Journée sans immigrés : une initiative qui parasite le combat de classe

Publié le 5 mars 2010 - par - 389 vues
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Un collectif « La journée sans immigrés 24 h sans nous » a lancé un appel dans ce sens le 1er mars. Voilà comment celui-ci définit sa profession de foi : Nous réaffirmons que « la Journée sans immigrés 24h sans nous » est un collectif indépendant et non partisan, constitué de citoyens qui se sont engagés à titre individuel pour dénoncer les discours stigmatisant, l’instrumentalisation de l’immigration à des fins électoralistes et plus largement pour souligner l’apport indispensable de l’immigration à notre pays. » « Ne pas travailler, ne pas consommer et porter un ruban jaune » était le mot d’ordre de cette journée, avec l’idée de montrer le poids de l’immigration dans l’économie.

En matière d’apport indispensable de l’immigration à la France, il ne s’agirait donc que d’économie ? Mais précisément, serait-on d’emblée tenté de répondre à ces petits malins, n’est-ce pas renverser le problème sans complexe que de vouloir montrer les choses ainsi, car ne serait-ce pas les immigrés qui doivent une fier chandelle à la France d’y avoir trouvé du travail et un Etat de droit qui n’existe en général pas dans les pays d’où ils viennent ? Et puis, ils ne travaillent pas gratuitement, mais perçoivent un salaire, entretiennent souvent grâce à celui-ci toute une famille ici ou au pays, parfois un village… D’autre part, ils sont souvent utilisés contre les autres travailleurs en étant sous-payés, ce qui n’est ni un cadeau pour les uns ni pour les autres. Chercher l’erreur ! On comprend très vite mieux toute l’étendue de l’ambitieux projet de ces bons samaritains : nous refaire le coup de l’immigration victime, mettre la France en accusation d’être son bourreau, et eux par voie de conséquence de se poser en sauveurs.

Les nouveaux modernes du combat pro-immigré via Facebook : rien que du vent !

On présente cette initiative avec tous les traits d’un événement de société mais totalement artificiel façon buzz. En août 2009, rapporte-on, les trois initiateurs de ce collectif se rencontraient pour lancer l’idée de cette journée sans immigrés « sur le coin d’une table » : Peggy Derder, enseignante en histoire-géographie 32 ans et deux journalistes , Nadir Dendoune et Nadia Lamarkbi, 37 et 35 ans, ils avaient en commun explique-t-on, d’être énervés par le climat ambiant, tendance xénophobe à leurs yeux, en regard du fait qu’on ait osé poser à travers la question de l’identité nationale celle de l’immigration, particulièrement en fait celle de la place de l’immigration se revendiquant de l’islam. Effectivement ! Quelle horreur !

Ces soi-disant nouveaux croisés de la lutte pour la justice, dont la modernité serait attestée par l’usage d’internet et de Facebook, sont en réalité vides de tout contenu en dehors d’une démarche identitaire qui ne surprend plus personne, mais cherche ici à se renouveler à travers de nouveaux artifices. Ces trois fondateurs de la Journée sans immigrés nous-dit-on, « ont voulu brasser large, ne pas se donner de revendications mais plutôt un objectif : se faire entendre. » Surtout pas de contenu donc, seulement une démarche identitaire. Il s’agissait pour eux de « Faire quelque chose », sans avoir d’appartenance politique ».

On nous précise bien qu’« ils ne sont encartés nulle part ».
Même la façon dont cette initiative serait née est présentée comme un scénario genre branché et génération spontanée : « Ils en ont parlé sur un coin de table (…) sur Facebook, le succès est immédiat » puis ils lancent « l’idée d’un boycott à l’américaine »… « Le but était de paralyser le pays pendant 24 heures » On retrouve ici tous les poncifs du genre.

Le modèle américain en toile de fond comme par hasard, référence à ce qu’il faudrait faire, en s’inspirant des luttes communautaires là-bas, convergeant ainsi avec tous ceux qui font campagne pour la discrimination positive. Ils oubliaient au passage comme toujours que cette société au lieu d’être pétrie de mélange comme la France, est au contraire une société fracturée en communautés prolongeant la ségrégation, avec un peuple qui ainsi divisé est incapable de faire front contre la domination libérale qui y sévit, contre a première et la plus importantes des injustices, celle liée à l’exploitation de l’homme par l’homme.

