La finance islamique ou la magouille sonnante et trébuchante

Publié le 12 mars 2008 - par - 345 vues
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L’archevêque anglais de Canterbury l’a bien admis : il nous faudra nous accommoder de l’application de la loi islamique en Europe.

Ne faites donc pas semblant d’être étonné(e) et ne criez surtout pas à l’impérialisme ! Réjouissez-vous plutôt et souriez, car vous allez pouvoir faire de bonnes affaires avec l’argent des musulmans ! La loi islamique et ses barbus ne se cantonneront plus à gérer les affaires matrimoniales des musulmans en Grande Bretagne : ils vont mettre un peu de baume dans votre porte-monnaie.

A la bonne heure ! Visiblement, vous avez meilleure mine. J’ai certainement prononcé le mot qui vous va droit au cœur. Vous voyez bien que moi, le musulman d’Europe, j’ai bien intégré le discours ambiant et sais pertinemment à quoi mes concitoyens, surtout de la City et de la bourse de Paris, sont sensibles. Et voici ma valeur ajoutée, moi « la pièce rapportée » d’Afrique du Nord : grâce aux surplus en pétrodollars du Moyen-Orient, vos finances ne vivront plus dans le péché et vous constaterez qu’avec juste un peu de patience vous êtes tout à fait capable d’avaler quelques couleuvres !

La finance propre, conforme à la loi islamique, a beaucoup de chances d’arriver bientôt sur les comptoirs de toutes vos banques. Il est donc temps de vous tenir informés sur l’art et la manière de bien vous enrichir tout en respectant les règles établies par les sentinelles d’Allah sur terre.

Dissipons tout malentendu

Rappelons d’abord quelques banalités afin d’éviter toute incompréhension :

– Même si tout le monde sait que l’argent n’a pas d’odeur, n’espérez surtout pas que l’argent islamique ira financer ou dépanner votre élevage porcin en Bretagne, en Allemagne ou en Grande Bretagne !

– Vous n’êtes pas sans savoir que cette finance n’ira pas soutenir vos abattoirs, vos boucheries ou circuits de distribution si vous ne pratiquez pas l’égorgement à vif, sans étourdissement préalable des animaux. Il faut vous conformer à l’abattage licite en islam.

– Cette finance ne risque pas de s’engager dans vos appellations contrôlées du Bordelais, dans vos cépages de Bourgogne d’Alsace ou de Champagne. C’est un commerce illicite.

– Soyez sans illusions, vos cabarets, vos cafés et vos zincs qui vendent des petits ballons, vos magasins et super marchés qui distribuent des alcools, des vins et de la viande de porc ne sont pas des commerces licites et n’ont pas droit à l’engagement des finances islamiques.

-Malgré ses anciennes origines du Nord (de l’Afrique), Dany Boon ne peut compter sur ces finances pour réaliser un deuxième «Bienvenu chez les ch’tis » : on y boit trop de bière ! Le financement du cinéma français, en général, ne peut être licite : non seulement on s’y bécote sur les bancs publics, on y baise et on y boit de trop !

– Votre Moulin rouge, vos maisons de couture n’ont aucune chance d’avoir des crédits si vous ne licenciez pas toutes ces belles créatures, peu vêtues, qui dansent avec des hommes, se font habiller par des hommes et même photographier pour des revues de mode. L’islam nous prescrit de voiler cette beauté que nous ne saurions voir.

– A la rigueur, ces finances pourraient soutenir quelques revues et journaux qui ne disent jamais un mot de travers sur l’islam, mais Charlie Hebdo n’a aucun souci à se faire : ce n’est pas l’argent du Golfe qui viendra investir dans un journal concurrent pour présenter des caricatures plus salaces. A la rigueur cet argent servira à lui intenter un procès.

– Tous vos casinos peuvent certes s’attendre à voir arriver incognito des princesses et des princes du Moyen-Orient, mais vous ne risquez pas de voir la pureté des finances islamiques s’embourber dans la fange en achetant vos établissements où les jeux de hasard sont rois.

– Les couples qui vivent dans le pêché, pacsés, cohabitent sans se marier ou sont carrément homosexuels, ne pourront jamais espérer financer leur habitation et/ou cohabitation avec l’argent des musulmans. Votre banque et son instance de contrôle de la conformité avec la loi islamique veilleront à diligenter une enquête de moralité avant d’instruire votre dossier. Vous avez plus de chance de passer en priorité si vous avez épousé quatre femmes, en toute légalité islamique.

Le fond et la forme

Les malentendus les plus saillants étant clairement évités, abordons maintenant la question de fond sans oublier la forme. L’islam est plein de nuances : même si d’aucuns pourraient penser qu’il tient beaucoup plus à la forme qu’au fond, croyez-moi, il s’arrange pour veiller à la sauvegarde de vos fonds. Pour vous rassurez encore plus, disons sans détours que l’islam encourage le commerce et n’a jamais été anticapitaliste.

Trois principes généraux président aux finances islamiques et peuvent être résumés de la façon suivante :
– Le commerce et l’industrie (en dehors des activités et produits illicites) sont fortement recommandés. Les bénéfices que vous en tirez sont même considérés comme une bénédiction et un don divins.

