L’horreur du mariage forcé

Publié le 31 mai 2010 - par - 1 055 vues
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Fatoumata Konta, ce nom doit vous rappeler quelque chose, cette jeune fille avait fait la une des journaux télévisés en 2004, son père l’avait emmenée dans son pays d’origine pour la marier… Son amoureux de l’époque et tous ses amis avaient tout fait pour qu’on parle d’elle et qu’on empêche cela, la pression médiatique et sa grande détermination avait évité le pire. Elle témoigne souriante et à visage découvert sur France 5 le mardi 18 mai dans le documentaire: « Ton mari sera ton maître »(1), émission sur le mariage forcé, émission à l’intention évidente. Jean-Pierre Igoux a filmé des responsables d’associations, toutes des femmes, qui décortiquent le pourquoi du mariage forcé, son processus et ses drames.

Les victimes témoignent à visage caché, sauf Fatoumata et Khadija. Elles témoignent du calvaire, de l’horreur du mariage forcé, elles témoignent du viol avec consentement parental ! Fatoumata est là, émouvante, elle parle calmement. On sent chez elle une force, comme si ce auquel elle avait, par sa détermination, échappé, l’avait rendue invincible. Elle semble plus sereine que les autres, elle, elle a fui et réussi après quatre mois de séquestration dans un village africain. Les autres….les autres ont été violées le soir de leurs noces comme l’explique Khadija mariée contre son gré à l’âge de quinze ans. Elle parle de cela comme d’un viol avec témoins, maintenant élue municipale, elle ne veut absolument pas reproduire cette horreur pour ses filles.

Les responsables associatifs font le point du « mariage arrangé » souvent pour garder ou enrichir un patrimoine, mais si, dans notre monde occidental, il a disparu, pour les gens de l’immigration il est la solution idéale pour perpétuer la tradition, il est la solution choisie pour qu’il n’y ait pas d’acculturation, que la fille ne se mélange pas car on refuse l’intégration à la France par le mariage mixte. Et si, comme Khadija, certains s’engagent contre ce phénomène, la tradition l’emporte dans bien des familles. Leur hantise : que la fille tombe amoureuse d’un Français, et qui plus est perde sa sacro-sainte virginité, devenant alors « produit impropre » sur le marché de la vertu et du mariage.

Quand les familles ont arrêté le choix du prétendant commence alors la mise en condition psychologique. On exerce une véritable surveillance policière sur les fréquentations, ensuite on fait tout pour soumettre la jeune fille, (souvent on l’a conditionnée, on lui a enfoncé cette idée dans le crâne dès son plus jeune âge). Si la pression exercée au départ par le père et la mère, ne marche pas, on demande alors à la famille proche oncles, tantes, grands-parents, de donner un coup de main, et si ça ne marche pas non plus, c’est toute la communauté qui harcèle : « c’est presque une affaire nationale » dit Fatoumata. On comprend alors que, pour certaines jeunes filles, ce soit mission impossible ! Ces dernières cèdent et alors subissent le viol de la nuit de noces, les coups.

L’obligation d’épouser des garçons non choisis peut les amener à servir de faire valoir, de caution, quand on veut remettre un homosexuel dans le droit chemin, car il peut y avoir aussi cela dans l’histoire. Que dire du mariage avec le cousin germain et des conséquences liées à la consanguinité des unions sur les enfants à naître. Tous les cas de figure sont évoqués dans ce documentaire, et toujours la tristesse, la révolte …La pression est forte aussi sur les jeunes gens, qui, quelquefois, ne sont pas consentants, non plus, et qu’on force à l’acte de viol.

Fuir au plus vite et quitter la famille, la quitter définitivement, reste souvent la seule solution, elle ne se fait pas sans risques, ni sans blessures. Certaines jeunes femmes ont cependant des mères qui au prix d’un grand courage finissent par rester aux côtés de leurs filles, mais les pères, notamment certains pères turcs sont prêts à tuer leur fille pour une histoire d’honneur, même en sachant qu’ils peuvent écoper de 20 ans de prison …. C’est dire jusqu’ou peut mener l’idée que la fille est un objet patrimonial qu’on échange, on la nie, elle n’existe pas en tant que personne. A l’une d’elles le père, pakistanais, a dit : « soit tu te maries, soit tu meurs ».Ces émouvantes jeunes femmes trouveront-elles la quiétude après ces traumatismes ? Toutes l’espèrent mais beaucoup doutent d’un signe de regret du père c’est pourquoi elles témoignent à visage caché, certaines ne veulent pas être retrouvées, que pourrait-il leur arriver ?

C’est dire aussi à quel point certaines familles de l’immigration vivant en France sont éloignées de nos valeurs et du droit que notre République reconnaît à chacun( e) d’entre nous. Elles les refusent ces valeurs, leur en préférant d’autres, surtout les pères : on ne se mélange pas, on garde les traditions archaïques du pays d’origine. Que faut-il donc entendre quand on parle d’intégration et de société multiculturelle ? C’est la question que je me posais encore deux jours plus tard en écoutant l’émission de Taddéï où Alain Finkielkraut faisait face à Alain Badiou. On parlait de la burka, problème sans importance selon Badiou, sans doute dirait-il la même chose du mariage forcé ce rêveur inconscient ! Dormez braves gens tout baigne !

Chantal Crabère

(1) Cette émission devrait être re- programmée sur France 5

www.france5.fr/…/France-5…/p-8992-Ton-mari-sera-ton-maitre.htm

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