La liberté de porter le voile vue par le président des Etats-Unis

Publié le 8 juin 2009 - par - 212 vues
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Dans son article intitulé « Egypte : la forfaiture d’Obama qui défend le voile, la trahison d’Hillary Clinton qui le porte », Cyrano met en lumière la complaisance avec laquelle certains dirigeants deviennent complices des dérives prosélytes de l’Islam.

Je me permets donc ici de citer un extrait de l’article de Cyrano, particulièrement édifiant à plus d’un titre, et qui reprend les paroles prononcées par le Président des Etats-Unis d’Amérique Monsieur Obama : « Je rejette les vues de certains en Occident pour qui le fait  » qu’une femme choisisse de couvrir ses cheveux a quelque chose d’inégalitaire ….  » …. Le gouvernement américain s’est porté en justice pour protéger le droit des  » femmes et des filles à porter le voile  » et  » punir ceux qui voudraient leur dénier.  » »

A titre personnel, une telle déclaration m’inquiète autant qu’elle m’afflige. Et ce à double titre :

1- « …. Les vues de certains en Occident … » : qui sont précisément  » certains  » ?

Je crois qu’il faut toujours avoir le courage de désigner ouvertement ceux dont on condamne, à tort ou à raison, les convictions. Parler de la sorte de  » certains « , serait-ce là l’expression d’un mépris affiché officiellement à l’encontre, par exemple, des défenseurs de la laïcité à la française ?

A ce titre, je suis très attristée par l’intolérance exprimée par le Président Monsieur Obama à l’égard de ceux qui pensent différemment de lui sur le thème du port du voile.

Car, voyez-vous, chers lecteurs, quels que soient les thèmes abordés, chacun de nous peut avoir une approche, une réflexion et une logique qui font apparaître des divergences, certes parfois profondes, tout en restant néanmoins un républicain convaincu et profondément laïc. Laïc ne signifiant en aucun cas qu’il soit interdit d’être croyant dans sa vie privée – ce qui du reste est tout à fait respectable – mais, tout au contraire que, quelle que soit sa religion, on ne l’impose pas dans la sphère publique.

Sur ce point, je ne vous cache d’ailleurs pas que je suis pour le moins exaspérée par le sectarisme, voire la violence verbale de quelques lecteurs ou ex-lecteurs de Riposte Laïque.

De fait, les réactions parfois fermes des rédacteurs de Riposte Laïque, sont à ce titre justifiées …. encore qu’elles demeurent à bien des égards modérées si l’on considère objectivement le caractère insultant de certaines réponses de lecteurs. Je pense ici notamment à la réponse de Cyrano faite à Patricia Boupaco dans le précédent numéro de Riposte Laïque et chacun comprendra ensuite ce qu’est l’esprit laïc ainsi que le lien direct avec le thème de départ du présent article.
Qu’écrit Madame Boupaco ? : « A Riposte laïque ou plutôt à Dénonciation …. Je cherche encore laïque. …. Ce que je découvre chaque fois en vous lisant n’a rien à voir. Ce n’est que dénonciation, refus parfois ouvertement haineux de la présence d’immigrants, explications et raccourcis faciles et tellement simples des problèmes de la société. On retrouve enfin un bouc émissaire. Bien entendu, les musulmans étant plus faciles à voir – le foulard facilite les choses – ils sont la cible privilégiée de tant d’attention. L’histoire a la mémoire courte c’est bien connu …. »

Ce n’est jamais anodin d’employer les termes de  » dénonciation « , de  » haine « , de  » bouc émissaire « . Le recours à de tels termes est du reste toujours très grave, quel que soit son interlocuteur. Et c’est en l’occurrence d’autant plus injustifié qu’il n’y a ni haine ni dénonciation ni bouc émissaire dans les argumentations de Riposte Laïque. Il n’y a que le rappel des fondements de la Loi républicaine laïque, ceux de la Loi dite de Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905.

Mais pour démontrer ce que j’affirme ici, relisons ce que répond alors Cyrano à Madame Boupaco : « Vous êtes malhonnête intellectuellement parce que mal à l’aise devant ce que nous écrivons …. Ce sont des gens comme vous, qui avec des discours pleins de bons sentiments et de compassion, contribuent à la poursuite de la catastrophe qui est en train de se dessiner et que vous n’avez pas même le courage de reconnaître. …… Vous êtes sans doute une femme sincère, aux engagements respectables …. »

Voilà une illustration parmi d’autres de ce qu’est l’esprit laïc : l’acceptation de la différence d’opinion, à la seule condition que cette différence respecte le cadre préalablement fixé par la loi républicaine laïque française, avec ses règles et aussi ses exigences. A l’inverse, une société qui ne repose sur aucun cadre républicain et démocratique, de surcroît laïc, est une société qui tombe dans l’anarchie ; autrement dit le chaos.

Mais en tout été de cause, la laïcité, ce n’est jamais la haine de l’autre, la dénonciation, les invectives en tous genres. Jamais. On peut toujours se parler, argumenter son propos sans insulter son interlocuteur. Et cela, les défenseurs du port du voile en France ne le respectent pas puisqu’ils rejettent, le plus souvent, l’opinion de ceux qui ne pensent pas comme eux.

2- Second volet des propos tenus par le Président des Etats-Unis d’Amérique Monsieur Obama, au Caire : « Le gouvernement américain s’est porté en justice pour protéger le droit des  » femmes et des filles à porter le voile  » et  » punir ceux qui voudraient leur dénier.  » »

Ces propos sont d’autant plus préoccupants que le Président des Etats-Unis d’Amérique ne peut ignorer la condition effroyable des femmes en Afghanistan.

