Le G20, une montagne qui accouche d'une souris

Les chefs d’état des 20 pays représentant 87% du PIB mondial se sont retrouvés une nouvelle fois le 2 avril et 3 avril 2009 à Londres pour élaborer des solutions devant sortir le monde du marasme dans lequel il se trouve après la crise des subprimes ayant débuté aux Etats Unis en Août 2007.
Nicolas Sarkozy avait menacé de claquer la porte du Sommet du G20 s’il le jugeait décevant. Une mise en scène qui n’a pas outre mesure impressionné les autres chefs d’état et leurs sherpas, car toutes les délégations savaient pertinemment que la France ne quitterait pas le sommet.
La crise financière, économique et sociale à laquelle nous sommes confrontés a pour origine essentiellement l’endettement colossal des ménages américains pour maintenir durant de nombreuses années une croissance artificielle, qui en réalité, n’existait pas du point de vue macro économique.
Cet endettement outrancier orchestré par des institutions financières à la recherche de profits à court terme, a conduit nos économies dans le mur.
Le G20 fait le pari de relancer l’économie mondiale par l’endettement.
Voici les mesures essentielles qui ont été annoncées pour soi disant réformer, réguler et moraliser le système capitalisme.

Un plan de relance à l’échelle mondiale

Celui –ci se fera au travers du FMI et les Banques internationales d’aide au développement. Ces institutions verront leurs ressources augmenter de 1100 milliards de dollars.
Le FMI verra ses ressources tripler pour atteindre 750 milliards et il pourra émettre des droits de tirages spéciaux pour une enveloppe de 250 milliards et vendre de l’or. Quand on commence à vendre les bijoux de famille, il y a péril en la demeure …
Le G20 escompte injecter d’ici 2010 environ 5000 milliards de dollars dans l’économie mondiale.
C’est un pari sur l’avenir, qui n’est pas sûr de réussir, car aucunes mesures structurelles n’ont été prises pour régler réellement les créances toxiques que portent les banques dans leur bilan et qui les empêchent de distribuer des crédits aux entreprises et aux particuliers.
Pour comprendre les dangers que fait courir cette stratégie de la relance par l’endettement, il faut avoir à l’esprit que les américains ont déjà mobilisé 3000 milliards de dollars dans les différents plans de sauvetage des institutions financières et des constructeurs automobiles, sans résultat probant à ce jour.
De plus, il faut savoir que la relance par l’endettement, que ne voulait pas faire le Gouvernement français et à laquelle, il sera contraint de participer, va accroître de façon considérable le déficit public de chaque état.
La facture sera forcément payée par les contribuables et la note sur le plan social sera salée pour les salariés du monde entier. En effet, on peut s’attendre à une forte augmentation du chômage, des troubles sociaux plus importants, car les entreprises se verront contraintes pour passer cette période récession de restructurer en adaptant leur production face une baisse de la consommation des ménages.
Quand on licencie, on fragilise les consommateurs et on ne peut pas écouler sa production. L’économie ne peut pas fonctionner sans avoir des clients. Bien souvent, nos gouvernants l’oublient et conduisent leurs concitoyens dans une impasse inéluctable.

Le soutien du commerce

Il a été décidé de soutenir le commercial international en mobilisant au travers de différentes banques de développement 250 milliards de dollars (Banque Mondiale, BERD, et Banque Africaine de Développement).
Encore une contribution demandée aux Etats, donc aux contribuables qui devront assumer les errements d’un système capitalisme, dont ne rien ne dit, qu’il ne reproduira pas les mêmes excès dans les prochaines années.

Lutte contre le protectionnisme

Une déclaration d’intention du G20 a été élaborée, mais sans réelle contrainte qui dit tout simplement que toutes mesures de protectionnisme prises par les pays, pour défendre leur marché intérieur, seront notifiées à l’OMC (une sorte de délation en quelque sorte).

Les Hedge Funds encadrés

Les hedge funds qui gèrent 1200 milliards de dollars d’actifs devraient être mieux surveillés. Il n’est pas sûr que ceux-ci puissent être régulés, car la spéculation reste leur activité principale pour apporter à leurs clients des revenus assurés.
Les hedge funds ne disparaitront pas à terme. Nous en avons pour preuve que l’administration américaine pour régler le problème des créances toxiques qui plombent les banques va se servir de ces mêmes hedge funds pour leur faire racheter ces créances. Ces fonds continueront donc à spéculer pour les revendre à d’autres investisseurs publics ou privés.

Les normes comptables

Le G20 a demandé que de nouvelles normes comptables internationales puissent être mise ne place pour permettre aux superviseurs et régulateurs d’améliorer les règles de valorisation des actifs et de provisionnement.
Les banques seraient obligées pendant les périodes de croissance d’augmenter leurs réserves pour anticiper les crises cycliques à venir.

