L’islam d’aujourd’hui, une source de danger pour les libertés (4e partie)

Publié le 21 octobre 2007 - par
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On reproche parfois que la dénonciation d’un islam pur et dur encourage à un climat de Choc des civilisations à la Huntington, et qu’il faudrait donc y mettre les formes, se livrer dans ce domaine pour la bonne cause à une autocensure.

Laïciser l’islam, seule voie pour contrecarrer la logique de Choc des civilisations

Mais précisément, pour prévenir ce risque, il faut dénoncer haut et fort les excès d’un islam qui refuse la modernité et fabrique ainsi le matériau idéologique qui nourrit les thèses de ceux qui cherchent à réunir les conditions d’un motif d’une guerre de civilisation de type nouvelle croisade, chrétienté occidentale contre monde musulman.

Il ne faut pas laisser une sorte d’alliance imprécatrice se mettre en place, sous cette logique, entre des camps ennemis qui rêvent de s’entretuer : entre un islam qui a montré en France son rejet des libertés lors de l’affaire des caricatures et son potentiel de violence à l’échelle internationale sans répit, de fatwas en attentats meurtriers, et une politique américaine de soumission du monde par la guerre, mise en œuvre après la chute du bloc communiste, favorisant l’islamisme et le terrorisme.

Le piège serait, dans ce contexte, de croire devoir choisir un camp, alors qu’il n’y a ici aucune alternative. Certains croient voir en l’islam un moyen de résister à l’influence de l’Amérique et le soutiennent de façon aveugle, telle la nouvelle théologie de la libération, défendant les pires manifestations de l’islam comme autant de signes du rejet du système, y compris, des organisations de défense des Droits de l’homme bien connues.

Une partie de l’altermondialisme suit cette dynamique, en se trompant totalement de camp, persuadée que les cultures, les religions, les minorités ethniques seraient un facteur de résistance à l’Oncle Sam, alors qu’elles font son jeu en justifiant la théorie du Choc des civilisations et en contribuant à empêcher l’élaboration de toute analyse relevant d’une logique de l’intérêt des peuples, identifiant les responsabilités d’une classe de dominants contre tous les autres.

Cette attitude nuit à la capacité de prise de conscience de l’état d’égalité de tous devant l’exploitation que répand la logique du marché, subjuguant les différences et nécessitant une réponse collective tenant son salut dans la capacité à les dépasser. Ce que craignent par-dessus tout les tenants de la mondialisation, ce sont des peuples conscients et unis, mettant l’homme au-dessus de toute marchandise, comme un bien commun sacré.

Tant que l’islam n’aura pas clairement fait son aggiornamento, il sera un danger mortel pour nos libertés. Mais celui-ci ne se ferra pas tout seul, pas sans livrer un combat politique sans merci à ses tendances les plus rétrogrades qui nourrissent son repli identitaire et sa nocivité anti-républicaine. La laïcité reste plus que jamais le combat progressiste au cœur de tout rassemblement promoteur d’un projet de transformation sociale face au libéralisme, qui passe par sa victoire sur tous les communautarismes.

Les hommes agents de leur histoire contre l’emprise des religions

Les libertés n’ont jamais été une révélation de la religion elle-même, mais se sont édifiées contre son emprise sur la société. Il a fallu des millénaires de civilisation pour que les hommes sortent de leurs têtes l’oppression d’une pensée religieuse organisant tout, omnipotente et interdisant l’épanouissement des facultés humaines dans le rapport de l’homme aux possibilités de son histoire, de ses conquêtes, de ses inventions, interdisant son émancipation.

Il faut être clair et net, l’islam, comme toute religion, si l’on se place du point de vue de sa théologie, est l’ennemi de la laïcité et de la démocratie : Dieu est maître du destin des hommes et que ceux-ci s’octroient le droit d’écrire le leur propre est un péché mortel. La religion est par essence portée à vouloir imposer l’ordre qui la définit dans le livre qui la fonde comme présence de Dieu sur la terre comme au ciel, car toute création vient de lui et doit lui obéir.

C’est l’expérience des hommes, au fil des civilisations qui ont été autant de prises de conscience successives, qui a repoussé la religion en dehors du pouvoir politique, avec les Grecs tout d’abord, décrétant le gouvernement des hommes par les hommes, préalable à l’invention de la démocratie, mais aussi en dehors de la sphère publique, avec la création de la République, après la grande révolution de 1789, qui avait vu s’imposer l’ordre humain contre l’ordre divin du monarque.

Si la question de la laïcité est si essentielle à la France, c’est, rappelons-le, parce que son histoire, est la conséquence d’un fait de taille, et unique : le peuple a mis en lieu et place du pouvoir d’un roi qui tenait celui-ci directement de Dieu et où la religion était dans le principe du gouvernement de l’Etat, la souveraineté de la nation, l’égalité entre les hommes par la loi qui les libère de toute soumission.

Cette Révolution était le reflet d’une des prises de conscience des plus essentielles, celle d’un peuple qui s’était rendu agent de son histoire : En changeant l’ordre établi ici bas, le peuple a concrètement renversé la vision religieuse du monde qui avait pour dogme que son sens trouve sa raison dans une puissance extérieure à l’histoire humaine : Dieu.

L’Etat devenait alors le garant d’une société de citoyens censés être par définition autonomes à l’égard de tout corps intermédiaire, par excellence, de l’institution religieuse. Après un combat d’un siècle contre le cléricalisme et le catholicisme d’Etat, la Troisième République est venue parachever ce tournant de l’histoire, en installant dans la loi la séparation de l’Eglise et de l’Etat : l’Etat ne s’occupe pas de la gestion du culte, la religion ne fait pas de politique.

Cette séparation reconnaissait l’autonomie du politique vis-à-vis de toute incidence de la croyance dans le champ des affaires publiques, dans le champ des libertés individuelles qui garantissent la liberté de penser du citoyen, conditions de la démocratie et d’une nation gouvernée, dans le principe, par la volonté du peuple.

Guylain Chevrier

Historien

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