Jean-François Chalot, président de l’Ufal de Seine-et-Marne

Publié le 23 mars 2009 - par - 225 vues
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Riposte Laique : A une époque où Nicolas Sarkozy parle de laïcité, positive, où le Pape tient les propos que l’on sait, et où Durban 2 montre une inquiétante offensive religieuse, derrière l’islam, contre la liberté d’expression et la laïcité, comment ressens-tu l’état des forces laïques, dans notre pays ?

Jean-François Chalot : Certaines forces laïques sont « aphones » alors qu’elles détenaient une légitimité réelle, je pense particulièrement au Comité National d’Action Laïque. D’autres jettent des anathèmes. Cette division ne peut que réconforter tous les intégristes et désespérer les laïques.

Je milite pour une unité de tous les laïques sur les objectifs que nous partageons depuis des décennies:

– abrogation de toutes les lois anti laïques

– abrogation des statuts particularistes

– respect de la loi de séparation des églises et de l’Etat

– arrêt de tout subventionnement public aux écoles privées

Riposte Laïque : Tu es, depuis cinq ans maintenant, dirigeant de l’Union des Familles Laïques de Seine-et-Marne, et son président depuis trois ans. Tu te présentes comme un homme de terrain. Peux-tu nous citer, concrètement, quelques actions que vous avez mené, dans votre département, au service de la laïcité ?

Jean-François Chalot : Nous avons participé à la campagne pour l’interdiction du port des signes religieux visibles à l’école et avons soutenu l’action des habitants de Champs sur Marne qui, toutes origines confondues refusaient l’installation d’une mosquée illégale intégriste dans un quartier d’habitation de la ville.

Avec la nouvelle UFAL de Champs-sur-Marne et la population locale nous avons eu gain de cause…

Parallèlement à cette bataille, nous menons des actions de terrain comme des cours d’alphabétisation, d’illettrisme et de français langues étrangères à Vaux le Pénil .

Nous y accueillons des musulmans, des chrétiens, des athées dans le respect d’une laïcité présentée et expliquée….

Pierre Cassen et Jean-François Chalot, animant un débat « chaud » à la fête de Lutte ouvrière, en 2004, après le vote de la loi du 15 mars interdisant les signes religieux, dont le voile, à l’école.

Riposte Laïque : Au lendemain de l’assemblée générale de l’Ufal, tu as l’air de vouloir tourner une page, et t’éloigner de cette association. N’est-ce pas ajouter de la division à la division ?

Jean-François Chalot : De très nombreux militants, responsables locaux ou départementaux sont entrés à l’UFAL pour mener des actions de proximité et de masse… Peu à peu ils découvrent une direction nationale sectaire qui considère l’association comme un substitut de parti politique… Seuls les amendements ou morceaux d’amendements au rapport d’orientation acceptés par la majorité du Conseil d’administration nationale sont soumis au vote de l’assemblée générale des associations locales et la haine et les exclusives ont remplacé le débat fraternel.

Le président de l’UFAL de Strasbourg, Kebir Jbil, est la dernière victime de la maladie du complot de Teper, le vrai patron de l’Ufal, qui a osé, dans un mel expédié à ses amis de la direction, et à Caroline Fourest, l’accuser d’être complice de l’extrême-droite raciste !

Des associations ont exprimé leur rejet de telles pratiques et aujourd’hui refusent de s’épuiser dans des combats internes inutiles. Comme eux, je me suis engagé à l’UFAL, pensant y trouver une association familiale laïque de masse et non un micro appareil reprenant à son compte des méthodes qui hier ont fait tant de ravages…

J’en appelle à des rencontres à tous les niveaux entre les associations locales et départementales de l’UFAL et du CNAFAL afin de jeter les bases laïques et fraternelles de combats unitaires.

Ayant démissionné du CA national de l’UFAL, je vais consulter les adhérents de l’UFAL 77 qui est à ce jour la plus importante association départementale de ce mouvement afin que collectivement nous décidions des choix à opérer

Riposte Laïque : Tu as un passé de militant d’extrême gauche. Comment expliques-tu que cette mouvance, dans sa majorité, ne comprenne pas l’importance du combat laïque, et sa complémentarité avec le combat social ?

