L’indépendance d’esprit

Publié le 11 janvier 2011 - par - 4 488 vues
Share

Je tiens tout d’abord à remercier les organisateurs pour cet espace de liberté d’expression qu’ils m’offrent, en ce lieu symbolique de la politique française et en si brillante compagnie.

Qu’est-ce que l’indépendance d’esprit, mesdames et messieurs ? C’est la question à laquelle on me demande d’apporter sinon une réponse, du moins quelques éléments de réponse, voire de questionnements, car le questionnement est me semble-t-il à la base de l’indépendance d’esprit. Une première réponse à votre question est donc le questionnement.
L’éternel questionnement pour les éternels étudiants que nous sommes, ou devrions être, est la source première de l’indépendance d’esprit. Quiconque cesse de se questionner, de se remettre en question, ne peut prétendre être indépendant d’esprit. Le questionnement c’est l’ouverture, l’ouverture d’esprit, l’ouverture au monde, c’est le premier pas vers une tentative de compréhension du monde tel qu’il est. L’idéologie est le contraire de l’indépendance d’esprit, car au lieu de poser des questions elle apporte des réponses. Il convient donc de s’en méfier, tout en se méfiant de sa méfiance envers elle. Car l’indépendance d’esprit signifie également avoir du recul par rapport à sa propre action, à sa propre condition, à sa propre idéologie. Si j’ai conscience d’appartenir à un camp idéologique, alors je dois avoir également conscience que ma grille de lecture façonne le monde en conséquence, et que le monde ne s’y réduit pas.

L’indépendance d’esprit nous oblige à l’éclectisme, c’est-à-dire à prendre connaissance d’un maximum d’arguments pour pouvoir nous forger notre propre jugement. Et ce jugement doit être à la fois solidement ancré dans le présent et fermement ouvert au changement futur, en fonction d’apports nouveaux qui seraient susceptibles de remettre en question ces certitudes. L’être qui se veut indépendant d’esprit doit être un arbre enraciné capable de prendre ses racines avec lui et de les déplacer s’il apprend que des bûcherons arrivent pour lui couper le tronc. C’est une question de survie, et la supériorité de l’homme sur l’arbre c’est qu’il peut à la fois être enraciné et mobile, à la fois sédentaire et nomade.

Après cette brève introduction théorique, j’aimerais passer à la pratique. En 2006, mon indépendance d’esprit m’amena à publier un livre intitulé la Judéomanie, elle nuit aux juifs, elle nuit à la République. J’y démontrai que la communauté juive avait été extraite de la communauté nationale par les Présidents de la République successifs depuis François Mitterrand, et que des privilèges lui avait été accordés aux niveaux médiatiques, juridiques et politiques, générant un antisémitisme de ressentiment. Ma thèse iconoclaste mais solidement argumentée subit l’omerta médiatique, alors que mon livre précédent, une critique de la télévision publique, avait fait l’objet quelques mois plus tôt d’une trentaine d’articles ou portraits flatteurs dans la presse et à la radio, y compris les radios juives. Bien que dénonçant une des nouvelles sources de l’antisémitisme actuel, je ne reçus le soutien public que d’un homme politique, Raymond Barre, qui avait fait de l’indépendance d’esprit une marque de fabrique tout au long de sa longue carrière. Ce n’est que récemment que j’eus droit, 4 ans après la sortie du livre, à un portrait laudateur dans Actualité Juive, à propos de mon livre et des propositions que j’y formule, notamment l’abrogation de la loi Gayssot et du dîner annuel du CRIF. De 2006 à 2008, j’ai été mis par certains dans la case « antisioniste », bien que ne parlant pas d’Israël dans mon livre. En fait, les cases sont faites pour ceux à qui il en manque une.

Depuis la sortie de mon livre, et l’élection de Nicolas Sarkozy, la judéomanie reste forte mais elle a cessé d’augmenter, et mon indépendance d’esprit m’oblige à le reconnaître. Tout comme il m’oblige à reconnaître que ce qui augmente aujourd’hui, c’est l’islamomanie, avec de plus en plus de privilèges octroyés par l’Etat à l’islam et donc aux musulmans.

