La dérive islamiste d’une filiale de Radio France Internationale

Dans une lettre ouverte à l’opinion publique et aux autorités de tutelle, le syndicat des journalistes CGC de Monte Carlo Doualiya dénonce une grave dérive islamiste au sein de cette radio, filiale à cent pour cent de Radio France Internationale et placée sous la tutelle du ministère des Affaires étrangères [http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/13/1821-un-syndicat-proteste-contre-la-derive-de-radio-monte-carlo-doualiya->http://www.prochoix.org/cgi/blog/index.php/2007/11/13/1821-un-syndicat-proteste-contre-la-derive-de-radio-monte-carlo-doualiya].

Monte Carlo Doualiya, anciennement RMC Moyent Orient existe depuis 1972 et elle est supposée être la « voix de la France » en direction du monde arabe. Après avoir connu un très vif succès dans les années 70 et 80, en particulier grâce à l’exactitude de ses informations et à la liberté de ton de ses animateurs, Monte Carlo Doualiya connaît depuis le milieu des années quatre vingt dix une chute d’audience inexorable et vertigineuse, due à l’influence conjuguée de la montée de la concurrence dans le paysage audiovisuel arabe et à la baisse indéniable de la qualité de ses propres programmes.

La radio a traversé une série de crises internes ces dernières années et a connu une véritable valse des cadres dirigeants. La direction actuelle a changé en l’espace de deux ans trois rédacteurs en chef, une directrice de l’information et des programmes et un secrétaire général de l’antenne, sans parvenir à réaliser la « relance » qu’elle avait promise.

Sans parvenir non plus apparemment à enrayer la montée du radicalisme islamiste au sein de son propre personnel. Un ancien cadre de la radio souligne que depuis des années, le seul critère d’embauche au sein de la rédaction est la maîtrise de la langue arabe sans aucune considération pour la déontologie du métier voire pour les principes élémentaires qui régissent le métier de journaliste. La direction précédente avait cru trouver la parade au danger islamiste en maintenant en permanence au sein de la rédaction, une prépondérance de journalistes issus des minorités religieuses dans le monde arabe, en particulier les chrétiens libanais, excellents arabophones par ailleurs.

Cette « solution » n’était qu’un pis-aller, avait quelque chose de discriminatoire et ne répondait pas non plus à l’exigence de laïcité et de distance souhaitées dans le traitement de l’information complexe du Moyen-Orient. De plus, cette politique discriminatoire ne faisait qu’exacerber les tensions communautaires et renforcer à contrario la montée du radicalisme islamiste. L’affrontement entre les deux clans tournant à la véritable guerre civile. Et ce cadre se demande s’il n’existe vraiment pas en France et dans le monde arabe des journalistes suffisamment convaincus des principes républicains pour pouvoir faire un média arabophone répondant aux exigences du service public.

La direction actuelle semble avoir pris le parti de faire mine de ne rien voir et même de se laisser intimider par le clan islamiste, de loin le plus vindicatif. Le plus grave, c’est que ces « clans » se cachent derrière des étiquettes syndicales nationales et se servent des enceintes du dialogue social pour des règlements de comptes sordides.

La lecture du tract de la CGC qui s’est efforcée, selon son délégué syndical, de se maintenir à distance des deux clans et de continuer à prêcher la laïcité dans le désert, la lecture de ce tract donne quand même froid dans le dos, surtout lorsqu’on sait que les faits qui y sont rapportés se déroulent dans l’enceinte de la maison de la radio et dans une rédaction du service public !

Ainsi, on apprend qu’un « journaliste de la rédaction, délégué syndical SNJ de surcroît, a voulu interdire une émission sur une rafle dans un bar gay du Caire, sous prétexte qu’il est choquant de parler d’homosexualité pendant le mois du Ramadan ! Le journaliste en question s’était laissé aller à des crises d’hystérie, ponctuées de hurlements et d’imprécations en pleine séance de questions DP. Le même a remis ça en Comité d’entreprise il y a moins d’un an, sans s’attirer de la part du directeur général autre chose qu’une molle protestation. Et pas un mot du rédacteur en chef !

Le terrorisme intellectuel s’est révélé payant : combien d’émissions ces dernières années sur le drame que vivent les communautés homosexuelles dans les pays arabes ? Deux, trois ? A peine. Et combien de sujets au news ? Pratiquement aucun. »
On y apprend également qu’une « journaliste de la rédaction a imposé, en présence du rédacteur en chef, un « reportage » complètement bidon sur de prétendus ballons empoisonnés envoyés par Israël au dessus du Liban. Reportage inspiré directement par l’agit-prop du Hezbollah et qui a été diffusé sur notre antenne sans la moindre prise de distance et sans la moindre tentative de recouper les « informations » qu’il contenait. Ces informations étaient évidemment fausses. Pourtant, à ce jour, la radio n’a toujours pas diffusé de démenti ! »

On y apprend aussi que « la haine tenace d’un rédacteur en chef adjoint continue de poursuivre, les quelques journalistes qui ont osé publiquement protester contre l’arrivée annoncée d’une journaliste voilée, correspondante à Paris de la télévision d’Etat iranienne, protestations qui leur avaient valu d’être traités « d’ayatollahs de la laïcité » par l’ancienne directrice de l’information qui sévit désormais à France 24.

La journaliste voilée raconte dans un article publié le 7 novembre dans le quotidien libanais « Assafir », comment un responsable de la radio lui a expliqué pourquoi on ne faisait pas appel à ses services malgré une lettre lui annonçant qu’elle avait réussi le « concours » de recrutement, en lui disant que « certains journalistes de la radio refusaient la présence d’une femme voilée parmi eux. »

On y apprend enfin qu’un « délégué syndical (CFDT) a lancé en toute impunité et de manière systématique une véritable campagne de dénigrement, de déstabilisation et d’intimidation, à coup de mails calomnieux et insultants et d’attaques personnelles graves et humiliantes, y compris dans les questions DP (documents divers que nous tenons à disposition de l’entreprise qui les a de toute façon) une campagne dirigée contre des salariés presque tous non musulmans et presque tous libanais, allant jusqu’ à réclamer des « solutions radicales » contre certains d’entre eux. Malheur à ceux qui n’appartiennent pas à la bonne ethnie ou à la bonne religion ! Comme si on voulait leur faire comprendre qu’ils n’avaient pas leur place ici, à moins de se soumettre et d’accepter d’être des « dhimmis ». Renseignements pris; les « Libanais » en questionsont tous des citoyens français d’origine libanaise.

C’est semble-t-il cette dernière initiative aux relents de « nettoyage ethnique » qui a poussé la CGC à réagir et à taper du poing sur la table. Nous avons pu consulter la série de questions de ce « délégué du personnel ». Elle est pour le moins choquante !

Le PDG du groupe RFI, Antoine Schwarz, a adressé une lettre aux personnels de Monte Carlo Doualiya, appelant au calme, renvoyant dos à dos bourreaux et victimes, et rappelant au passage quelques lapalissades. On doute que cette attitude digne d’un Ponce Pilate puisse régler le problème. Et surtout, on se demande au nom du contribuable : « que fait-on de notre argent ? »

Jeanne Bourdillon

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