L’Europe libérale est un marché de dupes

Publié le 26 mai 2009 - par
Share

Les élections européennes approchent et les citoyens de base s’interrogent et ils ont bien raison.
En effet, le parlement européen doit être renouvelé le 7 juin 2009 et cette élection risque de rencontrer une nouvelle fois un faible taux de participation des électeurs.

Un sondage effectué en avril 2009 à la demande du parlement européen faisait ressortir un taux de participation de 34% des électeurs.
L’Europe qui devait être un grand dessein est devenue exclusivement un marché pour les capitaux et les nantis de ce bas monde.
Rien n’a été fait pour protéger les salariés des errements du capitalisme. Bien au contraire, nos élites bien pensantes ont édifié un monstre bureaucratique dont les méfaits se sont vite fait sentir dans notre vie quotidienne.

Des textes de loi de déréglementation ont été promulgués dans tous les domaines tels que dans le transport, l’énergie, les communications, la santé, les services publiques etc…
Les libéraux et les sociaux démocrates ont participé à cette déréglementation et ont privilégié le libre échange et la concurrence sauvage.

La crise financière mondiale que nous traversons a révélé au grand jour, l’inefficacité de cette Europe libérale pour endiguer les effets dévastateurs que celle-ci a occasionnés sur l’économie réelle.
Les protections sociales ont été remises en cause et les salariés se sont retrouvés démunis, face à ce rouleau compresseur libéral.

L’Europe que nous subissons est une Europe à géométrie variable (des fiscalités différentes, des droits sociaux divers, des politiques économiques divergentes). Tout cela conduit à un dumping fiscal et social orchestré par les grandes puissances financières pour diviser encore plus les salariés de la zone euro.

Toutes les lois votées au sein des parlements nationaux sont à 80% la transcription de directives européennes qui donnent le sentiment que les nations n’ont plus en main leur propre destinée.
Pour que cette Europe puisse être acceptée, il aurait fallu que parallèlement se construise une Europe sociale, indispensable pour corriger les injustices de l’économie de marché, dont le but ultime est la recherche absolue du profit qui se fait la plupart du temps au détriment des intérêts des citoyens de base.

Les partis politiques ont leur part de responsabilité dans ce désintérêt de l’Europe par leurs concitoyens.
Ceux-ci ne se sentent pas concernés par la construction européenne et n’en voient pas l’utilité de façon générale et notamment face à la crise mondiale actuelle.

Les délocalisations des emplois ont été encouragées par les libéraux et les sociaux démocrates, et découlent directement de la mondialisation des marchés, sans contrôle des Etats pour protéger leurs concitoyens des concurrences déloyales entre pays.

A l’OMC, le directeur général actuel est un social démocrate Pascal LAMY, et la libération totale des échanges commerciaux, ne semble pas avoir empêche la crise financière mondiale.
Bien au contraire, celle-ci semble l’avoir aggravée, du fait que les pays n’ont plus aucune protection douanière leur permettant de corriger les imperfections du marché import /export.

Les difficultés économiques nationales ont bien été souvent attribuées par les gouvernements locaux aux directives européennes, argument facile pour éviter d’avoir à rendre des comptes devant leurs concitoyens des échecs de leur propre politique nationale.
Bien souvent, les politiques nationales mises en place ne répondent nullement aux aspirations des citoyens, lesquels réclament légitimement un travail, un salaire décent pour faire vivre leurs familles respectives.
Des décisions ont été entérinées par les chefs d’Etat de l’Union et de la Commission Européenne sans que les peuples n’aient été réellement consultés.

Je pense notamment à l’élargissement de l’Union européenne aux pays de l’est (anciens satellites de l’URSS) qui a fait passer la Communauté européenne de 15 pays à 27 pays.
Par ailleurs, le mode de consultation des citoyens européens pour l’adoption des traités n’est pas le même dans chaque pays.
Certains pays utilisent la voie parlementaire et d’autres pays préfèrent consulter leurs mandants par la voie référendaire.

Les citoyens de l’UE n’ayant pas les mêmes modes de consultation, cela ne peut que conduire à l’affaiblissement démocratique et politique au sens noble du terme de la cohésion européenne.
Les chefs d’Etat se devraient de respecter les choix de leurs mandats, s’ils veulent convaincre du bienfondé de la construction européenne. Dans les faits, cela ne se passe pas toujours de cette façon.
Il suffit de se rappeler du NON de la France au traité constitutionnel de 2005, qui n’a pas été respecté par Nicolas Sarkozy, lorsqu’il a décidé, dès son arrivée au pouvoir, de faire passer par la voix parlementaire, un nouveau traité simplifié, appelé traité de Lisbonne.

Cette décision a été jugée comme un déni de démocratie et a desservi les partisans de l’Europe au lieu de les renforcer face à leurs opposants.
Par cette décision, Nicolas Sarkozy n’a pas respecté le choix sans appel des Français, qui avaient décidé en toute connaissance de cause de rejeter ce traité jugé trop libéral à leur gout.
L’Europe ne pourra pas se construire contre la volonté des peuples, surtout si l’on ne respecte pas le verdict populaire.
Comment voulez vous que nous ayons confiance en nos politiques quand ceux-ci font fi des choix exprimés par leurs mandants ?
Un nombre croissants d’européens ont le sentiment que lors du passage à la monnaie unique le 1 janvier 2002 le coût de la vie a considérablement augmenté, sans qu’il y ait eu un réajustement des salaires pour y faire face.

