L’équipe de France de football, miroir de la société française ?

Publié le 19 juillet 2010 - par - 533 vues
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La crise qui a secoué l’équipe de France de football apparait comme une allégorie quasi parfaite de la société française. Une illustration de ce qui la mine et de ce qui l’attend. Le pays est au bord de l’implosion et seul un encadrement politique et médiatique extrêmement serré permet encore de préserver l’illusion de sa cohérence. Le système est toujours puissant, mais il règne de plus en plus sur un champ de ruine. Le psychodrame footballistique a mis en exergue de manière exemplaire les forces majeures qui agissent comme facteurs de dislocation du tissu national ; le communautarisme, la démission des élites dirigeantes, le contrôle médiatique.

L’équipe de France, en effet, a explosé sous le coup de ses dissensions identitaires ; non pas dans le cadre d’une opposition noirs/blancs, mais plutôt dans celui d’une confrontation culture des banlieues à dominante islamisée face au reste de l’équipe. L’inquisition dite « antiraciste » tente de faire croire que toute remarque sur la composition identitaire de l’équipe de France est motivée par un racisme antinoir, afin de culpabiliser le sentiment de désamour que l’opinion publique manifeste depuis plusieurs années à l’égard de l’équipe nationale. Mais cette accusation est un leurre grossier, les français ont toujours respecté et magnifié les athlètes de couleur qui portaient haut les couleurs nationales. La question est ailleurs. Ce qui s’est joué au sein du onze tricolore est un concentré de la fracture culturelle qui depuis plusieurs décennies ensauvage la société française.

La ministre des Sports dans un élan de sincérité a livré la clé de l’affaire en évoquant crument le spectacle d’une équipe de « caïds immatures et de gamins apeurés ». Cet aveu et des éléments épars de témoignages au compte goutte permettent de restituer le fil conducteur du scénario, en dépit de la chape de plomb qui désormais verrouille l’affaire. La vérité doit se lire entre les lignes, se décrypter à contrario, plus par ce qui ne se montre pas que par ce qui se dit. Première observation d’évidence : seuls les meneurs du mouvement d’insubordination se sont exprimés, répétant de manière mécanique la fable de la bande de bons copains et du consensus de l’équipe pour déclencher une grève de l’entrainement. Si ce consensus existait véritablement pourquoi alors ne pas interroger ceux qui auraient suivi la loi des meneurs ? Pourquoi se taisent-ils ? Pourquoi aucun média ne nous expliquent ce silence assourdissant et pourquoi ils ne peuvent rendre publique les témoignages de ces joueurs ? Il paraît inconcevable que pas un seul média n’est tenté de les contacter. Formidable innovation dans l’histoire du grand forum médiatique ; on ne donne la parole qu’aux coupables, pas aux victimes présumées ! Tout ce passe donc comme si un scénario explicatif avait été mis sur pied, scénario auquel tous les acteurs doivent se soumettre. Rien officiellement ne diverge. Ni la FFF, ni le gouvernement via son ministre des Sports ne démentent la version des «mutins ». Au mieux, les grands médias font état de leur scepticisme et livrent quelques sous entendus sur les conflits au sein de l’équipe. Bref, toutes les promesses de grandes explications, de grands déballages, de sanctions exemplaires, de « plus jamais ça », lancées à chaud à une opinion publique dégoutée, n’étaient donc que palinodies.

Mais pour qu’un mensonge sous forme de non -dit puisse tenir aussi durablement il faut que non seulement les consignes viennent de haut (il serait à ce propos intéressant de connaître le teneure de la rencontre entre le Président de la République et Thierry Henry), mais également que ceux qui auraient les moyens de faire connaître la vérité (les grands médias ou des personnalités politiques de premier plan), n’aient ni intérêt, ni envie de le faire. Qu’elle réalité particulièrement dérangeante que cette crise révélerait faut-il donc cacher à l’opinion publique ? Poser la question s’est déjà y répondre tant la réponse est évidente : l’éclatement identitaire de la France. C’est-à-dire à la fois le contre point et le point final au roman idéologique construit autour de l’équipe de France depuis la victoire de 1998.