Jean-François Chalot : C’est une erreur que d’affirmer cela. De nombreux militants d’extrême gauche organisés ou pas lient le combat laïque et le combat social : sur trois organisations trotskistes ou issues du trotskisme, une seule a déserté le terrain du combat laïque, c’est le NPA et même en son sein une minorité a refusé la voie de l’islamo gauchisme…Je ne traiterai pas le cas d’Alternative libertaire qui n’a pas hésité à s’allier aux islamistes….

La Fédération Anarchiste, fidèle à son histoire et à son orientation n’a jamais faibli. Elle a mené et continue à mener le combat contre tous les intégrismes et ceci sans aucune réserve ni ambiguïté.

Riposte Laïque : Tu as maintenant une expérience associative des plus riches. Quel est ton regard sur le fonctionnement associatif, en 2009 ?

Jean-François Chalot : Le mouvement associatif est puissant et diversifié tout en présentant des faiblesses récurrentes : il dispose de nombreux bénévoles (et c’est à mon avis une erreur de prétendre le contraire) mais manque d’acteurs associatifs, c’est à dire de personnes faisant fonctionner l’association.

Des grandes associations se sont bureaucratisées et leur activité repose presque essentiellement sur du personnel rémunéré. Avec les baisses drastiques des subventions publiques elles se trouvent devant une alternative :

– en revenir aux fondamentaux c’est à dire à un retour sur le terrain

– ou se marchandiser en cherchant des sources de financement privés

Riposte Laïque : Tu es conseiller municipal à Vaux-le-Pénil. Cette expérience te fait-elle découvrir des données nouvelles, et change-t-elle ton regard sur l’exercice d’un mandat politique ?

Jean-François Chalot : Pour moi, un conseiller municipal ne doit pas être coupé du terrain. Je suis élu mais milite dans plusieurs associations locales ainsi qu’ activement à l’UFAL de Vaux le Pénil qui compte 350 adhérents… Comme élu j’essaye d’organiser des rencontres régulières avec les associations locales et de faire émerger des projets communs, les premiers résultats sont prometteurs et c’est passionnant

Riposte Laïque : Tu as été militant syndical dans l’Education nationale. Tu constates, comme tout le monde, la régression de l’école publique, pourtant, contrairement à quelques républicains comme Jean-Paul Brighelli, tu refuses d’en faire porter la responsabilité sur le pédagogisme. Quelle est ton explication alors ?

Jean-François Chalot : Cette opposition entre « républicains » et pédagogues est stupide. Des chercheurs et praticiens de la pédagogie moderne refusent eux aussi l’appauvrissement des programmes .

Tant qu’il s’agira d’une guerre de mots et de slogans sans rencontres et discussions sur le fond, certains s’enrichiront en éditant des livres sur l’échec de l’école et d’autres qui tiennent les leviers continueront à détruire l’école publique.

Nous avons invité Jean Paul Brighelli l’an dernier et un véritable débat a eu lieu entre cet enseignant -qui a le mérite de s’appuyer sur une véritable réflexion liant théorie et pratique- et des enseignants « freinetistes »? Ce qui a été fait à Vaux le Pénil peut avoir lieu à une autre échelle.

Riposte Laïque : Comment expliques-tu à certains de tes amis, parfois un peu sectaires, que tu peux écrire dans notre journal, tout en n’en partageant pas l’ensemble de la ligne rédactionnelle ?

Jean-François Chalot : C’est un exercice très difficile mais indispensable… Certains articles de Riposte Laïque m’irritent, j’en trouve d’autres excellents, mais je refuse les exclusives et les attaques calomniatrices dont vous faites parfois l’objet.

Il faut être capable de discuter en développant des arguments, ce que vous savez faire.

Je vais être clair : certains affirment que Riposte Laïque serait raciste! L’accusation est grave. Ou alors ces accusateurs se taisent ou alors ils prouvent ce qu’ils avancent…

Riposte Laïque n’est pas raciste et ce journal a toujours dénoncé et combattu le racisme et l’extrême droite.

Aujourd’hui certains en arrivent ainsi à banaliser le racisme et à se laisser aller au rejet systématique, démarche se substituant à celle qui consiste à argumenter sans faiblesse ni compromis dans le cadre d’un débat non faussé.

Je rappelle que, comme d’autres militants qui ont répondu aux questions posées par votre rédaction, je ne partage pas toute la ligne éditoriale de votre journal, mais je considère que vous êtes un média utile, une composante du mouvement laïque et qu’à ce titre toute exclusion à votre égard est inadmissible et inacceptable.

Propos recueillis par Pierre Cassen

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