L’islam d’aujourd’hui, une source de danger pour les libertés (5e partie)

Publié le 27 octobre 2007 - par
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Il existe tout un contexte idéologique fabriqué par médias et politiques, qui participe directement à l’encouragement en France au communautarisme musulman. Sur France-Info, la veille du Ramadan, on n’hésite pas à affirmer, « Entre 4 et 5 millions de musulmans commencent demain le Ramadan » faisant de tout individu d’origine d’un pays musulman un musulman croyant et pratiquant, alors qu’il n’en est rien. Façon de valider un pouvoir religieux sur des individus, des citoyens, réduit à l’état de communauté qui reste encore, heureusement à ce jour, largement une illusion. Mais pour combien de temps, peut-on s’interroger dans ce contexte ?.

Un climat idéologique qui encourage le communautarisme musulman

Le même jour, dans le magasin Auchan Val de Fontenay en banlieue parisienne, grande surface populaire s’il en est, on trouve un rayon dans l’allée principale, à quelques mètres de l’entrée, uniquement consacré à la mise en valeur d’exemplaires du Coran ! Que l’on vende dans les rayons spécialisés les livres référents des religions est tout à fait respectable et même utile à l’élargissement de la culture générale, mais mettre ainsi en avant les choses est la manifestation directe d’une volonté de tirer profit d’une communautarisation de la société que l’on encourage directement.

Ailleurs, on vante en plein Ramadan, dans le journal « Aujourd’hui en France » (daté du12.10.2007), les mérites de la filiale française de la chaîne américaine de restauration rapide KFC ( Kentucky Fried Chicken) très implantée en banlieue, qui sous le manteau, fait circuler l’information selon laquelle, la viande y est Halal, qui attire ainsi aujourd’hui une clientèle jeune très communautaire. Tout en jurant, fort à propos, ne pas vouloir en faire un argument de vente, le responsable achat et qualité au KFC, Nick Dawson explique, que cette orientation résulte du fait que leur fournisseur principal est le groupe « breton Doux » qui détient de nombreuses parts de marché au…Moyen-Orient, on croit rêver !

Un encouragement au repli communautaire venu de loin, présenté comme un service rendu à la population des quartiers. Une chaîne de restaurant qui contribue clairement et en toute impunité à une remise en cause du principe de neutralité appliqué dans la vie publique en France en matière de religion, en faisant commerce du communautarisme, rompant avec toute idée de laïcité, et participant ainsi à un encouragement à la mise en visibilité d’une population française d’origine immigrée, de la deuxième ou de la troisième génération, sous le signe de l’islam, véritable aubaine pour les islamistes qui travaillent à leur mise à part.

Sans compter avec le fait que de nombreuses personnes non musulmanes se voient ici imposer sans le savoir de manger halal, des produits alimentaires ritualisés, ce que banalise la chaîne de restaurant, alors que dans le cas des cantines scolaires qui ose ne pas proposer une alternative à une alimentation non halal on crie au racisme et au piétinement des droits de l’homme. Nous sommes ici en pleine dérive, à travers ces quelques exemples, d’une société française livrée au communautarisme et à la discrimination dite positive qui détruit toute idée de vivre ensemble, de peuple, de valeurs communes, d’intégration, Ceux qui se rendent responsables de cela, sous couvert de répondre à une logique communautaire qui serait un droit, doivent être mis en cause comme les architectes d’une discrimination négative qui œuvre à la justification de mises à part inadmissibles. C’est une tendance lourdes de notre société qui doit être fermement dénoncée.

L’islam mis au service de la domination libérale

D’autres voies concourent dans le même sens. S’il faut en croire Régis Debray, que l’on présente comme un penseur de la laïcité, « Dans le monde francophone, les pionniers de l’enquête patiente et du savoir positif se trouvent, pour une bonne partie, dans les couvents et les congrégations, chez les pasteurs et les moines, alors que prévaut dans les milieux laïcs ou athées une inertie passéiste » (Régis Debray Dieu, un itinéraire, Odile Jacob, p.10) préalable à la justification de l’enseignement à l’école publique de « l’histoire des religions » dans toutes les matières.

