Le 8 mars à Paris

Publié le 12 mars 2008 - par
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Je me suis rendue ce samedi 8 mars au rassemblement organisé par difféntes associations et partis politiques pour célébrer la Journée Internationale de la Femme. Cela se déroulait à 15h devant la Fontaine des Innocents près du Forum des Halles.

La rue était étroite, le temps n’était pas très très clément, il y avait du vent. A cause de la musique et d’une sonorisation pas vraiment au point on ne pouvait pas suivre attentivement les discours et interventions des différentes représentantes.

Aussi je me suis placée tout près du microphone pour bien entendre les camarades. J’ai été frappée par le manque de pertinence de certaines interventions. On avait invité la fille de Marina Petrella, ancienne membre des Brigades Rouges, qui risque l’extradition. Je conçois que l’on puisse être inquiet sur le sort de cette femme, mais je ne vois pas le rapport avec les luttes pour les droits des femmes.

On avait invité une femme qui a été licenciée par Mc Donald’s (il y en a un juste en face de la Fontaine des Innocents) et qui a dénoncé les conditions de travail dans cette chaîne de fast-food, mais je pense que ces mauvaises conditions sont subies par les jeunes hommes qui y sont employés aussi.

J’ai été ravie par les quelques intervenantes, telle la jeune représentante de l’Unef, qui dénonçait les atteintes à la laïcité, mais je m’attendais à des discours plus virulents à ce sujet. Rien.
J’ai été heureuse quand on a dénoncé la répression du droit d’expression des femmes en Iran, la lapidation, les mutilations génitales et les mariages forcés à l’étranger, mais on n’a pas évoqué la condition des femmes issues de l’immigration vivant en France, sauf lorsque certaines féministes telles que la représentante de la LCR, du Collectif « Ruptures » et autres ont évoqué un sujet qui me paraissait lui aussi peu pertinent : la régularisation des sans-papiers et le droit de vote des immigrés.

J’aurais souhaité qu’on demande aux présents s’ils désiraient prendre la parole, mais cela n’a pas été fait. Seules les représentantes des associations et des partis pouvaient prendre le microphone et s’exprimer.

J’aurais voulu expliquer aux gens présents et à toutes les intervenantes qu’un sujet très grave avait été totalement escamoté : la régression des droits des femmes en France.

Bien sûr on a parlé de l’absence de parité dans le domaine du travail, on a dénoncé les atteintes au droit à l’avortement et le manque de centres de planning familial, mais on a fermé les yeux sur un problème qui devient pourtant de plus en plus sensible : la prolifération du voile islamique.

Les féministes qui réclament à corps et à cri le droit de vote pour les immigrées ont-elles réfléchi au fait que de plus en plus de femmes immigrées portent le voile intégral, qui les empêche d’être identifiées ? Si ces femmes allaient voter, accepteraient-elles d’ôter le voile pour qu’on puisse les identifier ?

Ces féministes-là ont-elles réfléchi au fait que de plus en plus de femmes entièrement voilées sont confinées derrière leur burqa ou niqâb qui établit un écran, un mur entre elles et la société dans laquelle elles vivent ? Comment peuvent-elles s’intéresser aux affaires de leur commune si elles refusent toute intégration ?

Ces féministes-là ont-elles réfléchi au fait que de plus en plus de femmes subissent la surveillance de leurs maris, frères et voisins, qui leur imposent la soumission aux préceptes des fanatiques religieux qui sévissent dans les quartiers ? Ils leur imposeraient leur propre choix électoral aussi.

Ces féministes-là savent-elles que beaucoup de femmes sont privées du droit de sortir seules ou avec leurs copines, d’aller au théâtre, au cinéma, à la plage (d’ailleurs qu’iraient-elles faire à la plage si elles ne peuvent pas s’exposer au soleil ?), au restaurant, au bistrot et de disposer de leur corps ? Savent-elles que ces femmes n’ont souvent même pas le droit d’aller seules au supermarché, que c’est leur conjoint qui paye et même qui choisit leurs sous-vêtements ? Savent-elles qu’il y a une augmentation en France des demandes de certificats de virginité et que si une fille n’est pas vierge ou qu’elle aspire à vivre comme leurs copines non musulmanes elles sont insultées, battues, brûlées, défigurées, voire tuées ?

Alors crier dans un microphone qu’il faut donner le droit de vote à ces femmes alors qu’elles n’ont aucune voix au chapitre dans leur foyer, dans leur quartier, dans leur communauté me paraît franchement indécent.

Ces féministes-là feraient mieux de se mobiliser en masse pour que ces atteintes aux droits des femmes au pays des Lumières, de la séparation des Eglises et de l’Etat, au pays des grandes conquêtes pour la dignité des femmes cessent.

Aucune des féministes n’a évoqué le courage de Fanny Truchelut, qui voit en le voile le retour à l’avilissement de la femme et qui a subi un procès pour cela.

Aucune des féministes n’a évoqué la pétition lancée par Michèle Vianès, Anne Zelenski, Annie Sugier et Pierre Cassen demandant l’interdiction du voile à l’université, pour les mineures et du voile intégral pour toutes les femmes dans tous les lieux publics.

J’ai été ravie de voir au rassemblement mon camarade Mohamed Pascal Hilout qui avait autour du cou, comme à l’occasion du procès de Fanny Truchelut, une pancarte disant : « Femmes je vous aime et vous méritez mieux que les voiles ».

J’ai quitté la Fontaine des Innocents en me disant qu’un grand rendez-vous avait été raté cette année.

Rosa Valentini

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