Le PS s’est empressé de soutenir cette initiative alors qu’il tente de se refaire une santé à gauche sur le thème de la régularisation des sans-papiers, la récupérant contrairement à la volonté des organisateurs de ce collectif qui n’avait sans doute pas vu que les élections régionales étaient un mois plus tard… En réalité, cette démarche identitaire de plus fait le jeu de la division du peuple dont rêvent ceux qu’ils disent vouloir combattre mais aussi celui de la récupération politicienne. Ou ils font exprès ou alors ils sont non seulement sans appartenance politique mais aussi nuls en la matière ! On ne peut pas vendre plus du vent, mais un vent dangereux qui sert les intérêts d’une mondialisation libérale propre à un monde sans frontière où exploiter sans réserve Français ou immigrés passe par les diviser.

Les organisateurs avaient prévus des rassemblements dans une douzaine de villes devant leurs mairies. Une initiative menée par un groupuscule qui n’aurait aucune répercussion si les médias ne décidaient pas de la relayer avec une bienveillance pour le moins suspecte. Pour comparaison, la dernière manifestation de retraités pour l’amélioration de leurs pensions n’a pas eu droit au millionième de cette annonce. Un véritable scandale !

Les immigrés sont des maso, ils viennent en France pour être méprisés : faux !

La France aurait à reconnaitre les immigrés comme une chance pour elle, alors qu’on les mépriserait ? Lorsqu’on sait que la France est la première destination d’asile au monde, c’est sans doute parce que notre pays est le plus mauvais élève en la matière qu’ils y viennent si nombreux ! Ces immigrés dont nous parlons trouvent en France des droits qui n’existent dans aucun de leurs pays d’origine, et pas de la faute de la France ! Des droits qui n‘existent même nulle part ailleurs.

La France est le pays au monde où ceux qui y vivent ont le plus de droits, dont les immigrés bénéficient aussi. Mieux, notre pays impose par la loi qu’un enfant arrivant sur notre sol avec sa famille sans papier soit scolarisé sans délai, que tout enfant étranger sans autorité parentale connue sur le territoire (mineur isolé) soit pris en charge par l‘aide sociale à l’enfance au moins jusqu’à ses dix-huit ans (coût de ce genre de prise en charge environ 150 euros par jour), qu’une famille immigrée ayant des enfants se trouvant à la rue soit immédiatement prise en charge au hôtel aux frais de la collectivité qu’elle ait ou non des papiers, encore mieux le fait que, les personnes d’origine immigrées bénéficient grâce au services publics à l’égalité de leur traitement sur l‘ensemble des missions qui leurs sont dévolues devant la loi en regard de toute autre personne… Des services publics où les services sociaux jouent un rôle central qui ont pour beaucoup et souvent majoritairement pour usagers des personnes d’origine immigrée qui n’hésitent pas à venir y demander leurs droits, ceux que le France leur donne sans contrepartie.

Les travailleurs immigrés représentent 11,3 % de la population active, un chiffre qui ne reflète qu’une partie de la réalité puisqu’il ne prend pas en compte ceux qui ont acquis la nationalité française récemment. 107000 personnes sont naturalisées par an aujourd’hui contre 45000 en 1995. Mais cela n’est évidement pas un argument pour les organisateurs de cette journée sans immigré prouvant que ces personnes dans notre pays travaillent et sont en général intégrées.

L’immigration victime de la France ? Des études récentes disent tout le contraire !

Une récente étude dont rend compte la revue généraliste Sciences Humaines (Les Grands Dossiers n°18 « France 2010, les grands défis » Mars-avril-mai 2010) rompt avec les clichés d’une immigration maltraitée en France, à travers le bilan de la place de la deuxième génération aujourd’hui dans la société française. Les résultats contredisent l’image stéréotypée du « jeune de banlieue » (…) On y apprend en effet que les enfants d’immigrés réussissent bien à l’école, comparativement au reste de la population.

