L’écologie républicaine n’est pas une chimère

Publié le 28 décembre 2009 - par
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Nous nous accordons tous, à Riposte Laïque, pour défendre les valeurs républicaines et dénoncer sans frémir les atteintes portées à celles-ci. Si cette revue se consacre essentiellement à la défense de la laïcité, certaines contributions traitent également de la République sociale, de la souveraineté populaire ou de la politique de l’Union Européenne.

Nous pouvons également lire des articles assez dépréciatifs à l’encontre de la pensée écologiste, parfois rebaptisée péjorativement « écologisme ». Je regrette que l’écologie soit souvent dépeinte sous des traits caricaturaux. « Catastrophisme », « régression », « obscurantisme », tels sont les termes récurrents pour disqualifier l’engagement écologiste. Cette prose n’est pas sans rapeller certains raisonnements positivistes de la fin du XIXe siècle. La foi républicaine-progressiste et le mouvement écologiste seraient donc deux engagements antithétiques. Nous sommes nombreux à croire, au contraire, que ceux-ci sont parfaitement miscibles.

L’écologie n’est pas l’ennemi du progrès, elle est intrinsèquement un progrès. L’écologie n’a rien à voir avec les mesurettes pénalisantes prises par nos gouvernants (telle la taxe carbonne, qui s’avère inutile sans une remise en cause préalable de la politique de transport dans un sens soutenable en proposant une desserte efficiente des territoires). Elle ne se cantonne pas à la seule défense – par ailleurs nécessaire – des espèces et des espaces menacés par l’emprise anthropique démesurée, mais prétend transformer nos modes de vie (production-consommation- politique de l’emploi, mode de transport, etc.) en mettant au coeur d’une politique volontaire les valeurs de soutenabilité, d’éco-responsabilité, de bien-être, de partage des richesse et de progrès.

Certes, les Verts défendent des positions immigrationnistes ou anti-laïques (dénoncées à juste titre par Riposte Laïque). Néanmoins, au nom de ces prises de position discutables, il serait dommageable de jeter l’opprobre sur l’ensemble de leurs idées. Riposte Laïque s’élève contre l’empiètement religieux – notamment islamique – au sein de l’espace public et critique la bienveillance coupable des autorités à l’égard de ce phénomène. Je juge également salvateur que des voix s’élèvent contre la bienveillance coupable du monde politico-économique vis-à-vis des atteintes portées à l’environnement.

Mes convictions ne me semblent pas décaties lorsque je dénonce la société archi-consumériste dans laquelle nous vivons et qui a atteint, au sein des pays développés, un stade obsessionnel : la mondialisation économique a réussi son pari en transformant le citoyen en consommateur. Il est bien évidemment normal et vital de produire et de consommer, à condition que ces actions n’incarnent pas l’alpha et l’omega de notre praxis. De plus, force est de constater que ce système ne profite pas à tous et que le mode de production-consommation actuel s’exerce souvent au détriment des hommes (conditions de travail difficiles, stress, pénibilité, pression) et de l’environnement (destruction des écosystèmes, de la biodiversité, pollution de l’air, de l’eau, des sols…). L’hybris productiviste est la cause de bien des maux. Proposer d’en corriger les excès, au bénéfice de tous, est une louable démarche.

Je ne pense pas avoir des goûts de snob en sélectionnant, de préférence, des aliments issus de l’agriculture raisonnée ou biologique au détriment de la mal-bouffe mondialisée. A titre d’exemple, je préfère manger des bananes bio plutôt que de consommer ces mêmes produits en provenance d’une agriculture productiviste antillaise dont les sols sont chargés de redoutables pesticides, comme le chlordécone cancérigène. L’enjeu n’est pas de pourfendre celles et ceux qui plaident en faveur d’une agriculture saine mais plutôt d’encourager le développement et la démocratisation de celle-ci.

Je ne pense pas menacer les valeurs républicaines ni m’enfermer dans un quelconque obscurantisme lorsque j’approuve les demandes d’alternative au tout-nucléaire. Si l’énergie nucléaire a certaines qualités, les dangers inhérents à celle-ci (opacité du lobby nucléocrate, fuites radioactives, problème des déchets) combinés à la non-durabilité des sources d’uranium, qu’il convient, en outre, d’importer – relativisant ainsi l’argument de l’indépendance énergétique -, m’incitent à souhaiter le développement progressif d’énergies alternatives. Il y aurait d’ailleurs beaucoup à dire sur les conditions de travail des ouvriers chargés d’extraire l’uranium dans des Etats comme le Niger. La chaîne LCP a fait un excellent reportage à ce sujet.

In fine, j’aimerais que l’engagement écologiste ne soit pas perçu comme un gadget de bobo en mal de sensation ou comme le cheval de Troie d’un nouveau capitalisme prédateur. Il est vrai que le discours écologiste est aujourd’hui très « tendance » chez les politiques. C’est un sujet électoralement porteur. Cependant, je n’ai pas le sentiment de vivre sous une chape de plomb verte qui exercerait une tyrannie écologiste. D’ailleurs, quid des véritables mesures écologistes qui ne se résument pas à un léger saupoudrage vert ? Le sommet de Copenhague sur la question du réchauffement climatique a été un cuisant échec : la puissance des intérêts économiques et la vision court-termiste l’ont emporté. Si la tyrannie verte, le catastrophisme écologiste étaient à ce point dominants, nul doute que des mesures coercitives auraient été prises.

L’ écologie populaire, républicaine et progressiste est un défi à relever. Cet enjeu mérite plus d’estime que de sarcasmes.

Stanislas Geyler

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