Revenons à un peu de théorie. La révision permanente de la situation et de notre compréhension du monde dont je parlais plus tôt est inhérente à la science, et à la démarche scientifique en général, qui est un des piliers de notre civilisation. Toutefois on oublie trop souvent que la condition sine qua non à cette révision permanente, c’est la liberté d’expression. En effet comment pourrait-on prendre connaissance d’un maximum d’arguments si au départ certains de ces arguments étaient interdits, censurés ou auto-censurés ? Tant que la démarche scientifique prévaut, donc que les faits prévalent, aucune idée, même la pire des idioties, ne devrait être interdite, sous peine de se priver de l’indépendance d’esprit.

C’est pourtant le cas aujourd’hui de nombreux débats, qui sont purement et simplement interdits, que ce soit par le fait de la loi, ou plus souvent par le fait de la morale, le nouvel ordre moral. Absence de débat sur l’avortement, la peine de mort, la sortie de l’Union européenne, les prétendues minorités ethniques ou encore la démonstration scientifique du paranormal : une seule possibilité existe et elle ne saurait être discutée. Sur ces sujets éminemment importants et sur bien d’autres, que j’ai traités dans un Petit dictionnaire des débats interdits, il y a les salauds, ceux qui osent ouvrir le débat, et dont nous avons un certain nombre d’exemples à cette tribune, et les autres. Normal que les premiers risquent gros, car ceux qui ont abolis la peine de mort ont également mis en place la peine de mort sociale, qui culpabilise au mieux et exclut au pire quiconque cherche encore à se poser des questions. Cette police de la pensée est à bannir définitivement, d’autant plus que chaque Français est sommé de juger en permanence ce qui pourrait être dit et ce qui ne le pourrait pas.

Chacun est donc devenu à la fois le bourreau et la victime potentiels d’un tel système orwellien, où nous sommes tous individuellement Big Brother. En d’autres termes, nous sommes revenus aux heures les plus sombres de notre histoire, la délation autorisée et généralisée, au nom de la dénonciation des heures les plus sombres de notre histoire. Voilà où se situe le dérapage. Mais nous ne voulons ni le reconnaître ni reconnaître ceux qui en portent la responsabilité, à savoir les maîtres-censeurs comme les a appelés Elisabeth Lévy, et que j’appelle pour ma part la nouvelle extrême-droite.

Il n’est à mon avis pas sans lien que l’indépendance nationale de notre pays ait disparu au fur et à mesure que notre indépendance d’esprit disparaissait aussi. On pourrait égrener les facteurs principaux ayant concouru à cette disparition lente mais inexorable :

– les médias, qui simplifient à outrance et ne donnent accès qu’à une infime partie des informations, et qui sont devenus, comme l’a très justement fait remarquer Renaud Camus, les principaux ennemis de la liberté d’expression, eux qui en étaient jadis les garants ;

– le pacifisme, puisque les pacifistes d’aujourd’hui sont les occupés de demain (pour citer André Bercoff) ;

– mais j’aimerais un peu plus m’attarder sur un autre facteur, plus important encore selon moi, à savoir le jeu délétère et malsain entre l’ancienne et la nouvelle extrême-droite. J’explique ce qu’est la nouvelle extrême-droite dans un petit livre que Paul-Marie Couteaux a eu l’amitié de préfacer et qui vient de sortir aux éditions Xénia. La nouvelle extrême-droite ce n’est pas le mouvement de résistance à l’islamisation de la France et de l’Europe, contrairement à ce que les médias veulent faire croire, en fait c’est tout le contraire.

