la botte de cet état ? Critiquer la politique du gouvernement israélien est-il nécessairement assimilable à de l’antisémitisme ? Critiquer l’Islam est-il nécessairement assimilable à du racisme ? Critiquer l’administration Bush est-il obligatoirement assimilable à un « anti-américanisme primaire » ? Critiquer la politique de Mr Sarkozy signifie-t-il être raciste anti-français (cela serait un comble et ce dernier exemple nous montre bien l’aporie dans laquelle se situe ce genre de discours).

Assurément non !

N’oublions pas que des organismes tels que la LICRA, le MRAP, les indigènes de la république (la liste n’est bien sur pas exhaustive …), utilisent exactement le même type de stratégie basée sur la stigmatisation, la culpabilisation, l’anathème et l’amalgame simpliste (au passage, notons que la culpabilisation et l’anathème sont deux notions éminemment judéo chrétienne …). C’est dans cette logique là que Fanny Truchelut a été scandaleusement accusée de racisme. Même si la justice n’a pas retenu ce chef d’accusation, ceci est assimilable au trop fameux et trop destructeur « calomniez, calomniez, il en restera toujours quelque chose ». L’assimilation de Fanny Truchelut avec les thèses xénophobes et racistes de l’extrême droite est une honte pour ces soi disant défenseurs de la république qui ne sont, en fait, que ses fossoyeurs.

C’est un peu le même principe qui est utilisé par certains dictateurs qui se servent de la démocratie pour mieux l’éradiquer, les exemples sont légions. Tout cela au nom du concept, ici bien mal compris, de tolérance. La liberté signifie-t-elle la liberté totale, certes non puisqu’elle est censée s’arrêter là où commence celle des autres. Il en est de même avec la tolérance et je reprends à mon compte une phrase que je connais bien dans d’autres lieux : « pas de tolérance avec les intolérants », là aussi à ne pas confondre avec une dimension uniquement répressive. Pas de tolérance avec les fossoyeurs de la république. Mais force est de constater que pour dialoguer et négocier il faut au moins être deux et quand, parfois, nous sommes face à des murs, nous ne sommes pas deux. En clair, la négociation et la médiation doivent toujours être tentées jusqu’au maximum mais, quand cela se produit, il faut en admettre les limites.

Le Dalaï Lama est venu en France. Nous avons toutes et tous vus les valses hésitations de l’ensemble de la classe politique. Mr Sarkozy ne le recevra pas puis, finalement le recevra peut-être, même chose pour Mr Kouchner. Le sénat le reçoit, mais dans un cagibi. Mme Royal ne jure plus que par lui, certifiant ainsi, si besoin était, l’unique dimension de marketing politique que représentait la « bravitude » sur la muraille de Chine pendant la dernière campagne présidentielle, vantant la rapidité de la justice chinoise (sic !) et ne prenant aucune position vis à vis de la question tibétaine.

Comme c’est curieux, je n’ai jamais entendu un commentateur parler du problème que tout cela posait par rapport à la laïcité. Quand même, voilà un homme, au demeurant d’apparence sympathique, qui se défini lui même comme un chef religieux, qui indique lui même ne venir en France que pour une dimension spirituelle et il est reçu au sénat et par bon nombre de politiques, certains s’indignant haut et fort que d’autres ne le reçoivent pas. D’autre part si Mr Sarkozy ne le reçoit pas ce n’est bien sur pas lié au principe de laïcité et de neutralité de l’état face aux religions, mais uniquement pour baisser culotte devant le gouvernement chinois, faisant ainsi perdre à la république la face de lune (d’autant plus que nous savons déjà qu’il recevra officiellement le pape lors de sa prochaine venue en France). La loi républicaine de 1905 serait-elle à plusieurs vitesses ? Poser la question, c’est déjà y répondre. Si l’on veut s’intéresser, politiquement, à ce qui ce passe au Tibet, il y a un parlement tibétain avec un chef de gouvernement en exil, le Dalaï Lama n’est pas un chef d’état, c’est un guide religieux. Les socialistes exercent une application à géométrie variable du principe de laïcité à la fois en critiquant Sarkoléon 1° pour ses prises de position à ce sujet mais en recevant, avec Jean Marc Ayrault dans sa mairie de Nantes, le Dalaï Lama.

Alors je m’indigne.

Oui je critique le gouvernement de Pékin, non je ne suis pas raciste anti-chinois. Oui je critique le gouvernement israélien, non je ne suis pas antisémite. Oui je critique les religions et l’Islam, non je ne suis ni islamophobe ni raciste. Oui je critique la politique sarkozyenne, oui j’aime, à priori, tous mes concitoyens.

Fanny Truchelut, je ne te connais pas (j’aimerais bien d’ailleurs), mais je sais au fond de moi que tu n’es pas raciste, oui tu as tout mon soutien face à cette décision de justice certes légale mais, à mon sens, illégitime. Tu as tout mon soutien car tu es ma sœur en humanité.

Hervé Boyer

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