Jean Ferrat : un homme à l’idéal intact qui aimait son pays, la France !

Publié le 15 mars 2010 - par - 781 vues
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Après une carrière incroyable, l’homme à la voie chaleureuse à la fraternité chantante, marquée par l’engagement, et pas n’importe lequel, résonnant dans le cœur ouvrier et populaire de la France, dans combien de foyers, de générations, poète autant qu’interprète, s’est éteint à 79 ans au couchant d’une vie plus que remplie. Il appartient à cette catégorie des monstres sacrés de l’histoire de la chanson avec Ferré et Brel, qu’on n’oubliera jamais. Quel vide immense il laisse ! Car rien aujourd’hui n’ébauche la moindre relève autant du point de vue de la portée artistique qui fut la sienne que de son indépendance d’esprit en regard du système. Né en 1930 dans les Hauts-de-Seine, Jean Tenenbaum, de son nom de naissance, avait perdu à l’âge de 11 ans, son père déporté à Auschwitz. « L’enfant est sauvé grâce à des militants communistes, ce qu’il n’oubliera jamais », a écrit LeNouvelObs.com.

Son idéal, c’était le communisme contrairement à ce que bien des commentateurs laissent entendre, en ne faisant référence qu’aux chansons telles que « Camarades » critiquant l’intervention soviétique en Tchécoslovaquie dans le contexte des événements de l’année 68 (Intervention que le PCF condamnera) où le « Bilan », prenant pour thème la crique de l’idée d’un bilan globalement positif des pays de l’Est défendue par un certain Georges Marchais. Ce n’est pas le communisme que critiquait le grand Jean Ferrat, qu’il a toujours défendu comme son idéal, mais ce que certains en ont fait et sur quoi il ne pouvait se taire. Cette liberté de parole était celle d’un homme qui, bien qu’aux côtés du parti communiste le plus souvent, n ‘y pris jamais sa carte et garda toujours une distance avec les choses qu’il savait conditionner sa libre pensée.

Beaucoup lui rendent un hommage appuyé, de Marc-Olivier Fogiel à Michel Druker, avec beaucoup d’émotion, comme l’émission d’Europe 1 de ce dimanche matin a su le faire ou encore la rediffusion de la dernière émission de « Vivement dimanche » qui lui avait été consacrée. Sur France 2 on toucha le fond au journal de treize heures de dimanche, lorsque dans le sujet qui était dédié à sa disparition, on osa expliquer que la chanson Potemkine aurait servi à dénoncer le régime soviétique alors que celle-ci ne dénonçait ni n’encensait aucun régime, mais rendait hommage aux origines intègres de la première Révolution russe de 1905. On n’enlèvera pas à Ferrat mort ce qu’il fut toujours de son vivant, un homme habité de cette spiritualité du poète chantant l’idéal d’une humanité plus belle et se gouvernant elle-même, débarrassée des égoïsmes et de l’argent-roi.

Il a été de ces voix qui ont porté les mots de l’immense poète Aragon, « Aimer à perdre la raison » ou «Que serait-je sans toi » ou encore la « Complainte de Pablo Neruda ». il nous a emmenés jusqu’aux sommets du monde, de l’émotion mais aussi de la culture, du partage de celle-ci faite à tous les hommes comme un bien universel, en militant de la cause de l’intelligence et de la liberté contre la barbarie, contre les guerres coloniales, contre l’ignominie de la faim, toujours confiant dans l’espoir des lendemains qui chantent comme dans l’humanité. Il porta le flambeau de l’égalité jusqu’au bout à travers un texte qui aura marqué l’histoire des idées par-delà celle de la chanson : « Je déclare avec Aragon, la femme est l’avenir de l’homme », qui reste un des plus merveilleux programme d’un monde humain encore en gestation.

C’était un véritable chanteur engagé, pas de ceux dont on a toujours du mal à suivre le sens des idées et des prises de positions : de son amour pour les combats du Front populaire, de ceux des usines comme le reflète à merveille « Ma môme » chanson qui marie l’idéal d’un monde meilleur et l’amour vrai, jusqu’à la dénonciation de la déportation derrière les mots de « nuit et brouillard ». Il su aussi faire la leçon à un certain Monsieur d’Ormesson, contre la guerre du Vietnam. Chez lui il y avait de la cohérence, de la vision, loin de ce que l’on nomme artiste engagé aujourd’hui, telle que la chanteuse Diam’s, qui avec sa défense du port du voile dans ses chansons invite à la division et au chacun chez soi selon sa religion ou sa culture. Ferrat lui était pour un monde meilleur pour tous, loin de l’emprise des religions qui sont toujours cet opium des peuples qui sert à les soumettre à la loi du plus fort.

La télé réalité qui domine la promotion « artistique », en ces temps où l’argent peut tout plus que jamais et où la notoriété est la valeur dominante imposée à la société, donne le « la » de la médiocrité et de l’absence de sens qui prévaut actuellement dans ce qui a cours. Et si ça marche, c’est bien en reflet d’une situation où un artiste comme Jean Ferrat en étant à ses débuts n’aurait aujourd’hui aucune chance de percer, à l’aune de la chape de plomb de la bienpensance, d’un système corrompu qui censure par élimination et tient tout !

Laissons à Jean Ferrat le mot de la fin ici, sachant que n’y a pas de point final à ce qu’il nous a laissé comme héritage aux générations futures qui auront encore à puiser, pour le moins, à sa source. Il était de ceux qui aiment la France et n’ont pas peur de le clamer, comme il l’exprima en en dépeignant comme personne ses plus beaux attributs dans sa chanson « Ma France » : « Ma France » disait-il, celle « qui a le goût du bonheur » « terre de liberté au-delà des frontières aux peuples étrangers qui donne le vertige (…) elle répond toujours du nom de Robespierre… » « Celle d’Hugo (…) des enfants de cinq ans travaillant dans les mines – celle qui construisit de ses mains vos usines- celle dont Monsieur Thiers a dit qu’on la fusille »… Pays de « Picasso (…) Eluard » « celle que je chante, à jamais celle des travailleurs » « La belle, la rebelle (…) celle de 36 à 68 chandelles »…

Que dire ? Encore et encore merci ! Ce n’est pas un au revoir, car le peuple et toi, vous ne vous quitterez jamais. Salut l‘artiste !

Guylain Chevrier

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