« Le Monde 2 », pyromane ou spirituel ?

Publié le 29 juin 2009 - par
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« Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde », Camus ne pouvait pas mieux dire !

Une chronique publiée le samedi 27 juin 2009 dans le supplément hebdomadaire « Le Monde 2 » nous donne une éclatante illustration du mésusage que peut subir la langue pour tenter de dissimuler une évidente mauvaise fois(1).

Explication.

Prenez un terme français ambigu pouvant avoir un sens et son contraire. « Manifestation » par exemple. Feu Raymond Devos -qu’Allah ait pitié de ses cendres- raffolait de ces mots. C’était l’occasion de mettre à l’épreuve notre intelligence et notre amour inné des jeux de mots.

« Manifestation ». En ces temps agités, le premier sens qui nous vient à l’esprit est celui des protestations, mais pas celui des manifestations joyeuses comme le carnaval de Nice ou la fête du citron à Menton.

C’est sur cette ambiguïté que l’auteur, Didier Pourquery, a en partie bâti son article : le port de la cagoule durant les manifestations ayant été interdit, il était évident que le décret d’application en exclue les manifestations festives traditionnelles. Les carnavals par exemple. Le décret envisage aussi des circonstances où le port de la cagoule peut être « légitime » : intervention du GIGN, tournage d’un film, etc.

Et voilà que notre auteur, fin connaisseur des ambiguïtés que toute langue peut comporter, envisage d’éventuelles manifestations de musulmans, accompagnés de femmes (il a oublié les travestis) en burqas ou voilé(e)s intégralement. Il pense qu’on peut se demander si ce cas n’entre pas dans l’exception « légitime » prévue par le décret d’application. Et de conclure : « la voilà, la brèche dans laquelle pourra s’engouffrer le port de la burqa dans des manifs. Ou non… selon le rapport que rendra la mission d’information parlementaire. ».

Au vu de ces deux dernières phrases, nous pouvons tout aussi légitimement nous demander, si M. Pourquery n’est pas un pompier portant cagoule ignifuge tout en expliquant aux pyromanes comment procéder pour ne pas se faire coincer. A moins qu’il ne suggère aux législateurs qu’en dehors du carnaval, il est nécessaire d’interdire expressément les voiles intégraux sur la voie publique. De bout en bout, M. Pourquery entretient l’équivoque.

En cas de promulgation d’une telle loi, je recommanderais aux emburqadé(e)s d’être un tant soi peu spirituel(e)s et de rétorquer à la police qu’ils font tout simplement leur cinéma.

Pascal Hilout

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(1) La cagoule et la burqa, rien à voir !, par Didier Pourquery, LE MONDE 2 du 26.06.09

http://www.lemonde.fr/le-monde-2/article/2009/06/26/la-cagoule-et-la-burqa-rien-a-voir-par-didier-pourquery_1212151_1004868.html

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