– Les taxes islamiques que vous payez ne sont pas calculés en fonction du chiffre d’affaires ou des bénéfices mais uniquement sur le capital : le taux est de 2,5% (quart du dixième) par an. Oubliez donc les taux prohibitifs de la TVA, les taxes sur les bénéfices, en plus des impôts sur la fortune qu’ont inventés tous vos fiscs de mécréants. L’islam vous libère et vous affranchit de tous les carcans et de toutes les charges qui pèsent sur vos finances et les empêchent de prendre leur envol pour la conquête des marchés mondiaux !

– Certes le prêt avec intérêt est prohibé mais il vous est loisible d’investir votre argent avec prise de risque bien calculée, assortie de toutes les garanties matérielles qui vous conviennent.

Qu’est-ce qu’on ne ferait pas pour l’argent !

Ne croyez surtout pas les balivernes que peuvent vous raconter des journalistes ou des soi-disant spécialistes de la finance islamique. Ainsi, le journal Le Monde, dans un encart accompagnant l’article de Marc Roche (1) affirme sans vergogne que l’armement est une activité où l’investissement islamique est prohibé. Or vous savez bien que si vous avez un projet de fabrication des cimeterres, comme ceux avec lesquels s’amusaient dernièrement Sarko et le roi d’Arabie, croyez-moi que vous aurez immédiatement l’adhésion des pays du Moyen-Orient. Mieux encore ! Si vous avez des centrifugeuses plus performantes à vendre, n’hésitez surtout pas à contacter Ahmadinedjad, le très islamique président d’Iran.

Dans le même article du journal Le Monde, comme sur la page de wikipedia (2) consacrée à ce sujet, les « spécialistes » substituent le terme « usure » au terme « intérêt ». Or nous savons qu’un taux d’intérêt peut être usuraire comme il peut en dessous des taux d’inflation, comme c’était le cas en France avant les années Mitterrand. Ces mêmes « spécialistes » ne vous expliquent pas que toute la finance islamique est basée sur un subterfuge enfantin : comme tu ne peux pas m’emprunter de l’argent avec un taux d’intérêt pour financer ton ordinateur, nous procédons de la manière suivante en toute conformité avec la loi islamique. Je règle l’ordinateur à ton fournisseur et je te revends le même ordinateur en t’accordant des facilités de paiement. Tu me règles cela en quatre annuités et comme je suis bon commerçant, je réalise un bénéfice béni par Allah, allez disons 10%. Moins les 2,5% que je donnerais aux pauvres en guise d’aumône islamique, cela me laisse une marge très confortable de 7,5%.

N’est-elle pas belle la finance islamique ?!

Vous ne voyez pas la différence et ne saisissez pas toutes les nuances ?! Rassurez-vous, vous n’êtes pas seul(e).

Les finances islamiques, stricto-sensu, ne peuvent exister puisque tout établissement financier, dans la terminologie internationale, reçoit les excédents des uns pour financer les projets des autres tout en versant aux premiers une rémunération et en exigeant des emprunteurs un taux d’intérêt supérieur. Ceci lui permet de payer les locaux de son établissement, ses informaticiens, ses employés… et, selon les cas, de dégager des bénéfices ou subir des pertes (cas moins fréquent).

Or en islam, vous devez vous établir uniquement en tant que « commerçant » ou « industriel » : pour financez l’achat d’ordinateurs, d’immeubles, d’usines etc. par des particuliers ou par des entrepreneurs qui n’ont pas tout l’argent qu’il faut, vous devez faire semblant d’acheter des ordinateurs, des immeubles et des usines… et de procéder immédiatement à une vente à terme, avec prise de bénéfices, bien évidemment !

La finance islamique exige donc une adaptation des lois européennes pour faire semblant : puisque vous êtes un financier voilé, agissant sous étiquette de « commerçant et industriel », on n’exigera pas que vous payiez la TVA sur les ordinateurs que vous avez fait semblant d’acheter puis de revendre ; on n’exigera pas que vous passiez deux fois chez le notaire et d’en régler la note pour acheter l’immeuble puis pour le revendre et il faudra que nos règles de comptabilité s’adaptent à toutes ces magouilles qui n’ont comme finalité que de faire semblant de ne pas toucher des intérêts !

L’hypocrisie, les combines et les astuces (hyals) islamiques arrivent donc sur le comptoir de vos banques et il fallait que vous en connaissiez les grosses ficelles, chers concitoyens européens ! (3).

De plus, la banque ayant l’agrément islamique aura des érudits musulmans comme conseillers qui sauront exercer un droit de regard sur ce que vous faites de son argent : surtout pas de champagne ni d’alcools pour fêter l’acquisition de l’usine qu’elle vient de vous financer !

——
(1) Article intitulé « Gordon Brown se met à la finance « charia-compatible » », paru dans l’édition du 7 mars 2008

(2) http://fr.wikipedia.org/wiki/Finance_islamique

(3) Je vous recommande une saine lecture dans ce domaine : Maxime Rodinson, Islam et capitalisme , Éditions du Seuil, Paris 1966

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