Le Pape joue les martyrs, face aux “laïques malades” italiens

Publié le 1 octobre 2008 - par
Traduire la page en :

Le recteur de l’université La Sapienza de Rome a cru bon d’inviter le Pape Benoît XVI à tenir une leçon magistrale à l’occasion de l’inauguration de l’année académique. Marcello Cini – professeur émérite de physique – lui a écrit pour lui exprimer sa désapprobation. C’était au mois de novembre dernier. Quelques jours avant le 17 janvier, date prévue pour la cérémonie d’inauguration, la lettre est publiée sur La Repubblica. Les esprits s’enflamment, 67 professeurs souscrivent la lettre de Marcello Cini et le mouvement des étudiants annonce des manifestations de soutien. Le Vatican communique alors que le Pape se retire au motif que les autorités italiennes ne sont pas en mesure de garantir sa sécurité. Le ministre de l’intérieur dément et assure que les mesures de sécurité du Pontife ont été convenues avec les agents de la sécurité du Vatican. Mais l’histoire ne s’arrête pas là et prend de l’ampleur. De quoi s’agit-il au juste? d’un recteur inepte (et qui a des problèmes avec la justice) qui espère se servir du Pape pour reprendre souffle, sachant combien ce dernier aime intervenir aux cérémonies officielles ? d’un Benoît XVI qui est bien aise de pouvoir annoncer à un public de jeunes que « un homme sans foi est un homme sans espoir » (Encyclique Spe Salvi), de prôner le « bon » illuminisme par rapport au mauvais, de pouvoir tabasser le relativisme ? Pour le prof Cini « la boule de neige s’est transformée en avalanche à cause de l’instabilité extrême du théâtre politique italien! où de petits gestes isolés produisent des conséquences imprévisibles et disproportionnées! » ; avalanche qui a été causée aussi bien par les fortes critiques de la part du président de la République, du ministre de l’université et du premier ministre à l’endroit des 67 signataires de la lettre au recteur que par la mauvaise foi de la grande majorité des politiques qui se sont indignés de ce que le Pape a été « empêché de parler ». Les médias ont amplifié ces propos mensongers et en ont rajouté en définissant les signataires de la lettre des « intolérants », des « crétins », des « laÑ—ques malades », pour en arriver jusqu’aux délires de Radio Maria – la radio catholique qui diffuse dans 40 pays des cinq continents – qui assure que ces étudiants-là sont des athées, possédés par le Malin et qu’il suffit de gicler sur eux un peu d’eau bénite pour que s’élèvent de la fumée et des flammes. Benoît XVI comprend que le choix de se retirer lui convient car il lui assure une excellente publicité. Mais qui en saisit tout le potentiel politique c’est le vicaire du Pape, le cardinal Ruini. Il enjoint tout le monde de se rendre place Saint-Pierre à l’Angélus pour montrer que l’Eglise est pour la tolérance et que « nous sommes tous avec le Pape ». Parmi les 200.000 personnes qui répondent à l’appel, nombreux sont les leaders ex PCI du soi-disant Parti Démocratique qui espèrent ainsi capturer la sympathie des électeurs catholiques, tandis que les catholiques sérieux membres de ce même parti restent chez eux. Comme d’habitude lorsqu’il s’agit des interventions des hiérarchies catholiques dans les affaires politiques italiennes, cette fois aussi le Pape est passé de l’arrogance au victimisme ; il a revendiqué d’une part « le droit » de parler à l’université – en glissant sur le fait qu’il ne s’agissait pas d’une leçon normale suivie d’un débat mais du discours d’orientation de l’année académique – et déploré de l’autre d’avoir été « contraint » à se retirer. Pour le prof. Ratzinger inaugurer l’année académique signifiait pouvoir asséner sa Vérité aux étudiants sur la « morale naturelle » ainsi que sur les valeurs « non-négociables »de la doctrine morale catholique. Or, ce qui est « non-négociable » exclut tout dialogue et conduit à exaspérer les tensions, mais qu’importe si on est convaincu de sa propre supériorité ? Ce qui reste de tout cela c’est de l’amertume face à la duplicité triviale de la classe politique ainsi qu’un nuage sur la liberté d’expression, car il ne faut pas nécessairement une loi restrictive pour que soit violée ou diminuée cette liberté. Et il reste surtout une laÑ—cité souffrante que les élus aux plus hauts postes de nos institutions n’ont pas défendu et que tellement de politiques et amis du Vatican ont conspué Le 24 janvier le gouvernement Prodi tombe. Les raisons en sont multiples mais le Vatican n’en est pas étranger, qui a défendu que soit adoptée la loi sur les PACS et jusqu’à un simple registre des couples non mariées que le maire de Rome a eu l’audace de proposer. Chers amis et camarades français, le protagonisme des hiérarchies religieuses dans la vie politique est désormais légitimé par le Traité de Lisbone. En Italie, le maillon faible de la chaîne laÑ—que, se joue une avant-première. Mais le fait que le président de la République française s’est signé devant le Pape est un mauvais présage. Bon travail !

Vera Pegna

Print Friendly, PDF & Email

Riposte Laïque vous offre la possibilité de réagir à ses articles sur une période de 7 jours. Toutefois, nous vous demandons de respecter certaines règles :

  • Pas de commentaires excessifs, inutiles ou hors-sujet (publicité ou autres).
  • Pas de commentaires injurieux ou diffamants envers les auteurs d'articles ou les autres commentateurs.
  • La critique doit obéir aux règles de la courtoisie.
  • Pas de langage ordurier ou scatologique, y compris dans les pseudos
  • Pas de commentaires en majuscules uniquement.
  • Il est rappelé que le contenu d'un commentaire peut engager la responsabilité civile ou pénale de son auteur

Les commentaires sont fermés.

Lire Aussi