Le 13e multiculturel : après le nouvel an chinois, la fête de Mahomet

Publié le 5 mars 2010 - par - 430 vues

J’ai de la chance. J’habite un arrondissement, le 13e, à la pointe du multiculturalisme. Ca n’arrête pas : après la semaine rituelle de festivités chinoises autour du nouvel an, voilà que j’étais s conviée le 27 février, à aller partager dans la salle des fêtes de la Mairie, avec les musulmans, l’anniversaire de la naissance de Mahomet. Quel rapport entre la naissance d’un prophète de l’islam et ce lieu laïc et républicain ? Pour nous rafraîchir les idées, citons un passage du traité d’athéologie de Miochel Onfray : “L’islam est structurellement archaïque : point par point, il contredit tout ce que la philosophie des Lumières a obtenu depuis le XVIIIe siècle en Europe et qui suppose la condamnation de la superstition, le refus de l’intolérance, l’abolition de la censure, le rejet de la tyrannie, l’opposition à l’absolutisme politique, la fin de toute religion d’Etat, la proscription de la pensée magique, l’élargissement de toute liberté de pensée et d’expression, la promulgation de l’égalité des droits, la considération que toute loi relève de l’immanence contractuelle, la volonté d’un bonheur social ici et maintenant, l’aspiration à l’universalité du règne de la raison. Autant de refus clairement signifiés à longueur de sourate”. (Traité d’athéologie de Michel Onfray, page 251).

Imaginez que dans une mosquée, on célébre un PACS, et vous aurez idée du sacrilège républicain que représente cette fête dans une mairie, symbole concret de la philosophie des Lumières.

Un bref historique de la progression de ce qu’il faut appeler le communautarisme dans le 13e. Il y a des années que, fin janvier ou début février, mon quartier retentit pendant une semaine, du fracas des pétards et du bruit assourdissant des tambourins. Cela date de la longue mandature de Jacques Toubon, baron de Chirac et maire du 13e de 1983 à 2001. C’est la fête du nouvel an chinois. Depuis des années, peu réceptive aux pétarades et effrayée par l’encombrement des rue, je fuis donc mon quartier, surtout au début et à la fin de l’événement. Ce n’est là que le sommet émergé d’un iceberg qui squatte la pointe du 13e, situé vers la porte de Choisy et Ivry. On appelle cela le quartier chinois, le Chinatown de Paris.

Mais on ne dit jamais que tous les habitants originaux du quartier ont dû émigrer, qu’il n’y a plus d’autres commerces que les sempiternels restaurants chinois, collés les uns aux autres, les pâtisseries chinoises, les supermarchés asiatiques, les bijouteries asiatiques, les marchands de légumes asiatiques, les salons de thés vietnamiens…Plus un charcutier, plus un café, à peine une boulangerie qui a résisté. Des cohortes de touristes avec guide s’abattent sur mon quartier pour visiter. Je me suis toujours demandé quoi. Ne vous avisez pas d’émettre des doutes sur la ghettoisation du lieu, et de déplorer le manque de diversité des commerces et de la population. On vous regarde en souriant : « Tu ne serais pas raciste quand même ? ». Un chauffeur de taxi qui me ramenait chez moi, a résumé la situation, avec son accent italien : « Il n’y a plus un seul café ici ! Quand il n’y a plus de café quelque part, c’est grave. Ca manque de vie, madame ! ».

Comment se fait il que le communautarisme asiatique, qui a envahi aussi Belleville et gagne d’autres quartiers de la capitale, ne suscite aucune critique et jouit au contraire d’un capital de sympathie ?

Les habitants qui n’ont pas pu déménagé, sont résignés, quand ils n’éprouvent pas un réel ras le bol devant ce qu’il faut bien appeler une invasion. Pacifique, mais impitoyable. Dans les années 60/70, cette partie du 13e était quasi rurale, avec de petites maisons, et des commerçants à majorité arabes : petits cafés un peu louches, restaurants de couscous, épiceries. Rien à voir cependant avec l’occupation asiatique. Les arabes ont été peu à peu délogés par les chinois. Là où passent les huns, l’herbe ne repousse plus, souvenez vous d’Attila.

Mais la revanche allait sonner. Voilà que cette année, notre maire nous offre une fête dans notre mairie. Une première. La fête de Al-mawled ! C’est qui ça ?

« Mawled commémore la naissance et le baptême du prophète Mohamed, fondateur de l’Islam. L’archange Gabriel lui apparaît en 610 pour lui dicter des versets qui seront retranscrits dans le Coran. à son retour d’exil, il revient dans sa ville natale, la Mecque, où il prêche avant de s’éteindre. C’est un peu le «Noël musulman», que l’on fête en famille » extrait de l’invitation du Maire..

Quel rapport avec notre actualité ? Pourquoi la mairie pour célébrer une date religieuse ? Le maire a quand même dû recevoir des courriers réprobateurs, car il a jugé utile de nous adresser la mise au point suivante.

“Certains d’entre vous m’ont alerté sur le message que vous avez reçu au sujet de l’événement organisé en Mairie à l’occasion de la fête Al-Mawled. Vous avez eu raison de le faire, puisqu’à la différence de l’article à paraître dans le prochain journal du 13e (cf. ci dessous), seule la signification religieuse de cette fête vous a été communiquée. Bien évidemment, il s’agit tout simplement d’accueillir en Mairie différentes manifestations de partage et de rencontres, ouvertes à tous, croyants ou non croyants”.
Ainsi la Mairie du 13e propose le dialogue entre les cultures, comme nous venons de le faire à l’occasion du Nouvel an chinois ou des fêtes de fin d’année.

La manifestation « Al-Mawled », accueillie dans la salle des fêtes de la Mairie, s’inscrira dans cette même démarche et sera l’occasion de se retrouver autour de « l’équivalent de Noël pour les musulmans . »

Si on laisse pendant une semaine, une partie du 13e aux tambourins et aux pétards chinois, pourquoi refuser un après midi aux musulmans ? On imagine que les pressions ont dû aller bon train pour rétablir l’équité communautariste.

Je suis donc allée partager avec les adorateurs de Mahomet leur Noël : spectacles, petits gâteaux, expositions. Très grande affluence, peu de femmes voilées, aucun nikab. On se serait cru à la fête du patronage, sauf qu’il était musulman.

Il y a plus de quarante ans, quand j’ai emménagé dans mon quartier, je n’aurais même pas imaginé ce qu’il est devenu. Mon ciel a été envahi par les fameuses tours, où les émigrés asiatiques ont trouvé à se loger, les rues se sont peuplées de toutes les couleurs de peau. Mais les lieux de la République résistaient.

Dans quarante ans, la mairie, puis le commissariat, serviront ils à des ventes de produits exotiques et à un défilé de fêtes de toutes les ethnies et religions du monde ?

Anne Zelensky

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