« L’idéologie européenne » de Benjamin landais- Aymeric Monville – Pierre Yaghlekdjian

Publié le 20 mai 2008 - par - 538 vues
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Le livre dont je vais vous parler est un nouveau pavé dans la mare des européistes, des eurobéats et même des eurosceptiques du NON au TCE . Il va bien plus loin que ces Eurosceptiques partisans du NON au TCE mais favorables à une Europe plus « solidaire, plus sociale plus+++ ! Il pose la question de : pourquoi l’Europe ? mythe politique et culturel , et de la réorientation du NON : pourquoi n’a-t-elle pas eu lieu ? Comment sortir de l’impasse ?

Sortir de l’Europe !

Après l’excellent 1er tome de Bernard Peloille ( » Critique de la Raison européenne « ) la matrice de l’Union au XVIIe siècle et au XVIIIe siècle, je me suis réjouie que des chercheurs s’attaquent enfin ! au mythe de l’Europe. Nous attendons le 2e tome de Bernard Peloille sur les trois prévus.

Mais voilà que trois auteurs s’attaquent aussi au mythe et à la construction de l’Union européenne (à partir des pères fondateurs) dont les mânes sont fréquemment invoqués pour l’apologie de l’Europe : tout devait mieux aller, le plein emploi, plus de guerres et dormez en paix braves gens. Las ! Rien ne se passe comme les prévu et le bon peuple qui s’est trompé moultes fois (il est tellement borné et le Traité était trop difficile pour lui), le bon peuple donc a dit NON !

Il faut quand même rappeler que Robert Schumann (un père) a voté les pleins pouvoirs à Pétain . Lequel fit une politique de collaboration (« Plutôt Hitler que le Front populaire »). Que l’Union est un « processus à l’oeuvre depuis longtemps (p 172) et la récupération de Guy Môquet par Sarkozy est le symbole de la perte de repères que l’UE a engendrée. Pour exemple : bon nombre de lycéens passant le bac d’histoire pensent désormais que l’URSS était l’alliée de l’Allemagne durant la dernière guerre, tant l’anticommunisme des manuels ne leur permet pas de savoir que c’est l’Union soviétique qui a mis hors de combat 60 % de l’armée allemande  »

L’Union européenne véritable a été créée en 1949 à Washington, avec la création de l’OTAN.

L’Europe a été le relais historique de l’empire américain : elle a été créée pour lutter contre l’Union soviétique.

« L’Europe, l’OTAN, la communauté atlantique doivent être considérés comme un tout  » Ségui, président de la République italienne, en 1965.
Certes la France, grâce au Général de Gaulle, refusa d’intégrer l’OTAN en 1966. Mais ses déclarations ( conférence de presse en 1950) ébranlent un peu la légende :
 » Les valeurs française et allemande ensemble pourraient réaliser l’entreprise de Charlemagne et cette union est nécessaire à cause de la menace soviétique  »

Cette parenthèse gaullienne close, « nous eûmes Giscard (l’Eurolâtre) Mitterrand, Chirac qui continuèrent l’opération intégration « , quant à Sarkozy ! il a décomplexé d’un coup d’épaule le problème et a carrément franchi le pas en nous otanisant sans nous consulter  »
Mais comme nous avons déjà traité de l’impérialisme européen sous domination allemande , nous allons aborder des thèmes très bien traités par ces auteurs et peu abordés par d’autres études !

La question nationale dans le combat internationaliste

Les auteurs se refusent à comparer les modèles (britanniques , français etc.) en donnant comme « typiquement français » la grève par exemple ? Mais il n’est que deux choses:

d’un côté, les conquêtes sociales et démocratiques ( la sécurité sociale , les retraites, les congés payés, la limitation du temps de travail les salaires etc.)

de l’autre, la réaction politique aux ordres du patronat
Mais, comme disent nos auteurs, ces acquis sociaux ne sont pas un don du ciel, ils sont le résultat d’une lutte qui s’appelle :
la lutte des classes

Contre le capitalisme en voie de mondialisation , l’Europe a-t-elle été un rempart ?

C’est plutôt le contraire ! On voit bien qu’elle a été créée de toutes pièces pour répondre aux exigences du patronat et du capitalisme en voie de mondialisation.
Elle est un outil contre les peuples et contre leur souveraineté .

Les régions :
En 2006, le CPE est repoussé par un formidable mouvement du peuple mais le « contrat- ressources  » est maintenu : les lois de décentralisation ont fait passer les finances régionales à l’asservissement des marchés financiers . le patronat est tout content ! ( ce contrat régional est ignoré de la population )
Voilà l’Europe des régions : le but est de briser la résistance des nations

Le gauchisme ou le niveau zéro de la compréhension du phénomène national

Les mouvementistes (LCR ou LO) : chez eux, il est de bon ton de vous sortir la phrase de Marx :  » Les ouvriers n’ont pas de patrie  »

Mais ils se gardent bien de citer la phrase entière :  » Comme le prolétariat doit en premier lieu conquérir le pouvoir politique, s’ériger en classe dirigeante, de la NATION, il est encore par là NATIONAL « .