Les citoyens européens se désintéresseront de l’Europe tant qu’ils auront le sentiment que celle-ci ne les protège pas et que leurs droits sociaux sont menacés par les bureaucrates de Bruxelles.
En France, le débat ne passionne pas les électeurs puisque les grands partis UMP, PS et Modem soutiennent l’Europe du libre échange, qui est en partie responsable de la crise actuelle, et ne veulent pas entendre de protectionnisme pour défendre les salariés.

Les autres partis de Gauche (NPA- Front de Gauche etc…) qui étaient partisans du NON au traité constitutionnel en 2005 sont bien trop divisés pour représenter une alternative à cette Europe libérale.
Tout cela n’encourage guère les électeurs à se déplacer en grand nombre pour voter à cette élection.
Avant que les électeurs n’aient voté, des tractations ont été engagées entre les courants politiques existants au sein de l’Europe pour le renouvellement ou non du très libéral Mr José Manuel Barroso, actuel Président de la Commission Européenne.

Ceci prouve que les jeux semblent faits d’avance et que les libéraux et sociaux démocrates continueront à ne pas tenir compte une fois de plus du résultat du scrutin.

DANS QUEL CONTEXTE ECONOMIQUE LE PARLEMENT EUROPEEN VA –T-IL ETRE RENOUVELE ?

L’Union Européenne traverse sa plus grave récession depuis la seconde guerre mondiale. L’emploi et les déficits publics touchent fortement les pays de l’union.
L’économie européenne devrait se contracter de 4¨% en 2009, après avoir augmenté de 0,8% en 2008.
Rien ne permet de penser que la croissance devrait repartir dans le courant de l’année 2010.

L’emploi devrait reculer cette année d’environ 2,5% dans la zone EURO et à nouveau de 1,5 % en 2010.

Au total l’EU pourrait enregistrer sur la période 2009/2010 environ 8,5 millions de pertes d’emploi.
Les finances publiques des Etats de l’EU devraient être fortement touchées. Les déficits budgétaires nationaux devraient plus que doubler cette année, passant de 2,5% du PIB en 2008, à 6%, voire plus en 2010 (7,25%).

Ces prévisions pessimistes résultent de la baisse des recettes fiscales et de l’augmentation des dépenses publiques pour stimuler la relance.
La grave crise financière mondiale rends plus difficile des perspectives de reprise de l’économie européenne. Nous ne connaissons pas à ce jour les effets secondaires de la crise financière sur l’économie réelle.
Dans ce contexte des plus critiques pour les politiques, nous ne savons pas comment le corps social va réagir à cette aggravation de la situation économique des pays de l’EU.

Tous les secteurs économiques de L’EU ont été durement frappés par la crise financière mondiale, qui ne facilite pas l’adhésion des salariés au système libéral qui prévaut dans la zone euro.
Le secteur de l’automobile a connu une baisse de son activité sans précédent occasionnant l’arrêt de la production et la mise en chômage technique des salariés de cette industrie et par effet de domino des équipementiers et des sous-traitants.
Les secteurs de la Chimie et de la sidérurgie, fournisseurs des constructeurs ont été mis à mal et ont dû réduire leur production pour s’adapter à la baisse de la demande, entrainant des réductions d’effectifs.

Pour exemple, le géant allemand de la Chimie Rhodia a annoncé l’arrêt momentané de ses 80 usines, qui touchent 20 000 salariés. Le français Rhodia envisage de réduire de 40% sa production sur ses trois sites français.
Les groupes sidérurgiques devraient connaître des résultats en baisse de 43% en 2009, d’après les prévisions de la Banque américaine JP Morgan.

Un sondage récent a été effectué concernant les principales préoccupations des européens face à la crise actuelle dont voici ci-dessous le résultat :

Le secteur de l’immobilier a connu aussi une baisse très importante de son activité, dû essentiellement aux difficultés rencontrées par les acquéreurs potentiels des biens sur le marché.
Ces acquéreurs n’ont pas trouvé le financement nécessaire provoqué par le resserrement du crédit distribué par les établissements bancaires frappés de plein fouet par la dépréciation de leurs actifs et de l’augmentation inquiétante de leurs provisions pour couvrir leurs risques actuels.

Les pays les plus touchés par cette crise de l’immobilier sont l’Angleterre et l’Espagne. La France et l’Allemagne sont également impactées par la crise du crédit, qui touchent notamment les crédits relais, permettant à un propriétaire d’acheter un autre bien dans l’attente de la revente de son bien actuel.
Le chômage augmentant, de plus en plus, les familles se trouvent dans l’incapacité de faire face à leurs engagements et ne peuvent plus consommer pour assurer le minimum vital pour vivre.

Toutes les couches sociales sont directement confrontées à la crise économique et financière, ce qui ne permet pas de croire à une reprise prochaine de la croissance qui passe nécessairement par la confiance.
C’est donc dans ce contexte de sinistrose que les citoyens de l’EU vont devoir élire au scrutin proportionnel leurs 785 députés au parlement européen. Ces députés représenteront 492 millions d’électeurs de 27 pays.

Les citoyens ne s’intéresseront pas à l’Europe tant qu’ils auront l’impression que celle-ci ne s’intéresse pas vraiment à leur devenir.
Si la construction européenne a permis de préserver la paix dans cette partie du Monde depuis 1945, le système économique qui y prévaut n’a pas permis à tous les citoyens européens d’y trouver leur place.
Le système inégalitaire dans lequel nous vivons doit être profondément corrigé, si nous ne voulons pas que le fossé entre les élites et le citoyen de base continue à se creuser à l’intérieur de l’Europe.
Tant que les citoyens entendront les mots déréglementation, libéralisation des marchés, restructuration, délocalisation, concurrence accrue, emplois précaires, licenciements, démantèlement des services publics, l’Union Européenne ne restera qu’une chimère.

Fabrice Letailleur

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.