L'illusionniste Nicolas Sarkozy au chevet du capitalisme financier

Devant un aréopage de militants de l’UMP et de plusieurs de ses ministres, Nicolas Sarkozy a tenté lors d’un meeting à Toulon de faire passer un message aux Français, qui pourrait être le suivant : « Ne vous inquiétez pas je suis là pour vous protéger contre le capitalisme déréglementé et ses excès ».
Pour annoncer juste après, comme un aveu d’impuissance, que cette crise financière aura des conséquences sur la croissance, le pouvoir d’achat et le chômage.
Nous devons réformer le capitalisme et en maîtriser les errements. C’est de cette manière qu’il a tenté de se dédouaner sur les banques, les régulateurs, les spéculateurs, pour tenter de nous expliquer qu’il n’était pour rien dans la détérioration de l’économie mondiale et qu’il fallait avoir confiance en l’avenir.

Nicolas Sarkozy a demandé à ce que les coupables soient sanctionnés, mais les coupables ne sont-ils pas les Gouvernements donc les politiques qui ont laissé faire un système financier sans garde fou déstabiliser l’économie mondiale ?
Il est facile de chercher des boucs émissaires, alors que les politiques ont facilité les échanges mondiaux en dérégulant massivement, et en cela, ont permis aux multinationales de réguler à leur façon nos économies.
Le système bancaire américain serait en quelque sorte le seul responsable de cette crise, alors qu’il n’a jamais cessé de vanter le système libéral américain, seul moyen pour lui de créer des richesses, en prônant l’initiative individuelle.
Le seul problème, c’est que Nicolas Sarkozy est allé beaucoup trop loin dans son soutien à l’économie libérale et à son bras séculier la finance internationale, pour que nous puissions apporter un quelconque crédit à ce discours de circonstance.
En réalité, sa politique de rupture n’a fait que renforcer la destruction de notre secteur public et de notre appareil productif, dans tous ces aspects. Le désengagement de l’Etat est réaffirmé.
Lors sa campagne électorale, Nicolas Sarkozy appelait à libérer les énergies, récompenser la France du travail contre celle qui reste chez elle. Avec Nicolas Sarkozy tout allait devenir possible. Le résultat est pitoyable en 18 mois de présidence.
Au lieu de soutenir la demande, il a opté pour une politique de l’offre, en baissant les impôts pour les plus aisés avec le bouclier fiscal, alors que notre pays connaissait déjà un déficit public abyssal.
Cette mesure n’a nullement relancé notre économie, mais bien au contraire, a accentué les inégalités tout en permettant aux riches de continuer à épargner davantage, au lieu d’investir dans notre appareil productif.
Il aurait fallu engager une politique de relance par l’investissement publique pour relancer l’activité. Tout le contraire a été fait, ce qui a réduit à néant toute marge de manœuvre de l’Etat pour offrir des perspectives de développement et de croissance à notre appareil productif.
Ne nous méprenons pas, le discours quelque peu gauchisant de Sarkozy ne doit pas faire illusion. Comme tout homme politique, il essaye de s’adapter à la conjoncture présente et tente de faire croire, qu’il pourrait avoir changé sa vision de la société.
Il a déclaré que l’Etat garantirait les avoirs déposés par nos concitoyens dans les banques françaises. Cette protection existe déjà et n’est nullement une initiative nouvelle. Pense-t-il avec cette information qui n’en est pas une rassurer pour autant, les épargnants, les consommateurs et les salariés que nous sommes ?
Il a même appelé à réformer le capitalisme, rien que cela. Il faut dire qu’il avait aussi déclaré il y a, quelques mois, qu’il irait chercher la croissance avec les dents.
L’on voit où mène les slogans, la plupart du temps, dans l’impasse. Ce qu’il n’a pas dit par contre, c’est que la France des propriétaires qu’il appelait encore une fois de ses vœux dans ces nombreuses interventions démagogiques, allait connaître les mois prochains des jours difficiles, avec la baisse de l’immobilier.
