La « Chinafrique » et les différentes utilisations de l’immigration, au service de la mondialisation

Publié le 15 juillet 2008 - par
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C’est un livre écrit par Serge Michel et Michel Beuret . Très bien illustré par les photos de Paolo Woods (Grasset ) 19€ 50. La photo de couverture : l’employeur chinois est en short style colonial, portable vissé à l’oreille, tandis qu’un jeune noir en tenue de garde du corps tient un parasol pour protéger « le missié’ du soleil !

L’immigration choisie

En Chine, 120 millions de chinois ruraux ont rejoint les villes et s’entassent autour des grandes villes : ils cherchent du travail, et cela crée des tensions. La Chine bouillonne et pourrait bien se rebeller. Après la révolution culturelle, en décembre 1978, Deng Xiaoping a lancé le slogan révolutionnaire  » Enrichissez-vous !  »

Le deuxième changement, c’est la condamnation internationale de la répression après les évènements de Tienanmen. Le gouvernement veut obtenir les voix du continent noir aux Nations-Unies pour sortir de son isolement sur la scène internationale. Il va alors, par la voix du président Jiang Zemin, prononcer le mot d’ordre  » Sortez !  » (des frontières).

Après la Françafrique, la Chinafrique

Dans le secteur du BTP, la Chine rafle tous les gros marchés en affichant des prix 30% à 50% moins chers que les autres investisseurs dont les Français.

Les Chinois quittent la Chine avec un contrat de travail. Ainsi Mr Tu, 38 ans veut gagner plus pour pouvoir payer de bonnes études à son fils de 7 ans. Ils sont des milliers  » déterminés à suer sang et eau, à travailler plus de 10 heures par jour, à dormir dans les dortoirs de la compagnie, à manger à la cantine, sans échapper le moindre soupir de plainte ».
« Comment justifier que l’Afrique a besoin d’eux ? » se demandent les auteurs du livre. Alors qu’elle a un taux de chômage qui atteint parfois 50 % (en comptant les chômeurs non déclarés).
 » La réponse, disent les auteurs, c’est que les entreprises privées ou publiques sont constamment pillées par les élites politiques « .
Et que viennent chercher les entreprises chinoises en Afrique ?

Le pétrole…

Car les pays d’Afrique où la Chine investit le plus sont des pays producteurs de pétrole. Les coups État à répétition dans ces pays ? Chaque nouveau dictateur annule les projets du précédent et lance de nouveaux chantiers : les Chinois récupèrent l’acier, le refondent et le revendent à prix d’or !

Remarquablement organisés, ils sont capables de « redresser » une entreprise là où les bailleurs occidentaux ont abandonné : par exemple au Congo (le barrage d’Imboulou, endettement et instabilité politique avaient arrêté la construction).

Nos auteurs se sont rendus dans différents pays : le Soudan, l’Ethiopie, l’Egypte, le Cameroun, le Niger, le Sénégal, le Nigéria, le Congo, l’Algérie et l’Angola .Avec aussi le retour en Chine pour étudier la région d’où partent les Chinois : le Yiwwu

Nous ne pourrons prendre que quelques pays étudiés.

Au Congo : le ministre congolais de la Construction ne tarit pas d’éloges sur les Chinois :  » ils sont fantastiques, ils ont construit le stade, le ministère des Affaires étrangères, l’autoroute, le barrage d’Imboulou (cité plus haut), les logements. C’est du gagnant-gagnant  » dit-il , on croirait entendre Ségolène Royal . « Dommage pour vous, les Français  » ajoute-t-il faussement compatissant. » La Chine suscite évidemment des réflexes racistes , de part et d’autre , l’immigré et le « local ».
C’est que, en construisant les logements, les Chinois construisent également son palais, plus luxueux que l’ambassade américaine ! Ces logements, le ministre y tient parce que ce chantier joue un rôle central dans sa campagne électorale (il veut être élu député).

Les ouvriers congolais

Tout le monde est content ? Sauf les ouvriers congolais, engagés par les Chinois. Ils paient fort cher leur repas, ils travaillent dur, surveillés par des contremaîtres chinois :  » ils n’arrêtent jamais , dit l’un d’eux. Ce sont des robots diaboliques , ils nous traitent comme des esclaves, ils nous frappent avec des planches « .

Le ministre congolais a aussi deux discours, il se lâche parfois :  » Les Chinois sont en mission. Pour eux, l’entreprise est un instrument de conquête. Je pense que l’objectif de la Chine est de devenir la première puissance du monde ».

En Algérie : les Chinois construisent une autoroute. Le gouvernement a exigé 70 % de main d’oeuvre locale (ce qui est bien)  » nous avons besoin de leur culture du travail, ils font les trois-huit , ils travaillent sept jours sur sept  » dit Omar Oukil, conseiller en communication.
Des logements (30 000 sur 55 000) ont été confiés au leader chinois, mais cette fois, il y a des retards imputables à la bureaucratie algérienne (disent les auteurs).