La nouvelle extrême-droite est le parti qui nous gouverne depuis Mitterrand, qui a mis en place une politique d’extrême-droite sous couvert de dénoncer la vieille extrême-droite qu’est le FN.
En guerre de l’information, on appelle cette stratégie sémantique l’inversion accusatoire : accuser l’autre de ce qu’on est soi-même, pour ne pas pouvoir en être accusé. Le FN est le bouc émissaire facile et l’impasse créée et voulue par le pouvoir en place pour pouvoir continuer tranquillement sa politique de démission nationale tout en conservant une bonne image. Après 40 ans de réussite de cette politique, avec Marine Le Pen ou Bruno Gollnisch nous sommes repartis pour 40 ans, le temps pour la France de disparaître.

Alors que faire. Les patriotes doivent lutter contre l’UMPS et dénoncer la stratégie perdante du FN. La vieille extrême-droite, le FN, a permis de cacher la nouvelle extrême-droite qui est en réalité au pouvoir depuis plus de 30 ans et qui se base sur les mêmes principes :

– la racialisation du discours : pour l’ancienne extrême-droite il y a l’inégalité des races, 3 millions de chômeurs = 3 millions d’immigrés en trop, etc. ; pour la nouvelle extrême-droite il y a le métissage, la discrimination positive, la diversité raciale, les minorités ethniques etc.

– l’interdiction du débat : le dogmatisme et l’autoritarisme dans l’ancienne extrême-droite, le politiquement correct et les lois mémorielles dans la nouvelle extrême-droite.

– le soutien à l’intégrisme religieux : les catholiques intégristes dans l’ancienne extrême-droite, l’islamisation dans la nouvelle extrême-droite, les deux partageant d’ailleurs la haine des juifs, des homosexuels, de la laïcité, la dénonciation du complot judéo-maçonnique, la soumission des femmes, le rejet total du droit à l’avortement, etc.

– et enfin le refus du vote et de la représentation nationale : tradition antiparlementariste dans l’ancienne extrême-droite, le fameux « tous pourris », ou « la bande des 4 », et pour la nouvelle extrême-droite le référendum de 2005 bafoué, un Parlement dont les pouvoirs ont été délégués à l’Union européenne, l’absence de proportionnelle, etc.

Bizarrement, ceux qui prétendent lutter contre l’extrême-droite ne voient que l’ancienne et jamais la nouvelle, alors qu’elles sont très similaires dans leurs principes comme je viens de le démontrer. Il s’agit donc de combattre ces deux extrême-droites à la fois, mais en privilégiant malgré tout la nouvelle extrême-droite, qui est beaucoup plus dangereuse que l’ancienne car elle est au pouvoir donc elle dispose de moyens considérables pour mener à bien sa politique destructrice, et elle incarne aux yeux d’une majorité de Français le camp du bien. Tant que l’ancienne extrême-droite n’est pas au pouvoir, ce qui n’arrivera pas de sitôt, elle ne représente pas un danger aussi grand.

Le mouvement initié aux assises sur l’islamisation du 18 décembre 2010 est l’acte fondateur de cette résistance, et le suisse Oskar Freysinger ne s’y est pas trompé en venant et en y étant acclamé. Renaud Camus ne s’y est pas trompé non plus d’ailleurs, puisqu’il en était l’un des invités de marque. Il y avait aussi des féministes, des marxistes, des syndicalistes. Ils ne seraient pas venus si le FN avait été à la même tribune. A ce mouvement vont venir se greffer, inévitablement, des Français qui ont compris le piège qui leur était tendu depuis 40 ans, et dans lequel ils sont tombés sans broncher, souvent faute d’alternative il est vrai. La lutte contre l’islamisation est l’axe fondateur de cette résistance, parce qu’elle est la conséquence la plus flagrante et la plus tangible de la démission de nos élites, et parce qu’elle permet de réunir des Français de tous horizons autour de valeurs qui sont à l’opposé de celles de l’islam, et qui sont principalement la liberté d’expression, la laïcité, l’égalité homme-femme, la liberté de conscience, l’égalité en droits, et le respect de la diversité, sans oublier l’indépendance d’esprit bien sûr. Bref, ce qui fait notre identité et qui n’est pas négociable, et que nombre de Français musulmans partagent d’ailleurs et c’est tant mieux.

