La pratique de l’Islam peut-elle être discutée ?

Publié le 13 septembre 2010 - par
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Les tenants de l’islam, religion d’amour et de paix réagissent à l’article d’Abdennour Bidar « la lapidation preuve extrême de la violence de l’islam »

Dans le numéro 160 de Riposte Laïque, Chantal Crabère saluait à juste titre l’article d’Abdennour Bidar paru dans le Monde du 30 août. Dans cet article l’auteur analysait de façon très pertinente les pratiques induites par la religion musulmane et le lien entre lapidation et respect du ramadan. A la lecture de cet article intelligent, je m’étais interrogée sur la capacité pour l’islam à opérer une évolution que beaucoup prétendent souhaiter mais qui se heurte à l’impossibilité de réformer l’islam dans la mesure où pour les croyants en cette religion la parole de Dieu n’est pas susceptible d’être discutée puisqu’elle est la parole de Dieu. Aussi n’est-il pas surprenant que l’article d’Abdennour Bidar ait déclenché de violentes réactions sur le web.

On trouve sur le site « islamdefrance.fr » un article qui condamne l’article de Bidar en ces termes (avec les fautes d’origine).

http://islamenfrance.fr/site/2010/08/31/abdennour-bidar-franchit-le-cap-du-blaspheme-avec-sa-tribune-dans-le-journal-lemonde/

Après avoir repris la partie effectivement la plus intéressante de l’article du Monde:

« Il n’y a peut-être pas de commune mesure entre la pratique ignoble de la lapidation des femmes et celle du ramadan. Mais il y a entre elles ce rapport que le discernement doit savoir établir entre une radicalité générale et l’un de ses excès les plus extrêmes. Ici et là, ce qui se manifeste est une violence infligée à la personne humaine au nom de la religion. L’islam n’a pas commencé de dénouer le rapport qui unit la violence et le sacré.
Chacune de ses pratiques en porte la marque infamante, à des degrés certes très divers mais toujours repérables. Les cinq prières quotidiennes exigées à heure fixe ? Une violence morale faite au jugement personnel d’un être humain qui pourrait prétendre choisir les moments qu’il veut consacrer à sa vie spirituelle. Le pèlerinage à La Mecque ? Une violence symbolique et politique par laquelle l’islam mondial est maintenu inféodé à la tutelle du wahhabisme saoudien.
Il ne s’agit pas de condamner ces pratiques rituelles – jeûne, prière, pèlerinage – en tant que telles. Elles peuvent offrir un support efficace au besoin éprouvé par tel individu de mener une vie spirituelle (étant bien entendu que celle-ci peut aussi se conduire hors de tout champ religieux). »

Ils en font le commentaire suivant :

« Abdennour Bidar prouve une fois de plus son appartenance à cette nouvelle génération se revendiquant musulman si ce n’est que par la culture, la langue, le teint basané, … Comment est-on musulman alors Mr Bidar si ce n’est par des actes de dévotions et d’adorations ? Le sommes nous selon nos propres valeurs ? A en croire cette tribune Mr Bidar vient de créer une nouvelle religion qui ne fixe aucune norme, aucune moral, aucune reconnaissance en faveur du Créateur.
La pression politico-médiatique aux tendances islamophobes en fera tombé d’autres dans la mécréance, priez Dieu Tout Puissant pour ne pas vous retrouvez dans cette situation … »

Ce site n’est qu’un parmi tant d’autres, pas le plus intégriste, mais cet article démontre une fois de plus la distance qui sépare des musulmans éclairés et les autres pour qui l’islam et ses pratiques ne peuvent se discuter. Dès qu’ils sortent de cette conception, ils ne sont plus musulmans.

Autre réaction celle trouvée sur le site du PIR (parti des Indigènes de la République) intitulée « Self-islam ou la pensée bidon d’Abdennour Bidar »
http://www.indigenes-republique.fr/article.php3?id_article=1075
Signé princesse de Clèves, cet article est dans la tonalité violente habituelle de ce site
« Le chantre médiatique du « self-islam » ne donne pourtant, dans ce texte, d’autre preuve « extrême » que celle de sa propre bêtise – elle aussi violente.

