Lagarde, Doubaï ou les miracles de la finance islamique (suite)

Publié le 22 novembre 2010 - par
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Chute sérieuse de la bourse de Paris, hier. La cause de ces tremblements : l’effondrement financier de l’émirat de Doubaï. D’autres places boursières sont impactées ou sous le choc.

J’ai envoyé un commentaire à ce sujet au distingué quotidien le Figaro.
Ayant mis poliment en cause ceux qui veulent islamiser le pays, en particulier au moyen de la charia appliquée à la finance, à savoir les islamistes officiels et les compagnons de route (le ministre des finance, madame Lagarde, l’émission protestante d’Antenne 2, Agapè…), mon petit commentaire m’est revenu. Il était « polémique » m’a-t-on opposé.

Commentaire polémique ? Mon commentaire n’avait rien d’injurieux. Il opposait aux tenants de la finance « vertueuse » les effets vérifiés par le marché et l’état d’un des joyaux de celle-ci. Aucune injure, mais une mise en garde, une mise en perspective et l’esprit superficiel et l’enthousiasme persistant et étonnant de Madame le Ministre des finances.

En effet, si l’on écoutait madame le ministre des finances, nouvelle sirène des bords de Seine, Paris pourrait, Paris devrait, devenir la place de la finance islamique en Europe. Les pieux capitaux de recyclage des pétrodollars et des capitaux flottants convergeraient, en rangs serrés. Ils occuperaient l’espace jusqu’à l’horizon et même au-delà. Ils irrigueraient de leurs vertus bienfaisantes, nos milliers de PME en déperdition par manque de liquidités. Même les collectivités territoriales pourraient profiter de cette caverne d’Ali Baba.

Et il y a eu Doubaï et son jeudi noir, alors les commentaires vont bon train

La crise à Doubaï, ça provient des investissements immobiliers délirants !
Rien d’inquiétant ; la crise à Doubaï, elle provient seulement d’investissements touristiques dignes des pharaons, notamment les pistes de ski sous une vaste bulle ! Et que sais-je encore ? Mais, en rien, elle ne démentirait toutes les bêtises débitées au kilomètre cube par la tête pensante de Bercy et son aréopage pro finance islamique.

Mais on aura quand même entendu que Doubaï est frappé de plein fouet par la crise.
Tiens donc, la crise ?!

La finance vertueuse, la finance des traders imam, ne protégerait-elle plus de la crise ?
Ainsi, nous dit-on aujourd’hui, la crise a rattrapé les richesses colossales venues du commerce pétrolier. Tous les projets sont interrompus.

Les commentaires les plus acerbes sortent des becs de perroquets savants de ceux qui, il y a 24 heures encore, répétaient en cœur jusqu’à provoquer la nausée dans l’auditoire : que la finance islamique, voilà qui allie l’argent, la richesse et une vertu économique frisant la bienfaisance ; voilà qui serait capable d’éviter les convulsions périodiques de l’accumulation du capital.

Et pourtant…

Il y a pas bien longtemps, c’était le financier du Hezbollah qui perdait des sommes énormes, conséquence inéluctable de placements rétribués au moyen d’un procédé de style Madof (une classique pyramide de Ponzi).

Si l’on devait noter les économies gouvernées par la charia, Doubaï devrait être classée parmi les premiers du point de vue de l’effort des émirs régnant visant à améliorer la situation quotidienne des habitants autochtones en socialisant, via la zakat, une modeste partie des immenses richesses produites par la rente pétrolière.

Mais le marché reste le marché, le capital reste le capital…

Les efforts sociaux des émirs ne les auront finalement pas protégés. De même que le capital des USA pratiquant depuis plus de 40 ans l’économie de dette, le capital déclinant la zakat, mise en œuvre comme une espèce de service public, se voit pris à la gorge par ses propres contradictions.

Madame Lagarde va devoir ramer.

Elle va devoir faire donner les hussards de la « diversité » et du respect du droit à porter la bourqua, si elle veut espérer attirer des capitaux islamiques qui, avant d’aider l’impie français, doivent prioritairement aider les bons musulmans.
Mais peut-être que justement, dans ce contexte de pénuries de liquidités, mêmes islamiques, ces dernières vont chercher à faire monter le prix de leur disponibilité et à faire comprendre, en mettant les points sur les « i » aux autorités financières et gouvernementales françaises, qu’il vaudrait mieux que la commission Gerin ne produise qu’un couteau sans lame, voire pas de couteau du tout…

Alain Rubin

PS Dernière minute : l’effondrement financier de Doubaï a enclenché un effet domino, plusieurs bourses asiatiques en subissent gravement les effets.
Le ministre Lagarde et tous ceux qui courent après la finance islamique vont-il continuer à nous inviter à renoncer à la laïcité pour séduire une finance éthique déclinant la charia et qui serait éthique et soi-disant immunisée contre les crises ? une affaire à suivre de très près.