Eh oui, l’inter/nationalisme repose sur l’existence …des nations !
A la faveur du référendum, les citoyens ont vu sortir nombre d’organisations pour le NON de gauche ; en fait elles s’accordaient sur l’exigence « d’une autre Europe « . La LCR  » l’émancipation ne peut s’accomplir authentiquement dans des frontières étriquées  »
Etriquées, mes frontières ? Moi, les frontières de la France me conviennent très bien ! et nous n’en serions pas là si on avait défendu nos acquis dans NOS frontières !

Et la défense des services publics européens ? Alors là , c’est signer leur privatisation (elle est déjà bien avancée cette privatisation ! )
Réclamer l’harmonisation pour la fiscalité dans l’Union : cela revient à demander des transferts de souveraineté supplémentaires , au niveau supranational
Curieuse démarche pour des organisations « de gauche » ?

Le parti communiste et le parti de la gauche européenne

Le Parti Communiste joua un rôle de premier plan CONTRE l’intégration supranationale, contre l’OTAN, et contre TOUS les traités, Rome, Maastricht, Amsterdam et Nice , contre le TCE en 2005.

Mais en 1990, malgré les protestations de nombreux militants, membres du PCF ou sympathisants, le PCF opéra un virage à 90°. : position euro-constructive et intégration dans la gauche du NON. Désastre pour ce parti , qui avec les néo-communistes approuveront les bombardements sur Belgrade et 3 sur 6 appelleront à voter OUI au référendum !!
Cette réorientation (qui me navre ô combien !) fut menée par Francis Wurtz.

Ce parti ( PGE) de la gauche européenne avec une idéologie tantôt réformiste, tantôt altermondialiste (mais y a-t-il une différence s’interrogent les auteurs et moi avec eux).
Cette recomposition a participé à l’éclatement des PC européens, elle a été voulue pour faire disparaître les organisations nationales des PC européens.

En somme, c’est le rassemblement de la gauche…contre la lutte des classes !

La CGT

On pourrait faire la même analyse sur la CGT . Elle aussi a fait un virage à 90 ° !

Les « partenaires sociaux  » et la CES

Les auteurs font remarquer le glissement sémantique des mots qui font de syndicats patronaux et de syndicats représentant des travailleurs des « partenaires sociaux  » !
La CES est une agglomération de syndicats nationaux qui compte 82 centrales adhérentes . Issue de la CISL ,créée en 1949 de la scission entre la FSM ( Fédération syndicale mondiale ) suspectée d’entretenir des liens avec le camp « socialiste » , elle se regroupa avec les syndicats « chrétiens ».

La CES fonctionne en symbiose avec l’UE qui assure son financement (!) Les permanents sont coupés de leur base , certains sont issus de grandes écoles et ont postulé AUSSI à l’UNICE ( un peu le MEDEF européen ). Bref, un syndicat-maison, cette CES ! qui a organisé des manifestations pour du OUI au TCE ! le plus fidèle représentant de la CES est bien sûr la CFDT.
La CGT aurait dû continuer à s’opposer sans relâche à la CES . Mais en 1999, elle décida ( en opposition avec de nombreux militants ) d’y entrer !

D’où la valse-hésitation que nous connûmes, le OUI ou le NON au TCE ? les militants firent une telle pression que le NON l’emporta .
Et maintenant ? La lutte des classes est-elle dépassée ? (dixit la CES). Que signifie la défense des travailleurs sans papiers soutenue aussi par leurs employeurs mafieux, qui les ont exploités « sans savoir  » ?? qu’ils étaient en situation irrégulière ?
alors, employeurs – employés sans papiers même combat ? (c’est moi qui ajoute ce passage).

La situation est confuse et conduit à la destruction (voulue par l’UE mais acceptée par les organisations politiques et syndicales les plus à même de lutter contre cette Europe de la casse !)

Il nous faut donc reprendre la lutte CONTRE l’union européenne pour retrouver notre souveraineté nationale !

Le livre se termine par « l’étendue du désastre « , c’est à dire les ajustements sociaux et la casse sociale généralisée dans les différents pays de l’Union . Non sans avoir avec humour évoqué la propagande proposée pour faire avaler cette Europe dans les livrets scolaires ou dans les livres prposés à notre belle jeunesse :  » L’Europe, ton amie » où Tom se promène avec Lila, son renard apprivoisé et rencontre des caisses. L’édile est là pour expliquer et ouvrir la caisse qui contient une pierre gravée : » Toi qui passes près de cette grotte … » Non, vous n’en saurez pas plus ! L’Europe est l’amie des enfants , des renards apprivoisés (?) . J’ai bien ri .

Ce livre est un formidable outil pour notre combat contre l’Europe. il nous donne des pistes et surtout, « démonte  » la machine… à broyer les peuples et les nations .

Mireille Popelin

éditions Aden 25 €

http://www.ideologie-europeenne.fr/

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