La France n’a pas besoin d’immigration (2/4)

Publié le 14 octobre 2008 - par
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Le Centre d’Analyse Stratégique, dans un rapport intitulé « Besoins de main d’œuvre et politique migratoire » (mars2006- www.ladocumentationfrancaise.fr) l’affirme dans sa présentation même : « la France, à la différence de ses voisins, n’aura pas besoin, dans les 10 prochaines années, d’un recours massif à l’immigration de main d’œuvre en raison d’une situation démographique plus favorable » , tout en précisant que certaines branches d’activité souffrent aujourd’hui de difficultés récurrentes de recrutement …ce que nous n’avons pas manqué de noter dans notre premier article en montrant que cela venait d’une absence de politique de formation, d’un refus des entreprises d’améliorer l’attractivité de ces métiers et de leur assurer une rémunération satisfaisante ( trop heureuses de mettre ainsi la main d’œuvre dans une concurrence dévalorisante). Cela vient, en fait, d’un choix délibéré du système économique dominant pour mieux assurer sa domination sur la main d’œuvre et l’adaptation de celle-ci à ses seuls besoins dans les secteurs non délocalisables en particulier.

La France, en effet, bénéficie d’un dynamisme relatif de sa démographie par rapport à la plupart des pays européens …Les chiffres, que l’on peut obtenir auprès de l’INED comme de l’INSEE, exposent un taux de fécondité de 1,92 enfant par femme en 2004, 1,94 en 2005, 2 en 2006 et 1,98 en 2007, ce qui permet de dire que la croissance de la population française repose essentiellement sur l’excédent naturel et que le taux de renouvellement des générations est quasiment atteint.

Il faut ici s’interroger sur la part que prend dans ce résultat la population étrangère sur place. L’Institut national des Etudes Démographiques affirme que le nombre d’enfants nés d’une mère étrangère représentait 9,6 % des naissances en 1997, il en représente 12,4 % aujourd’hui ( « Le Figaro » en ligne – 21 / 08 /08) et, si la fécondité des étrangères est plus élevée que celle des Françaises (3,3 enfants contre 1,8), le fait qu’elles ne représentent que à 8 % des femmes en âge d’avoir un enfant limite l’impact sur le taux de fécondité global ( de l’ordre de 0,1 enfant).

Mais ces statistiques de l’INED sont parfois mises en cause (voir l’article de Michel Godet in « La Tribune » du 9 /05 /08 qui affirme que la part due à l’immigration dans les naissances est plus importante) dans la mesure où il est presque impossible de différencier « immigration étrangère » et « immigrant » devenu Français par naturalisation, de prendre en compte les naturalisations par la naissance sur le sol français , de recenser ceux qui sont nés à l’étranger, puisque le Conseil Constitutionnel prohibe toute statistique faisant référence aux origines ethniques…

Dans tous les cas, au jour d’aujourd’hui, toutes choses restant égales par ailleurs, il semble évident qu’à moyen terme, le renouvellement des générations soit assuré et qu’aucune décroissance de population ne soit à craindre…Les flux migratoires à venir, sur ce point, apparaissent inutiles.

Et inutiles aussi pour ce qui est de la population active dont on nous dit qu’il faut en assurer le maintien, l’accroissement même, afin « de payer nos retraites ». Remarquons qu’il y a quelque curiosité à entendre les tenants du MEDEF ou les économistes libéraux (et les responsables politiques et médiatiques qui les représentent) affirmer cela quand, en même temps, ils vantent les mérites des retraites par capitalisation et des fonds de pension américains (enfin, ces jours-ci, ils « l’ont mis en sourdine »…).

L’essentiel, pourtant, est que toutes les projections les plus récentes ( y compris celles de l’INSEE- voir « La Tribune » en ligne du 29 / 05 / 08 ) ne prévoient nullement de réduction de la population active dans les dix prochaines années…Mieux, elles imaginent qu’avec la poursuite de la généralisation de l’activité féminine ( dont on peut se réjouir) et des seniors ( après tout, on vit bien plus longtemps et en pleine énergie…), rien ne justifiera le recours à une immigration importante et régulière pour maintenir le volume de la population active au niveau des nécessités.

A l’horizon 2020 (et bien malin qui peut voir au-delà avec précision), le problème du remplacement des départs à la retraite ne devrait pas se poser, le rapport des effectifs des générations de 15 à 24 ans à celui des générations de 55 à 64 ans permettant à notre pays de pourvoir aux flux de ces départs. Ce constat est celui du rapport remis à l’Assemblée Nationale le 25 /01 /06 (1), tandis que l’INSEE, dans une projection démographique rendue publique le jeudi 29 /05 /08 ( « La Tribune » en ligne du 29 / 05 /08) fixait la population active à 28,5 millions en 2015 (contre 27,6 millions en 2005), notant cependant un réel vieillissement qui imposerait de repousser à plus de 60 ans la limite de l’activité légale.

Cette meilleure utilisation des compétences et des disponibilités des « seniors », liée à l’accroissement du travail féminin et à l’insertion rapide sur le marché du travail de populations « jeunes » formées de manière efficace et bien adaptée, serait de nature à éviter un rapprochement en nombre de la population active avec celle des personnes âgées hors travail.

Aussi, quand M. Attali en appelle – dans son « Rapport sur la croissance » remis au chef de l’Etat- au développement de l’immigration pour pallier les « difficultés présentes et à venir du marché du travail », il fait un choix politique et économique conforme aux intérêts étroits du capitalisme libéral, mais pas du tout à ceux de la Nation, puisque les chiffres réels comme maints autres rapports désignés ici montrent que rien ne justifie cet apport extérieur de main d’œuvre dans le moyen terme.

Cette réalité, d’ailleurs ,impose à elle seule un moratoire sur l’immigration, dans l’intervalle duquel le gouvernement de la France mettrait en place les mesures nécessaires pour lutter contre l’immigration clandestine ( avec tous les problèmes de travail clandestin, de fraudes, de réseaux mafieux, de sécurité générale, de logement, qu’elle pose) et pour construire une vraie politique d’intégration des immigrés légaux ( et des descendants de deuxième et troisième générations après l’arrivée des parents) en apportant des réponses conformes à l’intérêt général aux questions d’emploi, de logement, d’éducation, de culture, de langue, d’acceptation de la loi laïque et républicaine, que cette intégration suppose ( sans oublier l’obligation de retour pour qui n’accepterait pas les solutions proposées) .

Cela semble relever du simple bon sens, et prendre réellement en compte l’intérêt national…Pourtant, nul parmi les « castes dirigeantes » (poltiques, économiques, culturelles , médiatiques) n’en parle, sans doute parce que ces castes se réfugient derrière une antienne usée mais qui semble vraie à force d’être serinée : l’immigration, c’est la richesse de la France .

Encore une contre vérité comme nous le montrerons dans le prochain article.

Robert Albarèdes

www.laic.fr

1 – www.assemblee-nationale.fr/12/rap-info/i2831.asp)

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