L’Algérie est un exemple pour la mondialisation de l’économie :

1) Les entreprises occidentales investissent en Chine, c’est pour sous-traiter une partie de leur production. Cela enrichit la Chine (mais provoque le chômage de milliers de travailleurs !)

2) La Chine a besoin d’énergie (pétrole, uranium) de métaux, de bois. Les pays qui disposent de ces ressources en Afrique font monter les prix de ces matières premières. Mais ce sont les élites africaines qui s’enrichissent, sans penser à leur peuple ( obligé d’émigrer) et sans avoir entretenu leurs infrastructures coloniales.

3) le peuple, désespéré, se révolte (ou se tourne vers des mouvements extrémistes comme les islamistes).

Il faut donc faire appel à la Chine pour reconstruire ces structures indispensables : routes, chemins de fer, logements, réseaux d’eau etc…
Comme dit un Algérien en colère s’adressant à un Chinois :  » Vous n’avez pas envie de former les Algériens. La construction, c’est vraiment le dernier métier pour lequel on devrait faire appel aux Chinois ! Dire que nous autres, Algériens, avons reconstruit la France après la guerre … »

Car c’est bien là le problème, résumé admirablement p 260 :
 » Des Chinois pour extraire le pétrole, puis l’engouffrer dans un pipeline chinois surveillé par des miliciens chinois, à destination d’un port construit aussi par des Chinois…
Des Chinois, qui importent leur nourriture, qui font pousser leurs légumes avec des maraîchers chinois , des chinois enfin pour ARMER un pays qui commet des crimes contre l’humanité  » (1)

Il faut ajouter que les Chinois importent même leurs prostituées, établissant ainsi une concurrence libre et non faussée avec les prostituées locales, et s’imposant partout, dans le marché local, en vendant leur « pacotille » à des prix imbattables, ruinant les commerçants locaux.

La Chine qui n’a de communiste que le nom, utilise les mêmes méthodes que les pays capitalistes.

Elle se sert de son immigration, avec la complicité des pays « demandeurs » pour profiter de la croissance des pays d’Afrique. Les Chinois ont trouvé leur Far West (1) : c’est au Soudan : la Chine y mène une politique trouble de soutien au régime, et lui vend des armes.

Mais il faut lire ce livre passionnant et très bien documenté pour comprendre comment la MONDIALISATION capitaliste détruit les pays et les peuples .

Mireille Popelin

NOTE DE LECTURE

« Touche pas au plomb  » Isabelle Repiton et Pierre Cassen
édition « Le temps des cerises », 6, rue Edouard Vaillant, 93500 Pantin.
18 €

Une critique de ce livre a déjà été faite et publiée dans Riposte Laïque. Mais je tiens à vous dire toute la joie que m’a donnée ce livre : il m’a émue, bouleversée parfois. Pourquoi ? Parce qu’il parle d’un monde que je connais bien, le monde ouvrier, la classe ouvrière. Il évoque les luttes des ouvriers du livre, exemplaires à plus d’un titre, avec :

– la solidarité des travailleurs entre eux , leurs fêtes « A la…la  » autour de bonnes bouteilles ;

– leurs luttes âpres, pour défendre leur emploi, leurs salaires avec l’adhésion quasi obligatoire à la CGT . Mais cette adhésion obligatoire les rendait forts, face au patronat ;

– leurs luttes victorieuses pour garder leurs statuts, leurs salaires avantageux.

– leur obstination quand  » le plomb  » a disparu, à défendre leurs avantages et obtenir enfin des départs en pré-retraite honorables, sans licenciements !

Ce « bastion » pourrait servir d’exemple de ce que la « classe ouvrière obtient quand elle est forte, unie !
Renault, entreprise État, avait aussi obtenu des avantages considérables, avec une forte représentation syndicale :  » Quand Billancourt tousse, la France s’enrhume  » disait-on.
Cette classe ouvrière, il fallait la « casser » : l’Europe et la mondialisation ont oeuvré ensemble pour cela !

Comment cette classe ouvrière (tellement méconnue et méprisée par les bobos gauchistes) peut-elle s’organiser au niveau européen ? au niveau mondial ?

Le livre  » la Chinafrique  » montre bien les désastres de la mondialisation en Afrique , et comment les travailleurs sont utilisés, immigrés, locaux pour le plus grand profit de l’employeur mondialisé: CAPITAL

Lisez ce livre  » touche pas au plomb « , l’histoire de ces ouvriers exemplaires dont Robert Maxwell, le magnat de la presse britannique avait dit  » le livre parisien, c’est unique, ils ont réussi à faire un système socialiste, au coeur d’une économie capitaliste.  »

C’est le plus beau compliment que l’on pouvait leur faire !

« Allez, je lève mon verre

A la santé du confrère

qui nous régale aujourd’hui « 

Chant des typographes

Mireille Popelin

Paru dans le numéro 49 du 8 juillet

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