L’Union européenne organise des messes catholiques, Devedjian finance les églises !

Publié le 20 avril 2010 - par - 203 vues
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Aucun « grand média » n’a parlé de deux faits qui, apparemment, n’ont pas de relation entre eux, mais qui, en fait, en ont beaucoup.

Non, les atteintes au principe de laïcité ne concernent pas que l’islam et nous allons le démontrer par l’exposé de ces deux faits qui sont passés quasiment inaperçus.

Pour commencer, souvenons nous de la volonté farouche de Valéry Giscard d’Estaing, avec d’autres, d’inscrire, dès le début de la constitution européenne, la primauté des « valeurs chrétiennes » en Europe. Si cela n’a pas été formellement fait et inscrit, cela s’applique pourtant dans la réalité de la vie quotidienne du Parlement Européen. C’est Jean Luc Mélenchon (vice président de la « plateforme du parlement européen pour la laïcité »), avec d’autres qui ont officiellement dénoncé une pratique inacceptable, en écrivant une lettre au président, le 5 mars dernier.

Quelle est la raison de l’ire de ces députés ? C’est assez simple et intolérable à la fois. Des offices religieux sont célébrés au sein du Parlement Européen (constat datant du 3 mars dernier) et les députés européens ont reçu une invitation officielle à « une sainte messe catholique » se déroulant bien dans l’enceinte du Parlement, chaque mercredi dans une « salle de méditation » où trône un crucifix.
La réaction de la « plateforme du parlement européen pour la laïcité en politique » ne s’est pas faite attendre. Elle a pris la forme d’un clair et bref courrier adressé à Mr Buzek, Président du Parlement Européen.

Cette lettre n’étant pas très longue, en voici son contenu intégral.
« Bruxelles le 5 mars 2010. Monsieur le Président. Le Parlement Européen est une institution européenne et à ce titre représente tous les citoyens européens quelle que soit leur religion, conviction ou philosophie. Or, nous avons pu constater ce mercredi 3 mars 2010 que la « salle de méditation » du Parlement Européen était utilisée chaque mercredi afin d’y célébrer une « sainte messe catholique ». La présence d’un crucifix sur le mur de la salle contredit le caractère « neutre » de ce lieu. Depuis quand les locaux du Parlement Européen sont-ils mis à disposition de religions pour y célébrer leurs offices ? Le bureau du Parlement Européen autorise-t-il ces célébrations religieuses ? Le Parlement Européen finance-t-il les documents traduits en plusieurs langues qui sont mis à disposition lors de ces cérémonies ? Comment la présidence compte-t-elle garantir la laïcité dans le fonctionnement du Parlement dans l’usage des locaux dans l’enceinte du Parlement ? Nous vous prions d’agréer, Monsieur le Président, l’expression de nos sincères salutations. »

Même si, malheureusement, nous pouvons l’anticiper de manière négative, nous attendons avec grande impatience la réponse à cette lettre.

Savez vous comment Patrick Devedjian utilise une partie de l’argent public dont il a la charge ? C’est le journal Siné Hebdo n° 82 du mercredi 31 mars 2010 qui nous l’apprend dans un article d’Emmanuelle Veil. Au passage, nous ne pouvons que déplorer la disparition prochaine et annoncée de ce journal irrévérencieux et politiquement plus qu’incorrect. D’autre part, le dessin de couverture de ce n° 82, effectué par Siné lui-même et Carali, est un petit bijou du nécessaire et indispensable droit au blasphème pour toutes religions. Ici, il s’agit d’un dessin, délicieusement sacrilège illustrant magistralement le scandale de « l’église pédophile », à consommer sans modération.

Patrick Devedjian, donc, est l’actuel ministre de la relance. Il a été nommé en 2008 par Nicolas Sarkozy pour « accompagner la sortie de crise ». Et, pour ce faire, son ministère a été doté d’une enveloppe de 33 milliards d’euros d’argent public. Nous nous apercevons, en lisant cet article, que nos critiques, justifiées, des financements indirects de constructions de mosquées apparaissent comme presque dérisoires. En effet, Emmanuelle Veil nous apprend que ce ne sont pas moins de 110 projets de financement concernant la réfection de lieux de culte catholiques qui sont prévus dans cette relance que l’auteure qualifie de « très catholique ».

Le coût de cette « opération cultuelle identitaire » représente la somme de 47,5 millions d’euros. Et, cerise sur le gâteau, l’argumentation du ministre est édifiante quant à la prise en compte du principe de laïcité : « Je ne veux en rien porter atteinte à la laïcité de l’Etat (ce qui va suivre est une véritable contradiction), mais quand on voit ce long chapelet (si, si, il a osé) d’églises et de cathédrales, quand on connaît l’histoire de la France et les rapports entre l’église et le roi de France (qu’est-ce que la roi de France vient faire là dedans ? Où alors, il parle bien de Sarkozy, confirmant ainsi si besoin était que nous sommes bien dans une espèce de monarchie constitutionnelle qui ne veut pas dire son nom), c’est notre devoir d’entretenir ce patrimoine, c’est aussi une affaire d’identité, de sens, de respect de notre culture ». Nous voyons bien que ces deux évènements sont intimement liés. Effectivement, pour ces gens là l’identité et la culture nationale et européenne se limite à la religion catholique. Réduire l’histoire de France à la royauté est une malhonnêteté intellectuelle et il conviendrait de rappeler à ces gens là qu’à partir d’une certaine date il y a eu l’abolition des privilèges, aussi bien de la noblesse que du clergé, une révolution, l’avènement de l’idée républicaine et de la notion de citoyenneté.

Mais que pouvons nous attendre de « ces gens là » ? Car, comme le chantait si bien Jacques Brel dans sa chanson portant ce même titre : « Faut vous dire Monsieur que chez ces gens là on ne pense pas Monsieur, on ne pense pas, on prie » …

N’hésitons pas sur la qualification de cette « relance catholique », il s’agit bel et bien d’un scandale républicain au même titre que les trop fameux « accommodements raisonnables » vis-à-vis de l’islam. Une des questions qui peut et qui doit se poser ici est : comment un ministre de la République, soutenu par tout un gouvernement ainsi que par le Président (ou par le roi devrait-on dire, car si l’on en croit Devedjian, on ne sait plus exactement) peut-il à ce point contrevenir à la loi de 1905 ? Loi dont il n’est pas inutile de rappeler le début de l’article 2 qui est pourtant bien clair : « la République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte ». Comment cela est-il possible sans qu’aucun contre pouvoir digne de ce nom, si tant est qu’il en existe encore dans ce pays, ne s’élève contre cette ignominie ? Même le contre pouvoir qu’est censé représenter la presse ne dis rien, ou si peu, là-dessus. Il faut que cela soit Siné Hebdo qui en parle, ce qui rend sa future disparition encore plus alarmante.

Encore une fois, ces deux faits sans lien apparent, sont finalement très liés. Car que cela soit au niveau européen ou au niveau national il ne peut y avoir une prise en compte de la laïcité à plusieurs vitesses. Ce que nous exigeons pour les uns, nous devons l’exiger pour les autres, pour tous les autres. Pouvons nous nous satisfaire et supporter que le Parlement Européen se transforme en un lieu de culte et que 47,5 millions d’euros d’argent public, donc d’une partie de nos impôts, servent à financer des lieux de culte catholiques ? La réponse, pour toute personne se qualifiant de laïque, est NON.

Hervé BOYER

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