Les traders

Le G20 a souhaité limiter les bonus des traders. Cette mesure circonstancielle est à restituer dans un contexte de montée accrue du chômage.
Cela suffira –t-il pour limiter les risques pris sur les marchés par ces acteurs de la finance, rien n’est moins sûr, car la spéculation n’a pas été remise en cause lors de ce G20.
On peut faire un parallèle avec les parachutes dorés, les retraites chapeaux, les stocks options que se versent les grands patrons des entreprises multi nationales. Il sera difficile de contrôler les excès de ces acteurs de la finance internationale.
En France, Sarkozy le libéral a dû, contraint et forcé, déposer un décret pour interdire de façon provisoire la distribution de stocks options aux patrons du Cac 40 dont les entreprises ont bénéficié d’aides publiques. Ce décret est un décret de circonstance et non pas un décret de conviction. Ce décret sera limité dans le temps, puisqu’il n’est applicable que jusqu’au 31 décembre 2010.
Si on voulait corriger les injustices, il suffirait par de réduire les inégalités insupportables et iniques par la fiscalité en taxant de façon plus importante les hautes rémunérations, ainsi que les grandes fortunes.

Les paradis fiscaux

Nous avons assisté à une véritable farce concernant la lutte contre les paradis fiscaux. Les Etats Unis et l’Angleterre qui possèdent le plus grand nombre de paradis fiscaux n’ont pas été mentionnées sur la liste communiquée par l’OCDE, après le sommet du G20.
Les dirigeants du G20 ont voulu faire croire à leurs opinions publiques qu’ils ne connaissaient pas le nombre de paradis fiscaux dans le monde, alors que la liste était déjà connue de ces mêmes Etats, qui les utilisent au travers de sociétés écrans.
Nous avons assisté à un débat surréaliste et hypocrite, qui augure mal de la volonté réelle d’interdire purement et simplement l’existence de tels états.
Ce sommet du G20 n’aura pas permis aux millions de salariés qui vont se retrouver au chômage, d’être rassurés sur leur devenir.
De par le monde, des vies humaines sont brisées à cause de la cupidité d’autres hommes. Des entreprises mettent leurs salariés au chômage technique, ou tout simplement les licencient.
Par ses décisions le G20 ne risque nullement de redonner espoir à des populations dans le désarroi et face à leur inquiétude grandissante pour elles mêmes et leurs enfants.
Un prochain G20 est programmé en Septembre 2009 à Washington.

Quelle est la situation actuelle du Monde sur le plan économique ?

La banque Mondiale et l’OCDE ont revu à la baisse leurs prévisions de croissance mondiale. Continents. Pour la première fois depuis 1945, l’économie mondiale sera en récession en 2009. Le PIB devrait reculer de 1,7%.
La récession s’annonce profonde et durable. Seuls les pays émergents continueraient à afficher une croissance de 2,1% en 2009 contre 5,8% en 2008.
Deux zones seraient plus durement affectées : l’Europe Centrale et les pays d’Amériques latines. Celles-ci reculeraient respectivement de 2% et 0,6%.
Sans une aide financière, il est à craindre que ces pays connaissent une contraction de leur économie plus importante que prévue.
Pour les pays membres de l’OCDE, le PIB reculerait de 4,3% en 2009 et la production baisserait de 4 à7% et pourrait être nulle en 2010. Le taux de chômage devrait être de 8,4% en 2009 et de 9,9% en 2010.
Quant à la zone Euro, elle ne serait guère mieux lotie. Ces organismes y prévoient un PIB à -4,1% en 2009 et -0,3% en 2010. Le taux de chômage grimperait à 10,1% en 2009 et à 11,7% en 2010.
Aux Etats Unis, le PIB reculerait de -4,1% en 2009 et de 0% en 2010. Le taux de chômage monterait à 9,1% de la population active et à 10,3% en 2010.
Pour finir, le commerce mondial devrait également connaître une baisse de 13%. L’OCDE invite les banques centrales à ramener leurs taux directeurs proches de zéro et à utiliser tous les outils nécessaires pour relancer le crédit, sans lequel, les économies ne pourront pas repartir.
Pour ce faire, il est dispensable que les banques soient solvables et sur ce point rien n’est ne permet d’affirmer qu’elles le sont où que celles-ci n’auront pas besoin d’être à nouveau recapitalisées pour réactiver une économie au bord de l’asphyxie.
Que dire de plus devant de telles perspectives ? Beaucoup d’indignation et de colère sont naturellement ce que les médias relatent dans leurs différents canaux d’informations.
De plus en plus de salariés prennent en otage leur patron pour défendre leur outil de travail et leur dignité, face à tant de mépris affiché par les Gouvernants et les acteurs économiques qui n’ont rien fait pour éviter une crise financière, économique et sociale dont les conséquences pourraient être dramatique pour la stabilité du monde.
L’élection de Barak Obama aux Etats Unis ne permettra pas de résoudre tous les problèmes d’un monde de plus en plus divisé et complexe.
Je pense qu’il ne faut pas croire en un homme providentiel, quel qu’il soit pour parvenir à un monde meilleur.
Fabrice Letailleur

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