Cette chute de l’immobilier est en partie causée par le resserrement du crédit et de l’augmentation inéluctable des taux d’intérêt, du fait de la grave crise financière qui touche l’ensemble du secteur bancaire international.
Quant au logement social, la Confédération Nationale du Logement (CNL) a fustigé la loi que va présenter Christine Boutin le 14 octobre 2008 au Sénat, en annonçant que celle-ci allait aggraver de manière brutale la situation des organismes HLM d’une part mais aussi et surtout celles des familles.
Ce qu’il n’a pas dit encore, c’est que l’absence de croissance entrainerait une diminution des investissements, donc de la création d’emplois nouveaux, car dans les faits, nous sommes rentrés en récession.
Il s’annonce pour les mois à venir, des plans de licenciements dans tous les secteurs de notre économie avec son lot d’exclusion et d’augmentation de la misère.
En au deuxième trimestre 2008, 35 000 postes de travail ont disparu dans le secteur marchand, soit un recul de 0,2 %, selon le régime d’assurance-chômage. Le chiffre est quasi similaire pour l’Insee avec 0,1 % de baisse.
Les derniers chiffres du chômage sont là pour l’attester. Il a été annoncé par le secrétaire à l’emploi, Laurent Wauquiez, entre 30 à 40 000 suppressions d’emploi en août 2008, ce qui serait le plus mauvais chiffre mensuel depuis 1993.
Malheureusement la mise en place du RSA ne suffira pas à réduire les poches de pauvreté, car bon nombre d’économistes pensent que ce système généreux en soi, risque de voir se développer des emplois précaires, comme dans les pays anglo-saxons.
Revenons à la crise du système financier. Nicolas Sarkozy a demandé à une réforme du contrôle des banques et un renforcement de la réglementation et des règles prudentielles devant conduire à une meilleure maitrise des liquidités déposées par les clients dans le système bancaire.
Or, il existe déjà aujourd’hui une réglementation stricte (ratio cooke, Bâle I et Bâle II), dont il est intéressant d’en rappeler ci-dessous les objectifs :
Les normes Bâle II (le Nouvel Accord de Bâle) constituent un dispositif prudentiel destiné à mieux appréhender les risques bancaires et principalement le risque de crédit ou de contrepartie et les exigences en fonds propres. Ces directives ont été préparées depuis 1988 par le Comité de Bâle, sous l’égide de la « banque centrale des banques centrales » : la Banque des Règlements Internationaux et ont abouti à la publication de la Directive CRD.
Les normes de Bâle II devraient remplacer les normes mises en place par Bâle I en 1988 et visent notamment à la mise en place du ratio McDonough destiné à remplacer le ratio Cooke.
Suivant le même canevas, de nouvelles normes Solvabilité II sont en cours de discussion pour les sociétés d’assurances et de réassurance. Toutes ces règles prudentielles n’ont en aucune façon empêchées le krach financier le plus grave depuis 1929.
Le plus étonnant, c’est qu’aucune allusion n’a été faite par Nicolas Sarkozy sur des mesures qui pourraient prises au niveau européen, pour faire face à cette crise mondiale. Il est impératif que l’Europe se dote de règles communes pour protéger ses intérêts et impose une réforme du système bancaire avec un régulateur commun aux 27 pays membres.
Aucun responsable politique à l’échelle mondiale, n’ose remettre en cause aujourd’hui les paradis fiscaux, qui sont la résultante d’un système capitaliste dévoyé sans éthique et sans morale, même si Nicolas Sarkozy l’a évoqué lors de son discours à Toulon.
Si nous n’interdisons pas les paradis fiscaux, où l’on y retrouve au travers de sociétés écran, les états, les banques et la mafia internationale, rien n’empêchera le capitalisme de causer les ravages dans l’économie réelle, tout cela pour un gain à court terme au profit de financiers véreux, loin de servir l’intérêt général.
