Laissons le temps à Caroline Fourest d’apprivoiser la lumière sans craindre ses blessures inévitables

Publié le 17 juin 2008 - par
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Lectrice de votre revue depuis trois à quatre mois, j’ai suivi assez avec un vif intérêt la polémique concernant les limites que s’impose Caroline Fourest dans sa critique fondée des intégrismes religieux. En fait, depuis fort longtemps, je me pose des questions sur la stratégie rhétorique de cette brillante journaliste dont l’expression et la pensée claires se doivent d’être saluées. Je me permets d’avancer l’idée que Caroline Fourest , étant encore à son insu sous l’emprise des interdits légués par son héritage judéo-chrétien, évoluera dans le sens d’une meilleure prise en compte des dégâts causés par l’islam en tant qu’idéologie totalitaire. Je dis bien « héritage judéo-chrétien » car même un athée qui a baigné dans la culture européenne ne peut s’affranchir aisément d’un imaginaire foisonnant dans les oeuvres littéraires, musicales, en peinture voire dans la langue que nous utilisons.

J’ai goûté à la plume de Caroline Fourest après un débat télévisé et en particulier par la lecture de Frère Tariq : méticuleuse, documentée, l’investigation fourestienne m’a immédiatement paru manquer d’un véritable recul par rapport à l’islam. Usant et abusant du substantif « Le Prophète », l’auteur de cet ouvrage de dévoilement salutaire (et elle n’est pas la seule) semblait (et semble) oublier que Mahomet n’est qu’un prophète parmi d’autres – si tant est qu’on puisse lui reconnaître ce statut. Mais il ne s’agit là que d’un détail voire un tic dont j’ai dû moi-même me corriger.

A la lecture de Frère Tariq, donc, j’ai en particulier été sidérée par le fait que cette journaliste perspicace fasse l’éloge de la libre sexualité prônée par l’islam en omettant que seule la satisfaction du corps masculin importe d’après Le Coran. Certes, elle n’est pas la seule à confondre civilisation orientale voire arabe et religion musulmane. S’appuyant sur les hadiths (qui n’ont aucune valeur historique), Caroline Fourest, dans ce livre et d’autres comme dans ses interventions télévisées, nous dépeint un Mahomet féministe, engagé contre l’excision etc. Je l’ai clairement entendue dire à propos de l’islam : « C’est une religion qui était partie pour être féministe ».

Quoique les qualités prêtées à l’islam idéologique me semblent fortement discutables, je me dis : « Mettons que Mahomet fût un authentique féministe parce qu’il s’éleva contre l’assassinat des bébés filles etc. Alors Jésus aussi était féministe, lui qui s’opposa à la lapidation d’une femme adultère « . Tant qu’à être subjectifs, soyons subjectifs jusqu’au bout !

En somme, Caroline Fourest a succombé à l’exotisme, à la beauté de l’altérité, à la « fascination de l’islam » (c’est le titre d’un livre de Maxime Rodinson). Tout ce qui est autre a plus de valeur que ce que je suis : voilà l’un des vestiges du christianisme qui imprègne tant nos consciences , nos jugements et comportements.

Caroline Fourest, comme beaucoup d’entre nous (comme moi-même) sera amenée à revoir – ou à parfaire – sa grille de lecture afin de cerner sans tabou les réels enjeux d’une lutte contre tous les obscurantismes religieux. Pour ce qui concerne l’islam, il serait suicidaire d’occulter la crise fanatique qui le met actuellement en transe et menace nos valeurs comme notre mode de vie. Je crois cette jeune femme assez honnête pour remettre en question ses aprioris, je la crois aussi assez lucide pour reconnaître dans les années qui viennent des partis-pris motivés – comme l’a écrit l’un de vos rédacteurs – par la peur du « Choc des civilisations ». Pour l’instant, elle piétine dans son cheminement.

Char écrivait : « La lucidité est la blessure la plus rapprochée du Soleil ». Laissons le temps à Caroline Fourest d’apprivoiser la lumière sans craindre ses blessures inévitables.

Marie-Claude Vincent

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