« Le texte, incroyablement court et d’une superficialité étonnante, ne comprend pas la moindre référence théologique, ni philosophique, ni même littéraire ; en somme : un crétin fait le procès univoque, sans défense ni témoins, d’une des trois religions abrahamiques révélée au VIIème siècle et pratiquée par plus d’un milliard de personnes. Ce réquisitoire bête est emballé dans une dizaine de paragraphes aussi haineux qu’insensés. La mise en perspective historique, la richesse des traditions de pensée, les contradictions héritées ainsi que les différents courants d’exégèse disparaissent tous – comme par enchantement islamophobe – sous l’effet du self d’Abdennour Bidar qui livre dans Le Monde une interprétation pas si personnelle de l’islam tant cette dernière colle à l’air du temps. Bien sûr, elle est assortie de la collection habituelle des signifiants rebattus mais toujours efficaces : « Iran », « lapidation », « wahhabisme », « violent », « violent » et encore « violent » – il faut noter l’effort de l’auteur pour varier, on trouve quand même d’autres expressions relevant d’un lexique toujours très nuancé : « archaïque », « monstrueux », « catastrophique » et bien sûr « totalitaire » et « Ahmadinejad » – termes incontournables pour qui prétend parler d’islam aujourd’hui.

Peut-être le self d’Abdennour Bidar devrait-il songer à prendre quelques vacances pour effectuer sa révolution copernicienne et ainsi cesser de tourner autour de lui-même comme un insecte détraqué se prétendant « intellectuel musulman ». Le fait qu’au moment précis où il déverse sa bouillie, Abdennour puisse – sans naturellement jamais éprouver la moindre gêne – attribuer à son self l’appellation d’ »intellectuel » devrait susciter l’hilarité générale ou une profonde tristesse, si on se place du point de vue des intellectuels arabes – musulmans ou pas – dont la pensée a été éclipsée en France par Bidar, Benhabib, Meddeb & consorts : autant d’héritiers du docteur Diafoirus qui se tiennent au chevet d’un malade qu’ils croient évidemment tous être l’islam.

Au fond, la vision euro-centrée qu’Abdennour Bidar a du monde musulman est frappée d’une myopie qui abonde (volontairement ou pas) dans le sens des représentations kouchnériennes : c’est une vision plate comme les préjugés islamophobes en vogue qui suintent la haine de l’Iran. L’article servi aux lecteurs du Monde est véritablement une insulte à leur intelligence tant il nourrit l’ignorance de l’islam au lieu de problématiser honnêtement la question de la violence qui n’est pas l’apanage des terroristes dits islamistes. C’est la démocratique modernité américaine qui a rayé l’Iraq de la carte. Mais cette violence-là n’intéresse pas beaucoup le self d’Abdennour Bidar.

Parti de la lapidation, le self d’Abdennour arrive on ne sait comment au jeûne du mois sacré de Ramadan : impossible de saisir la logique de cette pensée bidon où « haut et fort », Bidar « s’insurge ». Braire plutôt qu’expliquer. Au détour donc d’un raisonnement spécieux sur la violence, il s’arroge le droit d’assimiler les Musulmans qui pratiquent le jeûne à des meurtriers (ceux qui lapident = ceux qui jeûnent).
Le jeûne étant en Islam le seul acte de foi qui appartienne entièrement à Dieu et non au croyant qui l’effectue, il n’est pas du tout étonnant que la seule idée de cette pratique révulse le self d’Abdennour Bidar et soit perçue comme une « violence ». En effet, comment un personnage si boursouflé d’orgueil pourrait-il tolérer une pratique qui sacrifie intégralement l’ego à la transcendance ?

Aussi, le self s’indigne : « mais qui soulignera en contrepartie le caractère violent de ce jeûne total exigé de la part de tout pratiquant pubère du matin au soir pendant un mois entier ? »

Calme-toi donc Bidar. Personne n’exige rien de toi. Si tu es musulman, tu sais certainement que Dieu n’a pas imposé aux hommes de charges plus lourdes que celles qu’ils sont capables d’assumer. Détends-toi : va donc boire une grenadine, manger des frites, jouer à la Wii. N’importe. Mais épargne-nous ta pauvre philosophie de nouveau chien de garde islamophobe et laisse les jeûneurs jeûner en paix. Profite, si tu le peux, de la teneur spirituelle intense de ces derniers jours de jeûne, justement, pour évider ton self de sa gravité – essaie d’exercer au moins une seule fois dans ta vie de pseudo-intellectuel médiatique l’attention – cette méthode de purification spirituelle qui conjugue l’appel divin aux combats militants, telle que l’a si superbement enseigné Simone Weil, par exemple (que Dieu ait son âme). Donne-toi enfin cette chance d’être, un instant, saisi par la vérité de ces deux versets du Saint Coran – auxquels, conformément aux principes de « self-islam » qui te sont si chers, tu pourras te reporter toi-même :

Riposte laïque est souvent dénoncée comme islamophobe par ses détracteurs. Ces réactions montrent une fois encore que les défenseurs de l »islam ne peuvent accepter que l’on puisse discuter de la doctrine. Au lieu de dénoncer l’islamophobie, il conviendrait de s’interroger sur la place de citoyens français qui n’acceptent pas qu’un dogme religieux puisse être remis en cause.

Gabrielle Desarbres

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