L’affaire du Gîte des Vosges, révélatrice des enjeux cruciaux de la laïcité

Publié le 17 octobre 2007 - par
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Un camarade d’une association laïque me faisait la remarque suivante, concernant la condamnation de Fanny Truchelut pour avoir refusé l’accès aux parties communes à deux jeunes filles musulmanes hébergées dans son gîte parce qu’elles ne voulaient pas y retirer leurs voiles, pressentis comme pouvant gêner les autres personnes accueillies : « Fanny est une victime de notre hypocrisie sociale et de nos contradictions non résolues. »

Prise de conscience et nouvelle étape dans le combat laïque

Cette phrase résume à elle seule tout le problème posé à la société française aujourd’hui vis-à-vis d’un islam faisant retour de plus en plus à la tradition contre la modernité. Le relativisme du droit semble prévaloir lorsqu’il s’applique à ceux qui, au nom d’une religion ou d’une origine, entendent pouvoir remettre en cause ce qui est pour nous dans l’ordre des libertés et des droits fondamentaux qui sont dus à tout individu, à toute femme, que l’islam contredit à travers le retour à la tradition qu’il prône et dont le voile est le signe d’affirmation publique.

C’est une sorte de discrimination négative qui joue particulièrement contre les femmes, au nom du respect des convictions religieuses qui amène à ce que soit tolérés un phénomène comme la burka, cette abjection, qui n’aurait jamais pu voir le jour sans une banalisation du port du voile et une généralisation de celui-ci. Je ne sais s’il faudra en arriver à se poser la question d’interdire les signes religieux dans la rue demain, face à un islam de plus en plus agressif vis-à-vis de nos libertés, mais ce qui est sûr, c’est qu’aujourd’hui on doit y interdire par la loi le port de la burka et du voile total parce que dégradant pour la personne humaine, ce qui déjà mettrait en recul le communautarisme, l’ébranlerait alors qu’il pavoise en favorisant ces phénomènes intolérables, à l’abri du droit à la différence.

Ceux qui défendent autre chose ont perdu de mon point de vue tout sens des libertés et de ce qu’il en a coûté à bien des hommes éclairés, des citoyens avertis, des révolutionnaires, pour en arriver à la société imparfaite, mais qui est encore le meilleur des modèles, qui est la nôtre.

Ne soyons pas naïfs, ce qui se passe avec l’affaire du gîte des Vosges est l’aspérité qui doit nous faire prendre conscience qu’un nouveau combat émancipateur est à l’ordre du jour, à mener contre l’obscurantisme religieux entendant s’imposer à tous, dont le voile est le porte drapeau incontestable. Pas plus qu’hier avec la religion catholique, il n’y a à attendre autre chose qu’un combat sans merci, non d’abord contre la religion en tant que telle, mais contre son affirmation comme instrument de gouvernement des hommes au nom de dieu contre les libertés que nous avons conquises et la démocratie.

L’application stricte de la loi devrait prévenir précisément contre ce genre de phénomène, mais son interprétation actuelle méprise aujourd’hui ceux qui, en raison de leur courage, reçoivent les coups durs des anti-humanistes que sont les communautaristes pro-islamiques. Ce qui se joue de ce point de vue autour de la question du gîte des Vosges est l’avenir même du combat laïque, du sens qu’on entend lui donner. Il faut aujourd’hui arrêter de regarder la laïcité être mise en conserve et bientôt au musée, il faut réagir!

Le port du voile, révélateur d’une atteinte à la cohésion sociale

Je voudrais ici citer un extrait, fort intéressant, d’un texte issu d’un ouvrage repère pour tous ceux qui préparent le CAPES et l’Agrégation d’histoire-géographie, du petit Dictionnaire de géographie de la collection « Initial » qui, sur le thème de « l’intégration, exclusion » explique (p196), tout en critiquant les conditions faites à une intégration des populations d’origine maghrébine parfois trop partielle, la chose suivante :

« Les immigrés de la première génération, se sont généralement bien intégrés même s’ils ont souvent refusé l’assimilation. Les immigrés de la seconde génération ou « beurres » (…) s’intègrent par le biais d’une certaine acculturation (…) qualifiée d’acculturation formelle par les sociologues (…) pour donner naissance à une nouvelle culture, synthèse des deux cultures d’origine. Les jeunes de la seconde génération se définissent ainsi souvent davantage par leur appartenance au monde des banlieues que par rapport à leur identité musulmane. Il existe enfin des musulmans qui, influencés par les tendances intégristes ou islamistes, refusent l’intégration. Les tensions liées au port du foulard islamique par de jeunes filles élèves du secondaire en ont constitué un puissant révélateur et un facteur d’atteinte à la cohésion sociale, c’est-à-dire au fonctionnement harmonieux d’une société »

Ce que ne respecte pas le port du voile, c’est tout simplement la réciprocité du principe d’égalité du respect de la liberté de conscience par l’agression qu’il constitue vis-à-vis des droits dont il engage la remise en cause. Voilà de quoi alimenter l’appel de Fanny, car son attitude ne relève pas d’autre chose que de cette fonction du voile, ici si bien décrite, de facteur de contentieux entre les individus d’une même société.

De la réciprocité du respect de chacun et de sa libre pensée

Le principe d’égalité n’est pas simplement un droit mais l’obligation d’une réciprocité de neutralité vis-à-vis de la liberté de conscience de chacun, à quoi le voile porte directement atteinte comme affichage d’une religion et de son dogme moyenâgeux, dont les aspects prégnant qui remettent en cause les droits de l’homme, les droits des femmes acquis de hautes luttes si fondamentaux, devraient eux être mis hors la loi.

Pas un représentant d’une religion ne devrait avoir le droit de prôner le rejet du préservatif en incitant des populations à ne pas en faire usage, se rendant directement responsable de milliers et de milliers de personnes infectées et promises à une mort à plus ou moins court ou long termes, sans être poursuivi, ou encore la négation de la libre propriété de son corps pour l’individu ou de sa libre volonté à travers le rejet du droit à l’avortement ou la condamnation à mort de l’homosexualité.

Ceux qui défendent ces thèses iniques au nom de leur droit à leur différence devraient être lourdement condamnés pour incitation à une atteinte des droits fondamentaux de la personne humaine, dont les religions sont coutumières, et ceux qui impulsent le port du voile, mis devant les tribunaux pour incitation au trouble à l’ordre public républicain et à la paix sociale, presque toujours des hommes, qui n’en finissent pas de freiner le mouvement de l’histoire qui a renvoyé le machisme à la poubelle du temps. La religion musulmane est par trop habitée par des archaïsmes inacceptables à n’avoir pas fait son aggiornamento qui passe, sans aucun doute, par la reconnaissance de l’égalité des droits en général et de l’égalité hommes-femmes en particulier, la fin de tout prosélytisme pesant contre les libertés et une religion portée en soi et non sur soi.

Guylain Chevrier.

Historien

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