Progressivement, des groupes influents et des leaders politiques rejoindront également ce mouvement, d’où qu’ils viennent, parce qu’il leur sera devenu évident qu’ils ont plus à gagner à en faire partie qu’à le combattre ou à l’ignorer. Le basculement de certains est imminent, et il entraînera d’autres basculements, inexorablement, car ce mouvement ne saurait être diabolisé comme l’est le FN. La France et l’Europe vivent la même chose, à peu de choses près, on retrouve d’ailleurs cette résistance en Suisse, en Hollande, en Autriche, en Belgique, en Allemagne, en Italie, et elle était présente aux assises. Il ne s’agit donc plus de sauver la France, mais de sauver l’Europe, contre l’Union européenne et ses élites technocratiques, qui sont la nouvelle extrême-droite.

La guerre a donc déjà commencé, mais c’est une guerre de l’information avant tout. Tant que la nouvelle extrême-droite qui est au pouvoir n’aura pas été démasquée et qualifiée comme il se doit, nous ne pourrons pas gagner. Tant que le rôle objectif du FN n’aura pas été compris, et qu’il représentera aux yeux des patriotes sincères une solution, plutôt qu’un problème, nous ne pourrons pas gagner. Mais je suis optimiste car la France éternelle ne sera pas freinée par une tactique politicienne de l’oligarchie en place. Après tout, le FN est un détail de l’Histoire de France.

L’union des patriotes, expression chère à Paul-Marie Couteaux, est en train d’avoir lieu, mais sans le FN. Les médias continueront sans doute encore longtemps à donner la parole au FN, mais Internet permettra de compenser cette inégalité de traitement. Quant à l’électorat, il arrivera en masse quand une alternative solide et crédible lui sera offerte, comme en Suisse où l’UDC est le 1er parti.

Toutefois la comparaison avec la Suisse s’arrête là, car chez eux les élections sont libres, tandis que chez nous tout est verrouillé par la nouvelle extrême-droite. Notre priorité est de rétablir la démocratie dans ce pays, et dès que ce sera possible de passer à la démocratie semi-directe comme en Suisse, afin de ne plus jamais retomber dans les affres de l’oligarchie qui dirige encore le pays. Pour l’instant, en France, élections rime avec piège à cons, référendum avec mensonge optimum, la solution militante se trouve presque exclusivement sur Internet. De Gaulle avait la BBC, nous avons Internet. Ce n’est plus combien de divisions, mais combien de visiteurs uniques par mois.

Justement, et ce sera ma conclusion, une déclaration d’indépendance médiatique doit être proclamée sans plus attendre, afin de constater que l’information n’est plus le monopole d’une caste de journalistes auto-proclamés, qui désinforme depuis si longtemps sur la plupart des sujets importants. Les médias alternatifs doivent se fédérer, afin de peser plus lourd dans la balance et accroître leur audience. Comme toujours en politique, il s’agit d’un rapport de forces. Les assises ont été visionnées en direct par plusieurs centaines de milliers de personnes, les sites et les blogs indépendants représentent une audience cumulée égale à celle des plus grandes chaînes de télévision. L’indépendance d’esprit passe nécessairement par l’indépendance médiatique. Nous gagnerons cette nouvelle guerre qui nous a été déclarée.

Jean Robin

Discours prononcé le 6 janvier 2011, à l’Assemblée nationale, à l’occasion des Etats généraux de l’Indépendance, organisés par les Cahiers de l’indépendance, le Rassemblement pour l’Indépendance de la France (Rif) et Debout la République (DLR).

Jean Robin vient de publier par ailleurs « La nouvelle extrême droite », aux editions Xenia.

http://www.enquete-debat.fr/archives/sortie-de-la-nouvelle-extreme-droite-de-jean-robin

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.