La discrimination positive : contradiction négative

Publié le 13 mai 2008 - par
Share

Dire, au pays de Descartes, que nous avons le devoir de combattre les discriminations – toute discrimination entrant en contradiction avec les principes rationnels d’égalité et de dignité dont nous ne devons pas nous départir si nous voulons un monde à visage humain – c’est dire que nous avons aussi le devoir de combattre la contradiction inhérente à l’expression « discrimination positive », et par suite que nous avons à combattre la discrimination positive au nom de la contradiction négative ! Car la contradiction est bel et bien flagrante ici, puisque la « discrimination positive » rappelle aux Français qu’elle entend sauver des discriminations qu’ils ne sont pas des Français comme les autres, ce qui revient à les déposséder à vie de leur qualité de Français, malgré les efforts déployés pour qu’ils soient français à part entière !

Or, si les immigrés, les gens de couleur ou les femmes font partie de ces discriminés-là, que n’applique-t-on les principes républicains ? Le préambule de la Constitution du 4 octobre 1958 ne déclare-t-il pas que la France « assure l’égalité devant la loi de tous les citoyens, sans distinction d’origine, de race ou de religion » ? Et celui de la Constitution du 27 octobre 1946 ne précise-t-il pas que « la loi garantit à la femme, dans tous les domaines, des droits égaux à ceux de l’homme » – ce qui revient à rappeler que tous les êtres humains sont « également admissibles à toutes dignités, places et emplois selon leur capacité et sans autre distinction que celle de leurs vertus et de leurs talents » (Déclaration des Droits de l’Homme et du Citoyen, article 6) ? Ces textes n’ont-ils pas pleine valeur ?

Par conséquent, exiger des quotas ethniques de représentativité, légiférer pour que 50 % de femmes figurent sur les listes électorales, créer des « zones franches » ou des « zones d’éducation prioritaire » relève d’une imposture – qui, du reste, se révèle contagieuse : distinguer une tenue de sport d’une tenue de classe et en faire la remarque à l’élève qui vient au collège en jogging constitue désormais une bavure ; rendre des copies et en dire les notes à haute voix est devenue une humiliation ; proposer la sélection à l’entrée des universités apparaît comme une abomination ; bref, préférer, hiérarchiser, lister, juger trahit un comportement déviant, ce qui ne manque pas d’être cocasse puisqu’il faut juger pour en juger!

Mais les partisans de la discrimination positive sont obligés de passer outre à cette cocasserie, tant ils ont à faire avec le principe selon lequel « x » aurait des droits qu’ « y » n’aurait pas, ce qui souligne les inconséquences d’une discrimination destinée à venir à bout des discriminations – comme si l’on pouvait vaincre les inégalités par de nouvelles inégalités !

Les fureurs dont Alain Finkielkraut fut l’objet suite à son analyse du soulèvement des banlieues de novembre 2005 en sont la navrante illustration, car ceux qui lui ont reproché d’avoir parlé d’émeutes « ethniques » plutôt que d’émeutes « sociales » ne proposent que des remèdes « ethniques » : n’exigent-ils pas un accès plus aisé aux postes d’encadrement, quitte à lever – pour les jeunes issus de l’immigration et pour eux seuls ! – le barrage des examens et des concours ? Ne demandent-ils pas une meilleure visibilité des minorités, notamment sur les listes électorales et le petit écran, ce qui revient à dire que « Marianne a besoin d’une psychanalyse collective », parce que « la France a changé » ? Ne travaillent-ils pas au remaniement des livres scolaires d’histoire -qui doivent d’une part faire l’impasse sur l’existence des religions préislamiques ou l’édification des cathédrales, et d’autre part souligner la nature criminelle de l’esclavage et de la colonisation pratiqués « exclusivement » – comme chacun sait ! – par l’Occident ?

Nous sommeront-ils bientôt de nous calquer sur la municipalité de Saint-Jacques de Compostelle, qui s’est débarrassée de la statue de Santiago Matamores, intolérable aux yeux des musulmans espagnols, ou sur celle de Saragosse, qui doit, à son tour, mutiler son blason des têtes de Maures évoquant la « Reconquista »?

Jusqu’où allons-nous descendre ?

Maurice Vidal

Print Friendly, PDF & Email
Share

Les commentaires sont fermés.