AR

J’écrivais ces lignes il y a quelques mois.
Depuis, l’émirat aura bénéficié de la mobilisation financière des autres places boursières de la région. Le reflux semblé contenu et stoppé, mais qu’en est-il réellement ?

La situation devra être suivie de près…

Du point de vue du citoyen français, ce que l’on peut rajouter à ces commentaires d’il y a quelques mois, c’est ceci :

Les milliards partis en fumée n’ont pas découragé le dangereux ministre français des finances qu’un sondage, demandé il y a quelques semaines par le quotidien « le parisien », présentait comme étant le personnage politique « venant en tête pour une grosse majorité des français ». Curieux qu’une majorité des citoyens approuvant le vote suisse contre la construction des minarets applaudisse le ministre qui prétend donner le pouvoir aux « savants » de la sunna via les charia board.

Elle persiste et signe

Il y a deux semaines, l’ex nouveau ministre des finances parlait devant une chaîne de télévision arabe. Elle y vantait toujours la Finance islamique. Elle prenait même l’engagement de faire modifier la législation française, pour qu’elle s’ajuste à la charia. En d’autres termes, l’ex nouveau ministre s’engageait à permettre la prise du pouvoir par les « charia board », en s’en emparant et en décidant, par avance, à la place du gouvernement pris dans son ensemble et à la place des parlementaires.
A moins que la sirène des bords de Seine ne possède une recette pour abroger tout ce qui dans les lois de la République empêche cette prise de pouvoir par la finance islamique et ses « savants » de la sunna, sans passer par la case des modifications légales décidées par le pouvoir législatif ??

Le 19 novembre 2010

Revenons sur Doubaï et la face cachée de la « finance vertueuse »

L’image que donne Doubaï est celle d’une Venise du désert.
A une heure de route de la féérique cité, -bordée de plages et de sables infinis, traversée de canaux ombragés-, Sonapur. Sonapur la cité des rats, Sonapur la métropole de la misère et du non droit, Sonapur le gigantesque bidonville des exploités de la finance islamique.

Combien sont-ils au paradis de la finance vertueuse ? Plusieurs centaines de mille ? Certains donnent le chiffre de 3,5 millions de parias.
D’où viennent-ils ? Du Pakistan, d’Inde, du Sri Lanka, Bengladesh, Comores…

Doubaï, c’est pour eux un rêve qui tourne le plus souvent au cauchemar. Au lieu de l’argent « facile » en contrepartie d’un dur labeur permettant de subvenir convenablement aux besoins des leurs, c’est un travail accablant et des salaires qui n’en sont pas. Et, pour venir, il leur a fallu s’endetter. Il leur a fallu hypothéquer leurs maigres biens et placer leur famille dans des situations de dépossession absolue et de dépendance complète, pour les maigres sommes qui constitueront des salaires ne permettant d’envoyer quelque chose chaque mois qu’au prix d’inimaginables privations.

Tiens, au fait, combien cela touche un prolétaire au pays de la finance vertueuse ?

Que font-ils chaque jour et qu’ont-ils faits ?
Ils sont ouvriers du bâtiment, ils ont construit et travaillent à l‘édification de tours et de bâtiments pharaoniques, ils sont attachés à la construction et à l’entretien des résidences des nombreux « princes », et autres chefs de clans et des demeures de leur clientèle privilégiée, qui ressemblent en majorité à des palais fastueux.
Quotidiennement, ils construisent les immeubles-palais, ils entretiennent les parcs, ils soignent leurs arbres, bichonnent les parterres de fleurs multicolores partout aux pieds des tours gigantesques qui sont comme les tentacules rutilantes et verdoyante d’une pieuvre pompant le sang ouvrier, s’alimentant de sa misère, s’enrichissant de sa solitude et de son entassement.

Construire ! Construire, entretenir ! De nuit, comme de jour

Doubaï, son ilot artificiel verdoyant en forme de palmier, ses luxueuses résidences, ses tours qui se veulent des flèches dressées vers le ciel, originales et splendides, entourées par le désert et la mer rouge, bordées de canaux et parsemées de piscines privées et de fontaines. Doubaï, Les fleurs sont partout, le beau gazon anglais aussi. Il en faut de l’eau douce pour tout cela.
Aux pieds des tours aussi, les touristes, fascinés par le clinquant « éthique » et « vertueux » de la charia devenue une parvenue, le jeune capital musulman remplaçant le vieux capital protestant.
La nouvelle tour, celle qui bat les records de hauteurs, est sortie des sables du désert. Le 4 janvier on l’inaugurait, bien qu’elle ne soit pas terminée.
La « Burj Khalifa », c’est son nom, est maintenant flanquée d’un lac artificiel agrémenté d’un spectacle de fontaines, animées et colorées la nuit. Jour et nuit les équipes d’ouvriers se sont relayés et continuent leur besogne sans fin, selon cet infernal régime. Heureux ceux qui travaillent la nuit, ils échappent à la fournaise.
Il y a trois ans, les salaires anémiques, les rythmes et la durée du travail ont provoqué des émeutes et une grève des ouvriers esclavagisés.
Les heureux propriétaires d’appartements commenceront d’y aménager dans les toutes prochaines semaines.

