La colère d’un Français, de Maurice Vidal, vu par l’auteur

Publié le 25 janvier 2010 - par - 1 781 vues

Le hasard veut que LA COLERE D’UN FRANÇAIS, rédigé de décembre 2005 à juin 2006 (et refusé, de 2006 à 2009, par quarante-cinq maisons d’édition), paraisse en 2010, dans un climat de tensions dues notamment au débat sur l’identité nationale et à vingt années d’«accommodements raisonnables» avec l’islam. Ce livre doit donc être pensé en dehors du débat précité, alors même qu’il interroge la France, et, par suite, ce que nous sommes en tant que Français. Par contre, sans lesdits «accommodements raisonnables», ce livre n’aurait jamais vu le jour.

LA COLERE D’UN FRANÇAIS dénonce, en effet, les reculs de la République face à des exigences religieuses qui font fi de la laïcité, ces dernières étant essentiellement musulmanes. Et voilà qui me vaudra d’être accusé de stigmatiser toute une population. J’aurai beau, en ce domaine, préciser ce que je voudrai pour montrer qu’il n’en est rien, je serai voué aux gémonies quand même ! Pourtant, celui qui dénonce les méfaits de la surcharge pondérale n’est pas accusé de stigmatiser les obèses, pas plus que n’est accusé de stigmatiser les jeunes conducteurs celui qui souligne leur part de responsabilité dans les accidents de la route ! Mais c’est ainsi : le passionnel n’a que faire de l’objectivité !

En conséquence, que penser de ce livre ?

Que du mal, si l’on considère que tout n’est pas à dire, qu’on doit se soumettre à la pensée du moment, qu’il faut faire allégeance à la différence uniquement parce qu’elle est différente, et surtout qu’on n’a pas à juger du religieux, parce que le religieux est sacré.

Que du bien, en revanche, si l’on aime la liberté d’expression, si l’on a le courage de dire «non» à ce qui nous est antinomique, si l’on garde à l’esprit que les rapports humains sont des rapports de forces, et si l’on a compris qu’à ne pas respecter le droit que l’on édicte, on n’a plus de droits !

Sur notre sol, les Français et ceux qui ne le sont pas – ces derniers seraient-ils seulement de passage – doivent obéir aux lois de la République. Partant, rien, qu’il s’agisse d’une conviction personnelle, d’un engagement politique, d’un code clanique, de valeurs communautaires, d’une philosophie, d’une religion ou de je ne sais quel dogme ou règle de vie… ne doit prévaloir contre ces lois. La «colère» de l’auteur vient justement de ce que les lignes rouges de la République sont dépassées depuis longtemps, et que ce dépassement n’est pas un élargissement mélioratif ou progressiste mais un retour à l’obscurantisme.

En outre, LA COLERE D’UN FRANÇAIS prend soin de montrer les inévitables équivalences de fond entre les exigences des «Droits de Dieu» et celles des «Droits de l’Homme» : de même que l’islam n’a pas à imposer ses valeurs à ceux qui n’en veulent point, de même nous n’avons à imposer les «Droits de l’Homme» à l’ensemble de la planète. C’est aux hommes de choisir les valeurs qui leur semblent les meilleures, et, s’ils le peuvent, le ou les pays qui les prônent. Mais choisir de vivre dans un pays dont on sait qu’il nous est axiologiquement contraire est un douloureux non-sens, sauf à vouloir fondre ce pays dans le creuset des valeurs que l’on apporte, ce qui n’est autre qu’une conquête territoriale déguisée. Quel pays accepterait cela ? Quelle est la réaction actuelle des Algériens face au comportement non algérien des Chinois qui ont choisi d’émigrer en Algérie ? Que demandent ces mêmes Algériens aux immigrés chinois sinon de respecter les mœurs et les lois algériennes ? Que demande LA COLERE D’UN FRANÇAIS sinon le respect des lois françaises à ceux qui ont décidé de vivre en France ?

Et dire qu’il se trouvera n personnes pour nier ce truisme ! Revendiquer une Algérie algérienne fleure le «droit des peuples à disposer d’eux-mêmes» ; revendiquer une France française serait «nauséabond» !

Et dire que ces mêmes personnes s’empresseront de voir dans mes propos une authentique croisade anti-musulmane, alors que le musulman est le bienvenu en France – comme peut l’être l’adepte de n’importe quelle religion – pour peu que le musulman et l’adepte en question se reconnaissent français avant de se reconnaître musulman, bouddhiste, shintoïste ou autre. Là est la clé de la laïcité. Refuser cette clé – qui ouvre et ne ferme point, puisqu’elle permet les libertés de conscience et de religion –, c’est refuser l’âme politique de la France, et finalement préférer les guerres de religion !

LA COLERE D’UN FRANÇAIS est donc un cri d’alarme contre ce risque, car l’Histoire peut aller en arrière, et la violence est infinie. Quant à ceux qui diront qu’un tel livre jette de l’huile sur le feu, qu’ils sachent d’ores et déjà qu’ils n’en auront pas compris l’analyse, notamment dans ses points théoriques les plus sensibles, comme le passage de l’islam à l’islamisme – qu’il est impossible d’évacuer du champ réflexif, alors même qu’il va de soi qu’un musulman n’est pas forcément un islamiste –, ou encore l’affirmation selon laquelle les valeurs ne sauraient s’égaliser, sauf à nier la signification du mot «égalité» : si nous avons aboli la peine capitale, n’est-ce pas parce que nous estimons que l’abolition est supérieure en valeur à la non-abolition ?

Au fond, ce que je crains – et cela transparaît tout au long de cet ouvrage – c’est que l’Occident n’ait pas suffisamment saisi l’inestimable de la pente rude et escarpée qui l’a conduit à pouvoir accepter en son sein ceux qui ne pensent pas comme lui. Partout ailleurs dans le monde, ceux-là savent qu’ils n’ont qu’à se taire et se soumettre, s’ils veulent éviter de se retrouver derrière les barreaux, voire en terre !

Si l’Occident accepte donc ceux qui ne pensent pas comme lui, c’est parce qu’il est ouverture. Puisse-t-il, en l’occurrence, ne point oublier qu’une ouverture dépend tout autant des valeurs qui la fondent que de celles sur lesquelles elle s’ouvre : les «sept chevreaux», de Grimm, s’en souviennent encore !

Maurice Vidal

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