De quoi s’agit-il ici, il s’en explique : « Le rôle public revendiqué par les Eglises et les confessions, ou la vocation qu’elles s’attribuent d’informer le social, est un fait d’histoire » Certes, c’est précisément ce fait que la laïcité a fait reculer, ce rôle que se sont attribuées les Eglises en lieu et place d’une citoyenneté qu’il a fallu arracher. Tout le discours de Régis Debray vise à intégrer ceux, issus de l’immigration, par cette méthode qui consiste à faire entrer à l’école l’enseignement de leur religion comme gage de leur reconnaissance, sous couvert d’enseignement du « fait religieux », qui se traduit en ici par un encouragement à une mise à part, à l’enfermement dans une origine et une religion au lieu de répandre la laïcité.

On leur apprend ainsi, au lieu de la citoyenneté qui est l’apprentissage de la responsabilisation devant le bien commun et du vivre ensemble, dès le plus jeune âge à rester esclave d’un passé et d’un héritage figé qui les dissocient de la communauté nationale, ignorant les progrès du temps. Ceux qui sont les promoteurs de cette dynamique s’étonnent ensuite du rejet par ces jeunes d’un enseignement raisonné de l’histoire dont ils chahutent les cours dès que l’on évoque, entre autres, la shoa.

Mais écoutons notre Président de la République pour mieux comprendre le sens des paroles de Régis Debray : « Je suis convaincu que l’esprit religieux et la pratique religieuse peuvent contribuer à apaiser et à réguler une société de liberté » (Nicolas Sarkozy, « La République, les religions, l’espérance », Cerf, Paris 2004). Il invite, dans ce livre, à ce que la religion prenne en charge le lien social, qu’elle joue un rôle d’encadrement de notre société, et ce n’est pas un hasard ni la simple volonté d’un homme convaincu de sa foi.

Il le propose dans une perspective qui est celle d’un projet politique, qui a au cœur l’objectif de briser les valeurs collectives de liberté-d ‘égalité et de fraternité qui forment notre socle républicain, pour les remplacer par la croyance, cet allié de l’ordre établi, de l’individualisme, qui fait accepter les inégalités de la vie terrestre par la promesse d’une espérance d’une vie meilleure après la mort, qu’il encense : « Le fait religieux est un élément primordial en ce qu’il inscrit « la vie » dans un processus qui ne s’arrête pas avec la mort » nous dit-il encore. Cette façon de voir la religion comme primordial en dit long sur les dangers qui pèsent sur la laïcité en France.

Contre toute attente, cette volonté politique de faire jouer à la religion ce rôle tourné contre les intérêts du peuple, se lie à l’action d’une partie des altermondialistes d’extrême-gauche, qui croient voir dans le droit des minorités, un facteur de résistance au libéralisme mondialisé, encourageant ainsi la division des peuples en ethnies, religions cultures, qui joue en réalité contre leur capacité à se défendre. Ils encouragent sous cette logique en France un islam communautaire et séparé qu’ils soutiennent publiquement.

Comme Philippe Val, directeur de la publication et de la rédaction du journal Charlie Hebdo qui a publié les caricatures l’expliquait, le 21 février sur Arte lors d’un débat sur les caricatures, une certaine extrême gauche a fait alliance contre l’Amérique de Georges Bush avec les islamistes, comme le reflète l’image d’un Tarik Ramadan qu’on a vu aux tribunes des forums sociaux, donnant à ceux-ci un poids politique qui empêche de nombreux musulmans de choisir d’épouser les valeurs de la démocratie.

Mais derrière ces faits, derrière les complicités de cette montée d’un islam communautaire, il y a un projet, celui de la destruction des cadres nationaux comme facteur de résistance des peuples face à la mondialisation libérale par leur mise en division. Tout un jeu de lignes favorise de montrer les religions, à droite comme à gauche, chacun selon sa lecture, comme l’antidote d’un monde sans âme, avec des cadres nationaux programmés à disparaître sous le signe de la globalisation et les identités nationales avec elle, laissant un vide qu’elles sont prédestinées dans ce projet à occuper. Il n’est pas un hasard que la construction européenne passe par une soumission des nations via des cessions continues de part de souveraineté vers elle, avec une mise en avant du rapport métropole-région-Europe niant l’échelle nationale et le rôle des parlements nationaux. Le combat contre le communautarisme est un des fondements du combat antilibéral et anticapitaliste.

Guylain Chevrier

Historien

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