Deux nouvelles tours doivent surgir des sables. La finance éthique, ah la finance selon la charia…

Mieux, est-ce mieux que les cités des privilégiés du colonialisme et du capitalisme impie ?
Il faut demander aux producteurs de la plus value islamique ce qu’ils en pensent, pour autant qu’on leur donne les moyens de comparer et le droit de formuler leur point de vue.
Aux pieds des tours, les touristes barbotent dans les piscines de bords de mer, tandis que chacun de ces centaines de milliers de « nègres », venus du sous-continents indiens et de ses marges, s’esquinte, s’use, sue sans et eau, travaille jour et nuit, par équipe, vingt-quatre heures sur vingt-quatre, l’estomac toujours proche de la crampe provoquée par la faim parce qu’il s’impose de diminuer sa maigre pitance afin de pouvoir envoyer un peu d’argent aux siens et rembourser le prêteur. Eux, les prolétaires, ne disposent que de minces filets d’eau pour leur toilette rudimentaire et pour cuisiner leur maigre pitance.
Officiellement, le gouvernement de l’émirat dirigé par le souverain Cheikh Mohammad Ben Rachid Al Maktoum, « socialisant » une partie de la zakat, interdit le prêt gobe ouvrier-esclave. Officiellement… Dans la réalité, une masse misérable, besogneuse et opprimée s’enfonce dans une dette sans fin.

Finance éthique, dîtes-vous, madame le ministre ?!

Combien sont-ils ces surexploités ? Les statistiques de l’émirat ne sont pas aussi précises que celles de l’INSEE. On chiffre autour de trois millions et demi de personnes ce prolétariat vivant dans d’indignes conditions, comparables à celles des pires périodes de l’accumulation primitive du capital.
En 1803, les prolétaires anglais avaient construit leurs premiers Trade Unions forts de presque trois millions de membres. Au milieu du 19ème siècle, tout le monde, en France, était conscient que le capital créait une question sociale à résoudre impérativement. La seconde république se déclarait république sociale ; l’empire de Louis Bonaparte légalisait la droit de grève en 1864, les syndicats fleurissaient ; les mineurs du nord organisaient de grandes grèves, soutenus par les mineurs anglais et les premiers syndicats ouvriers allemands. Ils réclamaient de meilleurs salaires et la protection sociale légale face à la pauvreté, à l’accident du travail et à la maladie.

Combien touche un ouvrier moyen dans la cité d’Oz de la finance vertueuse?

L’étude parue il y a quelques mois donne des chiffres. Reprenons-les.
Elle interroge un travailleur venu d’Inde. Tout devait être pour lui pour le mieux, dans le meilleur des mondes. Sa promesse d’embauche à Doubaï disait qu’il y toucherait 300 dollars US par mois ; elle lui assurait que sa nourriture serait fournie par l’employeur. Trois cents dollars nourriture comprise, une somme considérable pour un petit paysan de l’inde, pour un chômeur du Sri Lanka, du Bengladesh ou du Pakistan.
L’homme a dû trouver 3400 dollars US pour payer son vol et obtenir un visa. Pour rembourser cette somme énorme complétée par 10% de taux d’intérêt mensuel, il a dû hypothéquer sa ferme.
Arrivé à Dubaï, le salaire versé s’est réduit à 180 dollars US et la nourriture n’est pas fournie. En d’autres termes, concrètement : plus de ferme, plus de moyens d’existence pour les siens et une somme énorme qu’il faudra des années et des années pour rembourser. Après des années de labeur harassant, le témoin cité par l’enquête n’avait remboursé que la moitié du prêt lui ayant permis de venir à Doubaï. Chaque mois, son choix, comme celui de ses semblables, est celui-ci : rembourser le créancier ou nourrir les siens.

