La mondialisation : libre circulation des entreprises, des travailleurs, mais aussi des normes, des voiles et des burqas…

Publié le 15 juillet 2008 - par - 319 vues
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Autour de 1980, le soviétisme s’écroulant, les actionnaires des grands groupes (industriels, commerciaux, financiers) et les hommes-femmes politiques qui les appuient, choisirent d’imposer le libre-échange mondialisé, c’est à dire la libre circulation des marchandises, des entreprises, des capitaux et de la force de travail à l’échelle planétaire. Ils décidèrent de revenir sur les avancées sociales qu’ils avaient dû concéder au salariat et aux couches moyennes à la Libération, dans le cadre d’un rapport de force géo-politique Est-Ouest (Soviétisme-Capitalisme) qui leur avait été alors défavorable : ils remirent en cause la régulation sociale fordo-keynésienne des Etats-Nations occidentaux (Sécurité sociale et retraites par répartition, Système National Public d’Education, Services publics, salaires élevés et profits plus bas, etc.) qui caractérisait les « Trente Glorieuses ».

La politique de Reagan enclencha le démarrage intensif de cette offensive qu’on appelle couramment le retour du Néo-libéralisme. La bourgeoisie, en devenant alors cosmopolite, pouvait ainsi décider par-dessus les Etats-Nations et leur organisation politique : la démocratie commença à devenir une coquille vide comme le montre la ratification, en décembre 2007, du Traité de Lisbonne qui bafoue le NON des Français à la Constitution européenne.

C’est donc dans ce contexte de destruction et d’abandon des politiques de développement des Etats-Nations, qu’ils fussent développés ou sous-développés, que les flux migratoires s’intensifièrent. Ainsi des hommes, des femmes, des enfants partirent sur les routes planétaires à la recherche d’un travail qui leur permettrait de manger, de survivre. D’aucuns même au prix de leur vie, d’autres pour découvrir les filières mafieuses et la misère de l’exploitation dans l’Eldorado qu’ils avaient cru atteindre dans les sociétés d’arrivée. Pour faire vite, la société française est dans ce processus depuis les années 1980.

Mais la libre circulation des hommes et des femmes ne s’apparente pas à la libre circulation des marchandises, des boîtes de sardines, des savonnettes, etc. Ces hommes et ces femmes ont été socialisés dès leur naissance dans des sociétés qui ont une histoire, une organisation sociale, des valeurs et des normes, une conception du politique, du religieux, des rapports hommes-femmes, etc. Que doivent-ils en faire dans la société d’arrivée ? Les abandonner ? Les « bricoler » comme dit Claude Lévi-Strauss ? Les imposer à la société d’accueil ? Là est la question posée à toutes les sociétés de la planète si la mondialisation capitaliste s’approfondit encore.

La libre circulation des travailleurs a donc amené en France des hommes et des femmes socialisés dans des pays où religion (l’Islam) et politique (l’Etat) ne sont pas séparés. Où la vie privée individuelle n’est pas séparable du poids de la communauté ethnico-religieuse d’origine comme, quelque part, dans le système brahmanique des castes en Inde. Où il n’est pas concevable qu’un individu soit libre de construire la vie qu’il désire indépendamment de sa socialisation de départ. Où il doit être ad vitam aeternam attaché à ses origines, à « ses racines », sans jamais pouvoir changer. Où la domination masculine sur les femmes est la norme. Où l’islamisme politique est en train de renvoyer au Moyen-Age les rapports sociaux, dont la condition féminine.

Cette libre circulation planétaire néo-libérale des hommes et des femmes dans les Etats-Nations en liquidation, les mouvements islamistes l’ont bien comprise et cernée. Ils se sont mis en tête de l’utiliser pour réaliser leur dessein politique : une théocratie islamique planétaire, en un mot l’Oumma. Pour atteindre ce but, ils ont entrepris de contrôler partout la diaspora des immigrés, en la postulant immuablement musulmane et, mieux, acquise à l’islamisme, c’est à dire la théocratie qui ne sépare pas le religieux de l’Etat, qui impose la domination masculine discriminative sur les femmes.

C’est ce que la revue Prochoix, dirigée par Caroline Fourest, montre dans son numéro du 13 décembre 2007 quand elle rappelle « ce que déclarait Khadafi devant les caméras Al-Jazeera TV à propos de l’Europe », le 10 Avril 2006 :  » L’Europe sera musulmane ou devra déclarer la guerre aux Musulmans ! Tout le monde doit devenir musulman. (…) Il y a 50 millions de Musulmans en Europe. Il y a des signes qu’Allah va faire triompher l’Islam en Europe — sans sabres ni armes ni conquête militaire. Les 50 millions de musulmans vont transformer l’Europe en un continent musulman en quelques décennies. (…) Allah mobilise la nation musulmane de Turquie. Ce qui ajoutera 50 autres millions de musulmans en Europe. C’est fâcheux pour l’Europe, comme ça l’est pour les Etats-Unis. Car ils vont devoir accepter de devenir Islamiques et suivre le cours de l’histoire ou déclarer la guerre aux Musulmans. »

Faut-il prendre cette déclaration de Khadafi pour une stupidité ? N’est-ce pas aussi le programme politico-religieux des mouvements qui se réclament d’Al-Quaida ? Cette stratégie n’est-elle pas déjà à l’œuvre en France, en Europe, au Canada ? Et chaque fois déclinée selon le régime politique concerné, selon la spécificité du droit, des lois ?

En France cette stratégie fonctionne via la notion de « laïcité ouverte ». Mais aussi via l’emprise religieuse au coup par coup sur la société et, ce, au nom de la liberté d’opinion dans l’espace public :

● port du voile, du niqab, de la burqa pour habituer les non-islamistes, musulmans inclus, à la domination masculine sur les femmes ;

● nourriture halal dans les cantines des écoles publiques laïques pour se démarquer du reste des élèves ;

● contestation des contenus scolaires et artistiques, recours au délit de blasphème ;

● piscines pour les femmes ; revendication de médecins féminins pour les femmes dans les hôpitaux ;

● carrés musulmans dans les cimetières laïques, pour marquer l’apartheid jusque dans la mort.

N’est-ce pas devant cette machine tentaculaire que s’est retrouvée Fanny Truchelut dans son gîte des Vosges, seule devant une Justice mécaniquement utilisée par l’islamisme politique ? Il est évident que la liste est loin d’être close et que les procès pour obtenir des jurisprudences risquent de se développer.

Devant une telle entreprise, se borner à tenter de convaincre de leurs erreurs les islamistes parce qu’il faut défendre la liberté d’opinion, est une bataille perdue d’avance. Comme elle l’aurait été s’il avait fallu persuader de leurs erreurs les Nazis et tous leurs soutiens quant à leur projet d’une société aryenne dans une Europe unifiée par un Reich millénaire. A ce stade, il ne s’agit plus d’un débat contradictoire entre des opinions.

Ne pas réagir, c’est laisser les islamistes détruire les civilisations qui se sont nourries de l’Islam. Combattre en France la prolifération des voiles, c’est combattre la discrimination des femmes, la permanence du machisme, le contrôle religieux de la liberté d’expression et de création, l’apartheid entre les musulmans sous la coupe des islamistes et le reste de la population. Cela n’a donc rien à voir avec la « guerre des civilisations » et le racisme. C’est même exactement le contraire. C’est le combat pour une République, laïque, féministe et sociale. Combat qui nécessite de refuser toute mondialisation, négatrice de la démocratie.

Pierre Baracca

Paru le 19 décembre, dans le numéro 19

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