Les auteurs de cette enquête ne constatent pas de différences entre les taux de chômage des enfants d’immigrés non-diplômés et ceux du reste de la population dans la même situation. Concernant les discriminations, « une majorité de personnes interrogées répondent qu’elles n’ont jamais eu le sentiment d’avoir été discriminées en fonction de leur origine. Une minorité déclare avoir subi des discriminations. Enfin, « la grande majorité des immigrés a le sentiment d’être, dans l’enchaînement des générations, sur le chemin de l’ascenseur social ». Une remarque qui vaut moins pour ceux d’Afrique subsaharienne plus récemment arrivés que les autres et surtout marqués pour beaucoup par l’illettrisme, ce qui constitue un frein certain non seulement à l’ascenseur social mais à l’intégration tout court.

Et on voudrait nous faire croire que la France serait un pays raciste et anti-immigrés ! Cette étude contribue à montrer avec éloquence le contraire et il était temps, pour remettre à leur place ceux qui usent de la victimisation à outrance sans vergogne dans ce domaine en nourrissant un faux sentiment d’exclusion par les discriminations qui empoisonne notre vivre ensemble et nuit à un grand rassemblement populaire des forces du peuples en faveur d’un changement de société qui intéresse Français et immigrés.

Autre aspect de l’immigration révélée par le même numéro de la revue Sciences Humaines, 23 % des détenus sont étrangers dans les prisons métropolitaines. Plus finement encore nous explique-t-on, dans « 51 % des cas, le père d’un détenu est né hors de France ». Le reflet exact du décalage entre l’angélisme des défenseurs d’une immigration sans frontières et sans contrôle et la réalité crue.

L’immigration lorsqu’elle est trop importante, comme on le constate aujourd’hui, n’est pas en mesure de s’intégrer d’autant plus dans un contexte de crise comme celui que nous connaissons. Il faut moins d’immigration pour plus d’intégration, pour que ceux qui viennent en France ne voient pas qu’un pays de droits dont il s’agirait de profiter mais une France qu’ils puissent défendre comme leur bien, pour qu’ils fassent peuples avec tous ceux qui y vivent. Et puis, encore, qu’ils s’approprient les fondamentaux du modèle social et laïque français pour qu’ils aillent le défendre dans le pays d’où ils sont venus pour internationaliser ces valeurs républicaines qui sont l’antidote au capitalisme immoral qui utilise précisément l’immigration comme cheval de Troie de la mondialisation contre tous les peuples.

« 24 h sans nous » divise la France en jouant pour l’extrême-droite, médias complices

Les organisateurs de cette journée trahissent la cause de ceux qu’ils disent vouloir défendre et se rendent responsables d’une faute historique grave. Car l’arrogance de ce collectif à travers cette nouvelle provocation contre la France, c’est du pain béni pour nourrir le racisme et l’extrême-droite à travers l’exaspération qu’elle déclenche. Le Pen n’y avait pas pensé, eux l’ont fait. Dans cette période électorale, c’est à se demander s’ils ne roulent pas pour lui !

France 3 a fait une véritable publicité dans ses journaux télévisés en faveur de ce collectif présenté en grande pompe sous les meilleurs auspices. On sait combien les médias aiment à jouer sur l’émotion et se donner le beau rôle, comment ils surfent sur les idées reçues en utilisant la corde sensible des injustices, si nécessaire en grossissant le trait quant ils ne l’inventent pas, tout en étant l’air de rien en réalité ainsi les complices zélés de l’ordre injuste qui domine en organisant l’enfumage général. L’essentiel des grands médias en ont fait comme il se doit dans le même sens propagande*:

En écoutant Melle Peggy Derder, l’une des organisatrices de ce collectif, on comprend parfaitement le ressort de cette promotion inconsidérée des médias pour ce groupuscule : « J’ai été élevée dans la valorisation de l’école, de la réussite au mérite. Un père autodidacte, une mère assistante de direction, et la foi dans l’égalité des chances. Or, tout m’indique que ça n’existe pas. Continuer à entretenir cette illusion, c’est une manière de ne pas remettre les choses en cause. » On notera qu’elle est tout de même enseignante en histoire géographie, pas mal en regard de la réussite sociale dont elle met en cause le système et ce sur quoi il se fonde, le pays auquel elle le doit, le sien. On comprend bien pourquoi ce collectif est ainsi porté, tant il est en phase avec une société qui renonce à travers son personnel politique au combat pour l’égalité, les médias étant le miroir de cette tendance lourde de la façon de gouverner, qu’elle soit de droite ou de gauche.

