La laïcité une nouvelle fois agressée

Publié le 9 septembre 2008 - par
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Notre République laïque et indivisible connaît depuis quelques mois des moments difficiles.
Depuis que le Président de la République, Nicolas Sarkozy, a replacé dans le débat public, l’importance de la religion dans l’existence de l’homme, nous assistons à des événements que l’on peut considérer comme une dérive des principes républicains de laïcité.

Alors que le Président de la République, de par sa fonction, doit être le garant de la séparation de l’Eglise et de l’Etat, inscrit dans notre Constitution, il a ouvert la boîte de Pandore, en réintroduisant, le fait religieux dans la vie publique.

Ses discours de Latran et de Ryad ont jeté le trouble dans le camp laïc et ont permis aux courants extrémistes religieux de peser sur les décisions de justice, comme le démontre les exemples ci-dessous.
Nous avons eu la tentative de faire annuler par une décision rendue le 1 juin 2008 par un juge du TGI de LILLE du mariage civil d’un couple de confession musulmane, pour cause de non virginité de son épouse.
Devant le tollé des associations laïques et de nombreux républicains, le parquet a dû faire appel de cette décision pour calmer les esprits.
Aujourd’hui, nous apprenons que le parquet de Rennes aurait reporté un procès devant se dérouler le 16 septembre 2008, à la demande d’un des avocats, assurant la défense d’un des prévenus du fait que son client était de confession musulmane.

En effet, Il aurait invoqué comme justification que la pratique religieuse de son client, en l’occurrence le jeûn du ramadan, ne lui permettrait pas d’être en mesure pour des raisons de « contraintes diététiques » et des obligations cultuelles qui s’imposaient à lui, d’assister dans les meilleurs conditions à son procès.

Le parquet se défend d’avoir accédé à la demande de la défense pour les raisons invoquées ci-dessus, ce qui n’est nullement l’avis des avocats de la partie civile.

Une fois de plus, nous sommes obligés de constater qu’une grave entorse aux principes de laïcité, semble avoir franchie les prétoires de notre République.

Que les avocats utilisent tous les moyens pour assurer la défense de leurs clients, l’on peut l’admettre, même si cela choque le laïc farouche que je suis. Par contre, ce qui me paraît totalement insensé, c’est qu’un juge du Siège puisse, sur des fondements nullement juridiques, déroger aux principes républicains de la séparation de l’Eglise et de l’Etat.
Cette décision, si elle s’avérait exacte, comme l’affirme les avocats des victimes, rompt les fondements mêmes de notre pacte laïque.

La justice de notre pays risque par cette ordonnance de renvoi, même, si elle ne fait mention pas du caractère religieux de la décision, semble avoir été influencée par le contexte dans lequel devait se dérouler le procès de ces prévenus.

Si nous ne prenons garde à ces dérives confessionnelles dans le débat public, nous risquons de voir se développer, de plus en plus, des revendications communautaristes, qui mettraient en danger notre cohésion sociale.

Pourquoi ne pas imaginer, dans ces conditions, d’interdire pendant le carême, tout procès qui viserait un citoyen de confession catholique ?
Nous devons stopper les atteinte portées à la laïcité par les fanatiques religieux, comme, nous avons pu malheureusement le constater dans le procès des Vosges, qui a fait condamner Fanny Truchelut, pour avoir refusé l’accès à une femme voilée dans les parties communes de son gîte et dont le procès en appel a eu lieu le 3 septembre 2008 devant le TGI d’Epinal.

Notre amie Fanny Truchelut doit être relaxée, car de cette façon, nous démontrerons que les atteintes à la dignité de la femme n’ont pas le droit de cité dans notre république laïque.

Nous envoyons des soldats français, combattre l’obscurantisme en Afghanistan, mais par contre nous tolérons ce même obscurantisme, en acceptant sur notre sol des femmes portant la burka, sous l’emprise d’extrémistes religieux, qui ne se reconnaissent nullement dans les valeurs de notre République.

Il n’est pas possible de tenir un double langage et il n’est pas admissible que nous reculions devant nos valeurs fondamentales.
La dignité et l’émancipation de la femme doivent être défendues partout, même en France.
Fanny Truchelut a été condamnée alors qu’elle défendait la condition féminine.

Le communautarisme doit être combattu, si nous voulons vivre ensemble quelque que soit, nos croyances.
A partir du moment, ou nous laissons le religieux dicter sa loi dans le débat public, nous portons atteinte à la démocratie.

C’est dans ce même ordre d’idée que des attaques nombreuses ont été proférées contre la loi de 1905, qui a reçu l’écho au plus haut sommet de l’Etat.

Ceux qui attaquent la Loi de 1905, s’en prennent en réalité à la République une et indivisible et risquent de faire éclater notre cohésion sociale, qui est déjà bien ébranlée par la situation économique, qui touche de plein fouet, un grand nombre de nos concitoyens.
La pratique d’une religion doit rester dans la sphère privée et ne pas heurter la conscience des non- croyants.

Nous devons réagir de façon énergique en créant un front républicain contre ces tentatives de soumettre la loi républicaine aux pratiques religieuses qui traversent notre pays, si nous voulons éviter que le communautarisme prenne le dessus et conduise notre pays dans un affrontement d’un autre monde.

Fabrice Letailleur

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