Laurence Bonzani, directrice d’école dans le 91

Publié le 8 septembre 2007 - par - 272 vues

Riposte Laïque : Bonjour Laurence, tu milites chez les Verts. Comment se passe le débat sur la laïcité dans cette organisation ?

Laurence Bonzani : Tous les Verts déclarent vouloir défendre la laïcité. Cependant, certains à l’image de Nicolas Sarkozy la souhaitent ouverte. Ils sont contre la loi de mars 2004 qu’ils jugent « inique » et ne verraient pas d’un mauvais œil le « toilettage » de la loi de 1905.
Face à ces communautaristes, des Verts ont créé en parallèle au mouvement une association « LEA » : laïcité-écologie-association, dont je suis membre, qui prône le vivre ensemble.
Cela nous a permis de montrer que les laïcards (comme on nous appelle) sont majoritaires chez les Verts avec l’adoption de la motion « Liberté, laïcité, diversité ! » et le rejet massif de la motion « Contre les idéologies des guerres de civilisation » défendue par un courant « islamo-gauchiste » minoritaire mais influent notamment pour s’exprimer dans les médias au nom des Verts.

Riposte Laïque : Tu es confrontée à une situation délicate, de par ta profession. Peux-tu nous expliquer les circonstances qui t’ont amenée dans cette situation ?

Laurence Bonzani : En effet, en tant que directrice d’école, j’ai demandé à une mère d’élève portant le hidjab de l’ôter pour encadrer un groupe lors d’une sortie. Avant, cette femme n’était pas voilée.
Voulant garantir la neutralité de l’école publique, il m’apparaissait impossible qu’elle prenne en charge une moitié de classe en arborant un signe religieux, elle aurait porté une croix, c’eût été pareil.
De plus, dans les nouveaux programmes, il y a l’égalité « filles-garçons ». Or, c’est sur ce terrain qu’il faut se battre en premier, se voiler est un signe d’inféodation à l’Homme. Ce qui m’est insupportable en tant que femme.
La mère d’élève a médiatisé l’évènement (articles dans les journaux), s’est adressée au CCIF : collectif contre l’islamophobie en France (concept inventé par l’ayatollah Khomeni !) qui a saisi la Halde et a déposé plainte auprès du procureur de la République pour « discrimination religieuse, préjudice moral et usage de faux texte de loi»
Evidemment, elle m’a taxée d’anti-musulmane, j’étais contre l’Islam.
Un petit commentaire, ce n’était pas une simple mère d’élève voilée, j’ai vécu cet acte comme une provocation…

Riposte Laïque : Que peut-on faire pour t’aider ?

Laurence Bonzani : Ne pas reculer d’un pouce face aux représentants de l’Islam politique. Faire pression sur les ministres ayant en charge la fonction publique pour que notre République laïque ne soit pas bradée. En soutenant les enseignants, on aidera les filles, les femmes à se libérer du joug de leur père, de leur mari, de leurs frères !

Riposte Laïque : Que penses-tu de la prudence, pour ne dire que cela, des organisations syndicales de l’Education nationale, sur cette question. Qu’attends-tu du législateur ?

Laurence Bonzani : Je suis moi-même syndiquée au SNIupp ( Branche du 1er degré de la FSU) et je dois dire que le responsable départemental m’a bien défendue. Il était à titre personnel sur ma position qui n’était pas celle de tous les élus du SNUipp. Il m’a accompagnée avec une collègue directrice syndiquée à l’Unsa-éducation pour un entretien avec mon IEN.

Les syndicats sont un peu comme les Verts : sous prétexte de ne pas stigmatiser une minorité, ils laissent des fondamentalistes avancer leurs pions un à un dangereusement !

Je tiens à dire que tous mes collègues ont été formidables et qu’une grande majorité d’enseignants partage mon point de vue, d’où le manque de représentativité parfois des syndicats. Les parents d’élèves aussi m’ont assurée de leur soutien.
J’attends du législateur de la fermeté et de la clarté. On a pu constater que la loi de mars 2004 n’a pas provoqué l’exclusion massive de filles de confession musulmane comme le prédisaient les opposants à la promulgation de la loi. Il faut que celle-ci soit renforcée et qu’elle soit étendue aux usagers des services publics notamment ceux de l’hôpital et aux parents d’élèves.

Je conseille à tous de lire « l’école face à l’obscurantisme religieux » chez Max Millot coordonné par Alain Seikzig, IEN courageux qui m’a soutenue lors de mon « épreuve ». Chacun doit prendre conscience de l’urgence de l’enjeu et surtout ne pas avoir peur d’afficher ses positions laïques sous prétexte d’être stigmatisé comme islamophobe voire raciste. Les intégristes aiment faire l’amalgame entre musulman et arabe.

Riposte Laïque : Comment réagis-tu, quand tu vois que les écoles privées confessionnelles attirent de plus en plus de parents au détriment de l’école publique ?

Laurence Bonzani : Le soir du 10 mai 81, Jean-François DENIAU a proclamé : « j’ai mal à la France ». Moi, je crie : « j’ai mal à mon école laïque et républicaine ».
Il faut revaloriser le statut des enseignants, en finir avec cette carte scolaire qui ne fonctionne pas. Il faut mélanger les élèves et très vite scolariser une bonne partie des élèves des zones sensibles dans les écoles de centre-ville, les sortir de leur quartier, les encadrer après la classe.

Il faut redonner à l’école publique son rôle d’ascenseur social. Il faut plus d’enseignants que de classes dans les écoles pour assurer efficacement le soutien scolaire (mise en place des PPRE) et la pratique d’une pédagogie différenciée.
Il faut impliquer les parents, tous les parents et surtout ceux qui ont mal vécu l’école, sans les culpabiliser. Il faut décharger les directeurs.
Là aussi, il faut combattre le caractère trop conservateur des syndicats.
Enfin, la concurrence de l’école privée est souvent déloyale : plus de moyens, plus de souplesse en matière d’aménagement du temps scolaire, choix des élèves, pas d’école publique dans des villages bretons…

Propos recueillis par pierre Cassen

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