L’affaire Thilo Sarrazin ou la mise au pas des élites européennes

Publié le 20 septembre 2010 - par
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Ainsi Thilo Sarrazin a été cloué au pilori de la bien-pensance européenne ; nos inquisiteurs contemporains bienséants, si prompts à dénoncer des stigmatisations partout autour d’eux, quoique parfois imaginaires, ne se sont pas gênés pour lui infliger des stigmates bien visibles ceux-là, puisque perçus aux quatre coins de l’Europe.

Les deux coups portés destinés à le blesser, consistent, pour le premier à lui infliger la flétrissure moderne de l’étiquette de raciste. On peut penser le politicien social-démocrate allemand, suffisamment préparé psychologiquement et intellectuellement à endosser cette insulte, mais l’objectif recherché par cet étiquetage consiste à l’empêcher d’avoir accès aux médias, et à faire le vide autour de lui, aboutissant ainsi à un ostracisme social à son égard. Cet objectif est déjà illustré par le responsable du SPD, Sigmar Gabriel, voulant se débarrasser du provocateur qui brouille le message du parti de gauche sur l’intégration. Quoique dans l’attente d’une procédure qui pourrait aboutir à son éviction du parti SPD, Sarrazin reste cependant en sursis, puisqu’un flot de messages de soutien en sa faveur, de la part de militants, a été reçu au siège du parti.

Le deuxième coup vise à mettre un coup d’arrêt à sa carrière et ses ambitions professionnelles (1). Membre du directoire de la Bundesbank, ce directoire s’est prononcé à l’unanimité pour son éviction, avec l’approbation de l’ensemble de la classe politique allemande. Finalement, Thilo Sarrazin a demandé à être déchargé de ses fonctions à la fin septembre.

Corrélativement, Sarrazin est victime de menaces et se trouve sous protection policière, comme cela devient de plus en plus la règle, quand des personnes voulant s’opposer à une avancée musulmane commencent à attirer un auditoire de plus en plus attentif.
Rappelons ce qui est à l’origine de cette tempête médiatique en Allemagne. Thilo Sarrazin vient de publier un livre « l’Allemagne court à sa perte », dans lequel il exprime des doutes quant à la volonté et à la capacité d’intégration des musulmans. Morceaux choisis par nos médias : « Je ne veux pas que mes petits-enfants et arrière-petits-enfants vivent dans un pays à majorité musulmane où le turc et l’arabe seraient largement répandus, où les femmes porteraient des foulards de tête, où les journées seraient rythmées par l’appel du muezzin. » « Si j’ai envie d’entendre la prière du muezzin, je vais en Orient. » « les immigrants musulmans n’ont contribué en rien à la prospérité de l’Allemagne », « le taux élevé de fertilité de la communauté musulmane a réduit le QI général du pays », ou encore « les immigrants musulmans préfèrent toucher les allocations chômage plutôt que de travailler. »

Derrière la volonté de condamner des propos outranciers effectivement soupçonnables de racisme, ne fût-ce que par un usage généralisant de l’article «les», concernant les immigrants musulmans, les mettant ainsi tous dans le même sac, ou par la tonalité méprisante des propos à leur égard, ne se cache-t-il pas une occasion rêvée de mettre au pas tout leader d’opinion prêt à enfreindre le code du discours politiquement correct en vigueur ?

Car en mettant en action les vuvuzelas de la dénonciation d’un racisme du personnage, on passe sous silence les inquiétudes de très nombreux Allemands ou Européens, quant à l’avenir de l’Europe face à une immigration extra-européenne qui ne semble pas prête à s’arrêter si l’on en juge les desiderata de nos acteurs médiatiques et les prévisions des technocrates de l’UE ou de l’ONU. D’ailleurs, les Allemands ne s’y trompent pas puisqu’un sondage de la chaîne d’information continue N-TV a révélé que ses téléspectateurs approuvent Sarrazin à 96 % ; d’autres sondages corroborent ce chiffre écrasant.

L’interrogation identitaire soulevée par l’ouvrage de Thilo Sarrazin coïncide en fait avec les interrogations d’un nombre de plus en plus important d’Européens. Que sera être allemand dans 30 ans ? Que sera être Français dans cet avenir pas si lointain ? Et surtout sera-ce vivre dans une société au moins autant démocratique que celles d’aujourd’hui ? Face à cela, circulez, il n’y a rien à réfléchir, proclament nos élites politiques, économiques, culturelles, médiatiques. On nous distrait avec l’aspect raciste des propos, ce qui empêche de lancer le débat ; de la même façon que l’on a balayé le débat sur l’identité nationale en France ; on avait alors monté en épingle quelques propos racistes inévitables sur une centaine de milliers d’intervenants, pour disqualifier l’ensemble de la réflexion sur l’identité française aujourd’hui.

Si «l’Allemagne court à sa perte» s’arrache, c’est qu’il correspond bien à une attente des gens ; est-ce en le licenciant, en l’étouffant qu’on répond aux interrogations des gens ? Bien évidemment non. Pourtant il faudra poser tôt ou tard ce débat ! Veut-on vivre dans 20 ou 30 ans dans une société balkanisée, libanisée ou souhaite-t-on un réel vivre ensemble ? Si se poursuit cette tendance à l’amplification du communautarisme, comme on peut le constater en Europe depuis 20 ans, nous échouerons vers la tribalisation, et il en sera fini de la laïcité sur l’ensemble du territoire de la République. Chaque enclave appliquera ses prérogatives propres, à l’image de ce qui se passait avec les 51 places de sûreté des protestants français, suite à l’édit de Nantes en 1598.

Manifestement, nos hauts responsables, soit aveugles, soit irresponsables ne veulent pas poser ce débat. En disqualifiant Thilo Sarrazin, ils lancent même un message à tout membre de l’élite, de quelque domaine qu’elle soit. Si jamais vous êtes tenté d’émettre des doutes sur le bien fondé de la religion musulmane, de la politique migratoire européenne, nous vous désavouerons publiquement et vous diaboliserons, nous ferons en sorte que vous perdiez votre audience, vos responsabilités et tous les avantages afférents.

Une nouvelle forme de loi du silence ! Elle se justifie d’autant plus selon ses applicateurs qu’une partie, peu nombreuse certes, mais réelle de l’élite, s’interroge également. Il faut donc anticiper toute révélation éventuelle de ses doutes, par la technique de musellement employée contre Sarrazin.

Jean Pavée

(1) http://www.lefigaro.fr/international/2010/08/29/01003-20100829ARTFIG00224-un-dirigeant-de-la-bundesbank-cree-le-scandale-en-allemagne.php

http://www.lefigaro.fr/international/2010/09/02/01003-20100902ARTFIG00731-la-bundesbank-se-separe-de-sarrazin-pamphletaire-raciste.php

http://tempsreel.nouvelobs.com/actualite/monde/20100910.REU8817/le-depart-de-thilo-sarrazin-soulage-les-politiques-allemands.html

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