L’art de la stigmatisation de Caroline Fourest

Publié le 1 juillet 2008 - par - 341 vues
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Habituée des plateaux télé, prêtresse de la laïcité, Caroline Fourest a encore frappé. Jeudi 26 juin, elle était l’invitée d’Yves Calvi, dans l’émission C dans l’Air, sur France 5, pour un de ces offices auxquels elle préside désormais régulièrement (1). Le débat réunissait autour de l’oracle, deux autres penseurs, un philosophe musulman et un sociologue, ainsi que le maire de Sarcelles. Ayant pour intitulé « Tensions communautaires », le dialogue tournait autour de l’affaire de Vigneux et autres reculs de la laïcité.

On réitéra les messages d’indignation mesurée, et les appels à la modernisation des religions archaïques. Notre Caroline chanta à nouveau en play-back son hit bien connu « L’intégrisme, c’est mal ; la religion, c’est bien ». Tous étaient d’accord pour exiger l’édification d’un temple où la Pythie nationale allait rendre ses jugements politiquement corrects, un « Observatoire de la laïcité », qui devrait conseiller, enseigner, réprimander le corps national sur cette fameuse question de la laïcité qui n’en finit pas de le chatouiller. Un « Observatoire de la laïcité », le nom même me fait penser à ces stations d’auscultation astronomique des étoiles, à la recherche des messages radio des extraterrestres, le programme SETI. Les martiens sont-ils laïques ?

Le guide daigna, du haut de son infaillibilité, lancer quelques piques à l’intention de Riposte Laïque et de notre soutien à Fanny Truchelut. Tout va bien, nous rassure-t-elle. Il ne faut pas s’inquiéter outre mesure. Tout cela n’est qu’une affaire de pédagogie. On n’a qu’à enseigner aux gentils musulmans la laïcité, et aux méchants français le gentil islam. Il n’y a que des extrémistes pour croire que ce beau compromis historique ne fonctionnera pas.

A la fin de l’émission, comme d’habitude, Yves Calvi donna la parole aux téléspectateurs. A la question SMS : « Je ressens ces demandes comme une agression et un rejet de la France, de ses lois et de sa tradition laïque. Suis-je raciste ? », Caroline Fourest répondit « Si vous savez faire la différence entre une demande intégriste et liberticide, et une demande simplement culturelle ou religieuse, non, vous ne l’êtes pas. Si vous pensez que c’est une histoire d’immigration et d’invasion, oui, vous l’êtes. »

Voilà l’oukase : vous n’avez pas le droit de défendre votre identité culturelle française. Vous êtes raciste si vous pensez que l’islam est venu avec les immigrés, alors que c’est de notoriété publique qu’il s’est diffusé par germes aériens, par pollinisation, par l’enthousiasme contagieux de premiers lecteurs Français du Coran. Non, non, l’islam n’est pas la religion d’une catégorie d’immigrés inassimilables, qui parlent de la France, comme de CE pays, et non de leur pays. Pourquoi est-ce que l’on parle de l’islam DE France et non de l’islam français ? Parle-t-on du catholicisme de France, ou bien du catholicisme français ? Du protestantisme de France ou bien du protestantisme français ? Lors des dernières élections du CFCM, n’a-t-on pas écrit noir sur blanc que cette instance est passée des mains des musulmans algériens dans celles des musulmans marocains, bien sûr, tous « de France » ? (2)

Le guide de la laïcité bien calibrée pour notre présent post historique nous demande d’apprendre sa novlangue, de distinguer entre « la demande intégriste et liberticide et celle simplement culturelle ou religieuse ». Comme si l’intégrisme tel que Mme Fourest le définit à quatre mains avec Fiammetta Venner, avait une quelconque signification ! (3) Comme si l’on devait par ailleurs aimer absolument toutes les cultures ou toutes les religions ! Non, Mme Fourest, je n’aime pas toutes les cultures, ni toutes les religions. Et je ne suis pas raciste pour autant, j’ai seulement quelques préférences intellectuelles et sentimentales, fondées d’ailleurs en raison, et je n’en éprouve aucune honte ! On a le droit, comme Fanny Truchelut, de ne pas aimer le bâchage rituel des femmes, et le faire savoir !

