L’impossible relance économique

Publié le 15 décembre 2008 - par
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Tout le monde le savait, mais en général personne ne le disait :
l’économie normale ne fonctionne que sur la valeur travail. C’est pour
l’avoir oublié que nos classes dirigeantes nous ont enfoncé depuis des
décennies. Elles ont poursuivi sereinement la politique de l’offre
décrétée par les pays anglo-saxons (consensus de Washington) et
appliquée également en Europe, en particulier en France depuis 1983 et
confirmée par les traités européens.

Seule la libre entreprise, dans un marché soi-disant autorégulé pouvait
amener la prospérité aux populations. Certains pensent qu’il n’y aurait
plus qu’à attendre que l’orage passe, pour réparer les dégâts, à la
lumière de la dernière crise, retaper le système et à nouveau relancer
la machine en faisant attention à freiner les mouvements de capitaux et
autre excès financiers. Ce qu’ils appellent « réguler ». Tout le monde
pense, et c’est possible, que si le système capitaliste disparaissait
entièrement on aurait obligatoirement un système totalitaire à la
soviétique. Les deux systèmes semblent désormais aussi dangereux l’un que l’autre.

Il y aurait pourtant une solution, qui consisterait à instaurer un
système intermédiaire, entre le tout libéral, même régulé
provisoirement, et le marxisme intégral. Cela consisterait à obliger
les entreprises et le système financier à se rattacher à la valeur
travail-temps : un vrai plan de relance dans lequel le pouvoir d’achat
ne serait plus dopé artificiellement par le crédit facile comme il l’a
été, mais par un crédit bien tempéré, comme l’indique l’expression «
payer à tempérament ». Nécessaire mais pas suffisant.

En effet, la soif du profit est inéluctable dans un système capitaliste
où l’argent rapporte en tant que tel. Un vrai plan de relance
consisterait à mener une politique de la demande, c’est-à-dire
augmenter très sensiblement les bas revenus, immédiatement, ne
serait-ce que pour parer à l’urgence. Seule façon de remplacer les
liquidités manquantes à cause de la restriction du crédit, par un
afflux de liquidités qui, comme on le sait, sont le moteur de la
croissance économique.

Cette crise pourrait être une occasion inespérée de réconcilier le
social avec l’économique. Une certaine inflation pourrait en être la
conséquence. Il suffirait alors de dévaluer le Franc, (réinstallé comme
monnaie nationale, en plus de l’Euro comme monnaie internationale),
dévaluation compétitive qui aurait l’avantage de réajuster notre
économie réelle, notamment d’arrêter la course à la délocalisation.

Inutile de demander à Sarkozy de prendre des mesures dans ce sens, même s’il le voulait (peu probable), il n’en a pas le droit, à cause des
traités européens. Ils sont il est vrai déjà en partie transgressés
(critères de convergence oubliés, aides aux banques). Ce qui confirme
que les traités ne sont que ce qu’ils sont, des accords circonstanciels. Démonstration par l’absurde que l’Europe s’est engagée sur une mauvaise voie. Il n’est pas trop tard d’en revoir certaines dispositions, et la remettre sur les rails dans une bonne direction, à condition que nos politiciens en aient la volonté, ou, qui sait (?), qu’on les force à le faire, par exemple en adoptant, toujours en France, une nouvelle constitution qui redonnerait la main au peuple souverain grâce à l’Assemblée référendaire (www.citoyenreferent.fr).

Louis Peretz

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