Une réalité d’autant plus dérangeante qu’elle répond au vécu d’un grand nombre de français. Une minorité de la population hexagonale exprime une contreculture violente de rejet de l’identité française traditionnelle, de ses valeurs, de ses meurs et de ses symboles. Par le biais d’une violence physique omniprésente et d’une constante agressivité des comportements, cette contreculture a installé dans le pays un climat de peur et d’insécurité permanent. Ce schéma cadre avec ce que nous avons pu percevoir de la situation réelle de l’équipe de France. D’après les medias, cinq ou six meneurs (Ribéry, Henry, Anelka, Evra, Gallas, Abidal ?), ont pris le pouvoir au sein de l’équipe pour imposer les comportements et les attitudes de la culture caïd des cités. Une culture qui, via le rap comme principal mode d’expression, évolue entre les modèles du ghetto américain et les constantes évocations des valeurs musulmanes de ceux qui en majorité l’exprime. Ce n’est évidemment pas un hasard, si quatre des six meneurs supposés sont convertis à l’Islam ou s’en disent très proches (c’est le cas de Thierry Henry qui entretient une subtile ambigüité sur sa conversion ou non).

C’est dans ce contexte identitaire qu’il faut replacer le cas Gourcuff dont la charge symbolique est particulièrement violente. En dépit des plates dénégations des meneurs (Ribéry à cette occasion est tombé à un niveau de bassesse et de duplicité difficilement égalable dans son numéro de brave garçon éploré), il semblerait acquis que Gourcuff ait bel et bien été victime des brimades des caïds. D’après le Figaro Magazine, ces derniers l’auraient même « bolossé » en lui appliquant, notamment, un traitement bien connu dans les cours des collèges ; une claque derrière la nuque à chaque fois qu’ils le croisaient. Evra aurait été, toujours selon le FigMag, le plus agressif à son égard (ce qui pourrait peut-être expliquer la réaction virulente de Lilian Thuram à l’encontre d’Evra). La situation était devenue tellement tendue qu’elle aurait failli, dans le car désormais célèbre, tournée en bagarre général, alors que Abu Diarra et le groupe des bordelais prenaient parti pour Gourcuff contre le clan des caïds.

Le cas Gourcuff, au-delà des détails vrais ou arrangés relatés par la presse, est exemplaire des rapports de force identitaires qui s’expriment au sein de l’univers des jeunes dans la rue et dans les établissements scolaires. Le jeune blanc en est souvent la première victime. Issu de la France provinciale, bien élevé, discret, respectueux des codes traditionnels et des autorités, Gourcuff offre le profil idéal qui polarise l’agressivité du jeune siglé culture banlieue. Qu’il soit en plus, grâce à un physique avantageux, rapidement devenu une star médiatique ne peut qu’aggraver son cas. La haine identitaire et la jalousie sexuelle font toujours bon ménage. Il ne manquait rien au décor, même pas la présence, fréquemment observée dans les bandes ethniques, d’un petit blanc soumis, déguisé en caillera, qui agresse d’autres petits blancs pour se sentir dans le camp des forts. Ce genre de personnage peut désormais s’appeler un « Ribéry » !

Le plus étonnant dans toute cette affaire et que cette ambiance délétère au sein de l’équipe nationale, plus ou moins perçue par le grand publique, ait pu être si longtemps à la fois cautionnée et cachée par les autorités sportives et politiques. Idéologue qui dissimulait à peine ses sympathies pour Besancenot, Raymond Domenech est certainement le premier responsable du choix de joueurs dénués d’engagement patriotique, capricieux et arrogants. Il a sacrifié à d’obscures raisons qu’il n’a jamais su vraiment justifier, le premier devoir d’un sélectionneur, créer un collectif. Mais, force est de constater que la quasi-totalité des autorités footballistiques a entérinée ses choix et défendu sa place quand celle-ci était menacée par le rejet du publique et la critique des commentateurs à l’aune de ses piètres résultats. La fédération s’est massivement solidarisée avec lui, à commencer par l’intouchable Aimé Jacquet. La FFF apparait bien comme un parfait symbole de cette France des notables qui défend farouchement ses places, se coopte entre médiocres, ignore aussi loin que possible l’opinion publique et rejette ses responsabilités quand l’échec survient.