Si nous ne mettons pas en place une gouvernance mondiale avec des objectifs précis, donnant aux intervenants financiers une mission devant servir l’intérêt général au lieu de servir en priorité les intérêts particuliers, nous continuerons à connaître des crises comme celle qui nous vivons. Comme par hasard, nous n’entendons plus dans la classe politique la mise en place de fonds pension à la française qui auraient dû d’après certains économistes libéraux, sauvegarder notre système de retraite. Et pour cause, avec la crise actuelle, il faut mieux ne pas relancer le débat.
Si cette crise n’avait pas révélé au grand jour la dérive du système capitaliste, bon nombre de nos concitoyens seraient aujourd’hui dans une situation de plus grande fragilité.
Après nous avoir présenté cette crise financière, comme ayant directement des conséquences sur l’économie réelle, il a osé réaffirmer qu’il fallait continuer ses réformes libérales.
Il a confirmé qu’il continuerait à réduire le nombre de fonctionnaires, à diminuer notre protection sociale (ex : franchises médicales), déréglementer le marché du travail, autant de décisions, qui risquent d’aggraver plus encore la condition de vie des salariés et des retraités de ce pays.
Il veut imposer la privatisation de la Poste. Il veut réformer l’hôpital en voulant imposer des normes de gestion comme dans le privé, dont l’issue aura pour conséquence de désorganiser en profondeur notre système de santé.
La dernière trouvaille, qu’il a mis en avant, c’est de diminuer le nombre d’échelons territoriaux. Cette réforme n’est pas sans arrière pensée politique, car c’est une façon de réduire sensiblement l’influence de la Gauche qui contrôle majoritairement ces instances intermédiaires de notre organisation démocratique à l’échelon locale.
Pour autant, la gauche n’est pas exempte de responsabilité dans la crise actuelle. Il suffit de rappeler que nous avons dans deux institutions internationales des socialistes français (Dominique Strauss Kahn au FMI et Pascal LAMY directeur de l’OMC).
Qu’ont-ils fait pour combattre la dérive dangereuse du capitalisme financier, dont beaucoup de nos concitoyens, même néophytes, avaient pressenti les événements actuels ?
La Gauche devrait réaffirmer avec force ses valeurs de gauche, au lieu de se chercher un leader social démocrate ou pas.
Ce dont nous avons besoin c’est une politique d’alternance au sarkozysme. Mais aujourd’hui, la gauche n’offre à ce jour aucune perspective permettant d’espérer en l’avenir. La crise est loin d’être finie et n’en est peut être qu’à son début. Personne ne sait si les mesures qui vont être prises par les Autorités américaines pour restaurer le fonctionnement de son système bancaire, seront suffisantes pour rassurer les investisseurs.
Plusieurs grandes banques centrales ont annoncé vendredi l’extension de leurs accords de « swap » pour apaiser les tensions » sur les marchés financiers, selon un communiqué de la Banque centrale européenne (BCE).
Toutefois, les Bourses reprenaient leur glissade vendredi matin en Europe et en Asie, la fermeture de la banque américaine Washington Mutual donnant aux investisseurs de nouvelles raisons d’inquiétude, alors que le plan de sauvetage du secteur financier n’est toujours pas adopté.
En effet, le sauvetage du système bancaire américain est resté en plan. Mais les discussions continuent avec les congressistes pour trouver une solution à la proposition émise par l’Administration Bush d’injecter 700 milliards de dollars dans le système bancaire.
Personne ne peut prédire, ce qu’il pourrait advenir des économies des pays émergents.
On dit que l’histoire ne se répète jamais mais cette crise qui a des similitudes avec celle de 1929. La crise de 1929 avait entrainé une récession de 10 ans et s’était terminée par la deuxième guerre mondiale.
Nos dirigeants auront –t-ils la sagesse de nous éviter cette issue, j’ose l’espérer.
Fabrice LETAILLEUR

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