Le raisonnement de Mme Fourest s’annule de lui-même si on l’applique depuis la perspective des musulmans eux-mêmes, qui rejettent tout brassage culturel et sexuel avec les non-musulmans. Pourquoi leur culture serait-elle respectable, alors qu’elle est exclusiviste et méprisante envers les autres religions et cultures ? Simplement parce qu’on l’affuble du doux nom de « racines » ? Pourquoi les « racines de immigrés » doivent être l’objet de soin constant au détriment de celles des autochtones ? Pourquoi un Français qui défend ses racines serait un raciste, alors qu’un immigré qui n’arrête pas d’en faire étalage ne serait qu’un nostalgique de son pays natal ? En quoi le respect de nos racines serait-il moins respectable que leur respect de leurs origines ? Un respect des identités serait-il plus respectable qu’un autre ? (« Tous les animaux sont égaux, mais il y en a qui sont plus égaux que d’autres. »)

Comment ne pas bondir d’indignation devant ce type de raisonnement qui utilise deux poids deux mesures, quand on sait que l’islam est caractérisé par l’aversion de tout ce qui n’est pas lui, comme l’écrit Claude Lévi-Strauss : « En face de la bienveillance universelle du bouddhisme, du désir chrétien de dialogue, l’intolérance musulmane adopte une forme inconsciente chez ceux qui s’en rendent coupables ; car s’ils ne cherchent pas toujours, de façon brutale, à amener autrui à partager leur vérité, ils sont pourtant (et c’est plus grave) incapables de supporter l’existence d’autrui comme autrui. » (4)

Je suis moi-même un immigré intégré à la société française, qui ai fait miennes ces racines, sur lesquelles je me suis greffé. Il est extrêmement douloureux d’immigrer, mais c’est un défi et un choix personnel. Cependant transposer ses racines sur une terre qui n’est pas la sienne, et exiger de pousser à sa guise, au détriment de la culture autochtone, c’est une outrecuidance inacceptable. C’est bafouer les lois de l’hospitalité. C’est être un « Français de papier », comme l’a parfaitement dit l’inénarrable Houria Bouteldja (5). Afficher un tel mépris pour le pays d’accueil, et lui demander de renier son identité, pour faire place à la sienne est scandaleux. Et il est encore plus scandaleux que Caroline Fourest stigmatise a priori toute résistance à ces revendications, qui ne sont ni plus ni moins des revendications colonialistes, qui se drapent dans des discours anti-racistes.

Il y a des identités culturelles incompatibles. Le ressortissant d’Afrique du Nord qui veut réussir son intégration, comme moi je l’ai fait, doit rompre avec l’idéologie de l’islam. L’islam des marocains et des algériens de France, c’est la doctrine politico-religieuse de certains Français de papier, qui n’ont aucune honte à se revendiquer comme tels. Ils sont indifférents voire hostiles à la culture française. Qui a oublié les sifflets du stade de France, lors des matches de l’équipe de France contre l’Algérie et le Maroc ? Ce sont des musulmans de France, pas des Français musulmans. Et ce sont eux qui le disent ! Pourquoi ne pas prendre acte des distances qu’ils mettent eux-mêmes entre l’islam et la France ? Pourquoi ne les prend-on pas au sérieux ?

Cette perspective guerrière, la douce prêtresse de l’indifférenciation religieuse dans la soupe tolérantiste politiquement correcte, ne peut pas la soutenir. Que des cultures ne soient pas compatibles, elle ne peut l’envisager. Que tous les conflits de valeurs ne puissent pas être refoulés par l’utilisation rituelle du vocable « intégrisme », elle ne veut l’accepter. Mais c’est bien pourtant la réalité de la vie religieuse, qui est violente, exclusive, et intolérante. Les hommes réels adhérent viscéralement à des valeurs incompatibles avec d’autres. Les musulmans, aussi bien que les laïques, ou les catholiques, les protestants, les juifs. Certains peuvent avoir, dans leurs systèmes religieux, la tolérance comme valeur religieuse. Mais ce n’est pas le cas de l’islam, et c’est là où le bât blesse.

Radu Stoenescu

www.philo-conseil.fr

(1) http://www.france5.fr/c-dans-l-air/index-fr.php?page=resume&id_article=3073

(2) http://www.france24.com/fr/20080609-le-rmf-soutenu-le-maroc-remporte-elections-cfcm-france-religion

(3) http://www.ripostelaique.com/Caroline-Fourest-un-prejuge-de.html

(4) Cl. Lévi-Strauss, Tristes tropiques, éd. 10/18, 1955, p. 364.

(5) http://fr.youtube.com/watch?v=HYPOIEvY9mo

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