Porter la burqa est-il un droit ? Toutes les femmes d’Afghanistan ont-elles choisi librement d’étouffer sous la burqa ? Et si tel était-ce effectivement le cas, comment expliquer dès lors que des centaines de femmes afghanes tentent chaque année de se suicider par immolation ?
Alors, évidemment, j’entends d’ici ceux qui vont me rétorquer : « Mais vous confondez tout, le voile n’est pas la burqa. » Permettez-moi de leur répondre que bien au contraire ! On sait comment les processus s’opèrent : les femmes ont d’abord  » le droit  » de porter le voile et puis ensuite, l’obligation de porter le voile. Pour enfin quelques années plus tard n’avoir plus que l’obligation de s’asphyxier dans la prison de la burqa.

Comment comprendre que l’Afghanistan, l’héritière d’une immense culture située à un carrefour de civilisations (aryenne, gréco-bactrienne, bouddhiste …) et qui fut au cours des siècles le centre de plusieurs grandes dynasties de l’Asie centrale, soit devenue musulmane à 98% et ne considère plus même les femmes comme des êtres humains ? J’invite chacun à méditer profondément mais en urgence cette douloureuse question.

Alors, oui, à force d’encourager les gouvernements occidentaux à demander, au nom d’un respect qui n’en est en réalité pas un, la mise en œuvre du  » droit  » des femmes à porter le voile, nous allons effectivement à la catastrophe. Et dans la ligne droite de ce que je viens d’écrire, je salue sur ce point le récent article de Brigitte Bré Bayle « J’ai interpellé une voilée féministe ».

C’est donc avec ce genre de discours politique que, dans dix ou vingt ans, les jeunes filles de la Nation auront d’abord, en France et en Europe, le droit de porter le voile puis seront, à terme, obligées de le porter parce que certains dirigeants auront laissé une religion imposer ses dogmes dans la sphère publique laïque. A la République. Et cela, nous ne pouvons pas le laisser faire, nous laïcs. Il faut donc que nous soyons de plus en plus nombreux à réagir et à nous opposer à cet état de fait.

Il n’y a là aucun  » racisme  » dans ce que j’écris. Je fréquente en effet beaucoup de laïcs mais aussi des personnes de toutes confessions religieuses. Or, elles ont toutes un point commun : elles ne confondent jamais leur pratique religieuse avec les fondements et principes de la laïcité.

Pas un seul juif que je connaisse n’invoque le shabbat quand les exigences de sa profession le conduisent à travailler le vendredi soir ou le samedi. Pas un musulman que je connaisse n’invoque la période du Ramadan pour demander un aménagement de ses horaires de travail. Pas un seul chrétien pratiquant que je connaisse n’invoque l’impérative nécessité de sa présence à la messe quand il travaille le dimanche.
Tout ceci prouve que l’on peut être de confession israélite, musulmane ou chrétienne et respecter parfaitement l’esprit laïc de la loi républicaine française. Je ne dis pas, dans les cas décrits ci-dessus, que c’est toujours facile. Mais en tout état de cause, c’est toujours possible, à condition seulement de le vouloir.

Il n’y a aucune intolérance dans ce que j’écris. Juste le respect de l’esprit de la Loi de Séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905. Juste cela.
Quant à l’école publique laïque française, elle ne doit pas devenir la complice de considérations d’ordre religieux, quelle que soit la religion concernée, au nom de la  » tolérance « . Mais sur ce point, l’Etat français a enfin réagi en 2004 en faisant voter une loi interdisant le port d’insignes religieux à l’école publique laïque française. Je rappelle, à ce sujet, les termes on ne peut plus clairs de la circulaire n°2004 – 084 du 18.05.04 (Journal officiel du 22.05.04) : « Les signes et tenues qui sont interdits sont ceux dont le port conduit à se faire immédiatement reconnaître par son appartenance religieuse tels que le voile islamique, quel que soit le nom qu’on lui donne, la kippa ou une croix de dimension manifestement excessive. La loi est rédigée de manière à pouvoir s’appliquer à toutes les religions et de manière à répondre à l’apparition de nouveaux signes, voire à d’éventuelles tentatives de contournement de la loi. »

Ma conclusion ? Je pense qu’Alain Rubin a excellemment résumé la situation dans un article paru récemment à Riposte Laïque : « Or, la vie quotidienne montre que toutes les religions ne  » pèsent pas  » … ne prétendent pas que leurs propres normes spécifiques doivent pouvoir être opposées à la loi commune.
Toutes ne prétendent pas que si la loi n’est pas d’accord avec leurs dogmes au quotidien, alors c’est que la loi est injuste, que la loi est raciste, qu’elle doit impérativement être changée et en attendant, qu’elle n’est pas digne de respect. »

Voyez-vous, chers lecteurs de Riposte Laïque, autant j’ai beaucoup aimé le discours prononcé ce 06 juin 2009 par le Président des Etats-Unis d’Amérique Monsieur Obama sur la Commémoration du Débarquement ; autant je ne peux en aucun cas cautionner les propos du Président Obama prononcés au Caire sur le chapitre du port du voile.

C’est une affaire de conscience personnelle : celle qui consiste à protéger nos filles pour leur proposer un avenir où la dignité des femmes sera respectée n’importe où dans le monde.

En somme, moi aussi j’ai fait un rêve : celui d’un monde meilleur. D’un monde où les femmes ne souffriraient ou ne redouteraient plus d’être simplement nées femmes.

Bonapartine

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