Rarement, les travailleurs de Doubaï touchent plus de 250 dollars US par mois, pour 80 heures de travail hebdomadaire dans une chaleur suffocante. Chanceux, quand ils travaillent la nuit…

La situation de cet homme, c’est celle des centaines de milliers de prolétaires surexploités, qui irriguent de leur travail la croissance de la finance vertueuse,
La finance « éthique », la finance régie par la charia
La finance que le Ministre des finances rêve d’attirer en France pour financer les entreprises et les collectivités territoriales…

Un chauffeur de taxi du cru peut gagner dix fois plus par mois.
Un agent de recrutement, cité par l’étude, le reconnaît : « tous, dans les offres de travail, nous gonflons le montant des salaires annoncés… »
L’un d’entre eux, établi à Mumbaï pour le compte d’une société enfant de la finance vertueuse (la société Al Wattan), déclarait : « la plupart des agences gonflent les salaires pour attirer plus de candidats. Ensuite, elles refilent aux ouvriers toutes sortes de frais. Beaucoup de ces hommes sont illettrés et viennent de villages éloignés. Ils sont désespérés. Certains ont payé jusqu’à cinq agents avant de venir jusqu’à moi. C’est comparable à du trafic humain ».

On ne peut mieux dire. On rajoutera seulement que, vraiment, réellement, elle est belle la finance éthique, elle est extraordinaire la finance vertueuse, à l’activité de laquelle la tête « pensante » actuelle de Bercy veut offrir nos collectivités territoriales et nos PME.

On le voit, une richesse vraiment éthique la finance née avec les pétrodollars matrice des capitaux flottants et des crises des monnaies de la décennie soixante-dix. Elle n’en n’a jamais entendu parler, la « populaire » tête pensante de Bercy, des capitaux erratiques qui spéculaient, jouant les monnaies les unes contre les autres ? La décennie soixante-dix, Ce n’est pourtant pas si lointain qu’elle n’en ait jamais entendu parler… Mais peut-être que sa culture n’est pas si incomplète et qu’elle parie sur un changement qualitatif d’un pur produit parasitaire, la rente pétrolière prétendant s’emparer de portions décisives de l’économie mondiale, lorsqu’il entrera au contact des champs d’activité français.

Outre les salaires de famines pour des horaires presque illimités, ils vivent comment ces trois millions et demi d’ouvriers, quasi esclaves de la finance vertueuse ?

Dans leur cité dortoir de Sonapur, ils s’entassent. On les retrouve à 6, 8 par pièce. Ce sont des « chambres » cuisine de moins de 4 mètres sur 3. Certains ne peuvent se payer ces chambres-cuisines. Alors, après leur labeur accablant, ils s’entassent, à même le sol, les uns contre les autres, les uns sur les autres, entremêlés, sans la moindre possibilité d’intimité, à 20 dans une « grande pièce » et plus sous un hangar à ciel ouvert ; certains dorment carrément dehors, la tête reposant sur une pierre… Le lendemain, et pour des années et des années, le travail épuisant, sous un soleil de plomb. La cantine ? Quelques planchettes à même le sol.

Finance vertueuse…

Le lendemain, ils retourneront, de jour, comme de nuit, construire la Venise de l’opulente finance éthique, eux les membres d’une classe ouvrière étique, formée de véritables prisonniers généralement privés de leur passeport.

En 2010, après la crise de cet hiver, la construction a repris.
Leur besogne d’esclave, que sera-ce ? Hier c’était le skidôme, véritable station de ski, avec remonte-pente, de la brume forestière et même des sapins permettant de se croire dans les Hautes Alpes, tandis qu’il fait 50 à 60° dehors, là où travaillent, 80 heures par semaines, les esclaves de la finance vertueuse.
J’évoquais les passeports. La pratique courante consiste à le confisquer (comme en Arabie Saoudite). C’est illégal à Doubaï, mais c’est la norme cependant.

Question : est-ce que la monarchie des chefs de chefs de clans bédouins autorise la défense des travailleurs ?

La question se pose d’autant plus que le pays a été construit et vit au moyen du travail de centaines de milliers de prolétaires étrangers venus de l’Inde, du Pakistan et d’autres pays d’Asie.

Il n’y a pas de recours légal. Le droit de grève et le droit de former des syndicats sont interdits, illégaux !!

Malgré tout, ils cherchent à redresser la tête, les esclaves de la finance régie par la charia. La riposte des autorités ?
L’expulsion, sans autre forme de procès.
La peur de l’expulsion est en train cependant de laisser la place à l’indignation collective et au sentiment qu’ils subissent une injustice majeure manifeste qui n’a rien à voir avec la volonté divine, même si le capital -qui les ronge et plonge leurs familles dans la misère et le désespoir- prétend décliner « la parole directe de Dieu ».

Pourtant, c’est beau la finance islamique à Doubaï, surtout si l’on sort la nuit contempler les lumières des étages qui s’empilent et poursuivent l’escalade apparente du ciel.

(sources- la face cachée de Doubaï- Marie Ilse Paquin- la Presse -14/11/2009)

Alain Rubin

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