La France laïque doit se retirer de la conférence de Durban 2

Publié le 14 avril 2009 - par
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Regards de Femmes, association féministe et laïque a répondu à l’invitation de la LICRA de réunir les associations pour demander à la France de ne pas participer à la rencontre internationale de suivi des travaux de la conférence contre le racisme de 2001 qui se tiendra à Genève du 20 au 24 avril, dite « Durban2 ».

Nous dénonçons la confusion volontaire entre le racisme qui concerne les personnes et le blasphème qui concerne les idées, ce qui ne peut entrer dans le champ de la loi, à moins d’interdire de penser.

Cette confusion volontaire permet d’’instrumentaliser la lutte contre le racisme comme est instrumentalisée le combat féministe, au nom du relativisme culturel. Racisme qui empêche des personnes d’avoir accès aux droits universels. C’est pour cela que lors de l’affaire Truchelut, dans les Vosges, ou à Lyon lorsque la Licra régionale, a défendu la séparation des enfants à la cantine en fonction de la religion de leurs parents, séparation contraire aux principes républicains, nous n’étions ni dupes ni complices des obscurantistes et nous nous sommes opposés aux représentants locaux de la Licra.

Mais nous sommes toujours présentes pour défendre, ici et ailleurs, les droits humains fondamentaux universels.

En 2001, lors de la Conférence contre le racisme à Durban, les organisations de femmes qui pensaient pouvoir s’exprimer, comme lors de toute conférence onusienne, dans le cadre de la Conférence des ONG qui se tient parallèlement aux négociations gouvernementales, n’ont pas été autorisées à le faire. Au niveau des Etats, la République islamique d’Iran, adepte de l’enfermement et de l’invisibilité des femmes, proposait tout simplement que le mot « femme » soit supprimé de l’ensemble du texte des gouvernements.

Aujourd’hui, la Libye est élue à la présidence du Comité préparatoire de Durban 2, parmi les pays ayant accédé à la vice-présidence, la République islamique d’Iran ou le Pakistan, Cuba est le rapporteur.
Nous sommes donc légitimement inquiètes de voir la reproduction de 2001, préconisant l’obéissance aux dogmes religieux – principalement islamique –comme solution à tous les conflits sociétaux et internationaux.

On constate depuis quelques années la manipulation de certaines revendications des organisations féministes, au sein des institutions internationales, pour mieux museler les aspirations émancipatrices et universalistes des femmes.

Jusques et y compris la commission du statut des femmes. Jules Ferry avait légiféré pour une école publique, gratuite, laïque et obligatoire pour les filles comme pour les garçons parce que « celui qui tient la femme tient tout, c’est pour cela que l’église veut retenir la femme, c’est pour cela qu’il faut que la démocratie la lui enlève ». Les tenants de l’islam politique l’ont bien compris et ils envoient dans les manifestations internationales des femmes invisibles, puisqu’intégralement voilées, mais répétant le discours de Babacar ba (Ambassadeur de l’Organisation de la conférence islamique à Genève) « Lorsque vous parlez d’un musulman, c’est une identité, c’est la personne qui s’identifie à une religion. Donc vous ne pouvez pas faire la distinction entre la religion et la personne qui s’identifie à cette religion d’autre part. »

Refusant de cautionner ce processus, qui passe sous silence les racismes d’Etat perpétrés dans de nombreux pays, avec l’impossibilité de traduire en justice leurs responsables, le Canada se retirait en janvier 2008, suivi d’Israël en octobre de la même année. Les USA ont décidé de ne pas envoyer de délégation à Genève après avoir vainement tenté de négocier en février 2009. Le 5 mars, l’Italie se retirait également

Un nouveau projet fut présenté victorieusement le 17 mars. La focalisation sur Israël a disparu, mais le premier paragraphe, validé, renvoie au texte de 2001 qui vise Israël comme seul pays raciste. Il s’agit simplement d’enlever le caractère redondant !

La diffamation des religions a disparu de la nouvelle copie, mais la haine religieuse est interdite et les médias sont ciblés et responsabilisés : Pas de caricatures sur les religions. La lutte contre le racisme est instrumentalisée pour donner un rôle politique aux religions, en particulier à l’islam. Encore une fois, le «relativisme culturel» sert d’alibi pour justifier les atteintes aux droits des personnes.

Cette déclaration considère la religion comme «valeur intrinsèque des êtres humains» et introduit, pour la première fois dans un texte onusien, la notion d’«islamophobie». L’islam n’est pas une personne, mais une religion, c’est donc bien une menace sur la liberté de penser.

Si l’UE a obtenu que toutes les ONG présentes à Durban soient automatiquement accréditées en 2009, la tenue d’un forum des ONG a été refusée et elles seront confinées dans un espace réduit à Genève avec une liberté de parole restreinte.

La France laïque ne doit pas cautionner la confusion entre racisme et blasphème ni la soumission volontaire ou forcée aux diktats des religieux. Les femmes, aujourd’hui comme hier en sont les premières victimes.

Plus que tout autre pays, la France laïque, modèle et espoir pour tous les démocrates vivant dans les si nombreuses théocraties du monde, n’a pas le droit de capituler devant cette amalgame périlleux entre tradition et culture et doit se retirer de la conférence Durban 2.

Intervention de Michèle Vianès, lue par Dominique Peignoux,

vice-présidente de Regards de Femmes, antenne ile de France, lors du débat organisé par la Licra le 7 avril sur la conférence d’examen de Durban

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