Ce collectif est comme un symptôme de la dépolitisation de notre société. Les libéraux, du PS à l’UMP en passant par Europe écologie entendent diffuser le sentiment que les choses seraient jouées d’avance, qu’il faudrait renoncer à l’égalité et qu’on ne pourrait plus choisir qu’entre des gestionnaires, le seul combat possible se réduisant à celui en faveur des minorités de toutes sortes. Cette situation mène tout droit au désenchantement de la politique et par là à la montée des extrêmes, telle une bombe à retardement contre la démocratie.
Cette façon de voir les choses est un piège mortel pour les immigrés eux-mêmes. Car renoncer au combat pour l’égalité, c’est rompre d’emblée avec l’idée de nation et de peuple, avec la fraternité, c’est inviter à faire sécession contre les autres en tournant le dos au combat pour l’amélioration du sort de tous qui seul peut apporter le véritable espoir.

Une grossière manipulation qui fait un flop dans une France dont on peut être fier

Cette grossière manipulation qui avait pour but une fois de plus de culpabiliser la France en faisant passer l’immigration pour sa victime a fait un flop magistral ! Il n’y a pas eu de grève des immigrés. Mais ce qu’il y a de grave dans cette démarche c’est d’avoir ainsi stigmatisé les immigrés en parlant en leur nom sans jamais leur avoir donné la parole, pris ainsi en otage. Ces bons samaritains derrière l’usurpation de la parole de ceux qu’ils s’autoproclament de représenter, se révèlent à l’expérience des promoteurs du racisme et de la justification d’auto-exclusions, de mises à part.

Il faut que ces valeurs humanistes – Liberté-Egalité-Fraternité – qui fondent l’identité de la nation, soient profondément ancrées dans le peuple et sa République pour qu’on résiste si bien à la tentation du racisme face à tant de provocations, d’arrogance et de démesure. On peut être décidément fier de ce pays qui est le nôtre, la France.
Au contraire de cette initiative qui renforce la communautarisation des immigrés de France, il faut tout faire pour accroitre chez eux le sentiment d’appartenance à ce beau pays. C’est ainsi qu’ils feront peuple avec les autres membres de la société pour participer à défendre les biens sociaux qui marquent la personnalité de cette endroit à l’histoire et à l’identité si particulière, qui est leur terre d’accueil.

* : Le journal « L’Humanité » qui s’est fait l’écho favorable de ce collectif a publié sur son site quelques réactions intelligentes et savoureuses en regard d’un PCF englué dans ses contradictions :
Posté le mardi 2 mars 2010 par Rémi, de Provence
« 24HEURES SANS NOUS » Hé bien, ce 1er mars qui devait être « une journée sans nous  » ? Un fiasco prévisible ! Il serait peut-être souhaitable que certains cessent de proposer et de faire n’importe quoi ? Pourquoi ne pas reprendre le vrai combat de classe sur l’immigration ? Pour un patron ou une entreprise capitaliste, le but est d’exploiter le travail humain. Que ce travail soit effectué par un homme blanc, jaune, noir, basané ou pas, peu lui importe pourvu que le profit soit au bout ! Alors pourquoi faudrait-il que les exploités eux-mêmes, par racisme ou par xénophobie, se divisent et s’opposent entre eux en oubliant le combat commun contre leur exploiteur ?

Posté le lundi 1er mars 2010 par Giorgio, immigré italien salarié retraité
« 24HEURES SANS NOUS » Et un » collectif de citoyens » de plus ! Pourquoi pas au point où nous en sommes ? puisqu’il n’y a plus de partis vraiment capables d’organiser les luttes politiques et de les fédérer ! Seulement encore faut-il choisir le bon combat et la bonne initiative ! Or appeler les immigrés à observer une « journée sans travail » pour montrer qu’ils sont indispensables à l’activité économique est une fumisterie. (…) Pour eux comme pour les autres, ce n’est pas une « journée sans travail » mais bien de nombreuses journées sans travail qui leur est imposée par la crise capitaliste. Et puis qu’est-ce que c’est que cette manie – importée des USA – de parasiter l’indispensable combat de classe : travailler à unir tous les exploités – quel que soit leur origine et leur culture -contre leur exploiteur commun, avec des initiatives qui divisent : les immigrés et les autres et qui entretiennent le communautarisme ?

Guylain Chevrier

historien.

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