Cette France avide des privilèges de la responsabilité, mais jamais coupable de ses erreurs. Cette France dure avec les faibles et qui plie devant les violents. Pourquoi, passées les indignations de circonstance, avoir si rapidement laissé entendre qu’aucune sanction ne serait prise contre les meneurs, que l’on refuse d’ailleurs d’identifier comme tel. Peur de « stigmatiser la France des banlieues », comme s’en inquiète le très politiquement correct Jean-Marie Colombani dans les colonnes du magazine Challenges ? Qui se soucie des sentiments et des blessures de la France profonde, la France d’en bas, quand ses attentes dérangent l’ordre établi ? Et puis surtout, de quel droit les professionnels de la bien pensance établissent-ils ce parallèle systématique entre culture racaille et habitants des banlieues ? La solidarité ethnique des habitants des cités ghettos doit-elle nécessairement l’emporter sur le rejet d’une culture de violence dont ces habitants sont également les victimes ? Drôle et dangereuse vision racialiste de la part des prêcheurs de l’antiracisme médiatique !

La France des notables, grands et petits, se tient les coudes. Pas se sanctions, pas de vague, on lave son linge sale en famille, on prend les mêmes et on recommence ! Le très estimable Laurent Blanc, lors de on discours inaugural a fait preuve d’un étonnant talent politicien. Affirmant tout et son contraire, il a finalement laissé entendre qui ni lui, ni probablement personne ne prendrait aucune sanction. Il faut dire, explique le journal « 10 Sport », que Laurent Blanc et Frank Ribéry ont le même agent, Jean-Pierre Bernès, et que ce dernier, selon le journal, aurait joué un rôle dans la rébellion des Bleus. Aucun « responsable » dans ce pays ne peut donc affirmer la différence entre le normal et l’inacceptable, le droit et le tordu, le juste et l’injuste, et en tirer les conséquences pratiques?

Ne comptez pas sur les politiques. L’ineffable Mme Bachelot nous a joué un numéro de claquette médiatique d’anthologie. Elle s’est d’abord surpassée dans un rôle de groupie extatique, entre Castafiore et dame patronnesse, alors qu’une connaissance même minimale de l’état d’esprit de l’équipe de France aurait du appeler à plus de retenue, avant de finalement jouer un psychodrame émotionnel qui ne répondait pas aux enjeux de la situation. Pourquoi se cacher derrière l’évocation larmoyante des « rêves brisés de millions d’enfants » (après tout ce n’est qu’un jeu), au lieu d’évoquer des principes aussi simples que la rigueur morale, le sentiment patriotique, le sens du collectif et, plus basiquement encore, l’exigence du travail bien fait. Les sportifs, au-delà de leur légitime satisfaction personnelle, ne sont pas là pour réparer et masquer les blessures de la société, ni pour donner une raison de vivre à ceux qui en manque. Donner du plaisir et du bonheur (éphémère) aux gens est une chose, sacraliser leur mission comme enjeu vital de l’harmonie collective en est une autre.

Mais voilà, l’évocation des valeurs de devoir, de respect et de patriotisme renvoyait trop directement à la crise identitaire qui ronge l’équipe de France. Ne serait-ce pas mettre le doigt là où ça fait mal, au risque alors de faire le jeu des extrêmes (suivez mon regard !). La surenchère dans l’émotionnel en exacerbant les enjeux, largement fantasmatiques, d’un lien affectif fusionnel entre l’athlète et ses supporteurs, permet de contourner la dimension politique du sujet.

Des méchants garçons ont trompé l’attente affective de leurs gentils supporteurs, on va les gronder, ils vont demander pardon, ils ne recommenceront plus, et tout ira bien après ! Les questions essentielles qui consisteraient à savoir- au-delà de l’incompétence du méchant Domenech et de l’arrogance de quelques turbulents garçons pourris par l’argent- comment et sur quels critères se sont construites les fractures de l’équipe de France et pourquoi personne n’a réagit, il est fortement conseillé de ne pas les soulever, ou si peu. Le système dans son ensemble s’est refermé comme une huitre pour que les faits ne soient pas rendus publics afin que « la grande explication » annoncée n’est pas lieu : une complicité active, passive ou contrainte de l’ensemble de la classe politique, des médias et des autorités sportives, qui jusqu’à maintenant a fonctionné presque sans faille.

Toutefois, outre la France, le monde entier a vécu en direct, le psychodrame de l’équipe de France. L’image que nos élites dirigeantes veulent promouvoir d’un pays incarnant l’universel, maîtrisant sa diversité et fort de ses différences, a été mal menée. C’est l’image d’une France divisée, fragile, ingérable et caractérielle, vision déjà largement rependue hors de nos frontières, que nous avons renforcée. Quel gâchis !

Didier Beaulieu

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